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mardi 23 novembre 2021

Swallow The Sun

Mikko Kotamäki (chant)

Malice

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.

Ce vendredi 19 novembre, Swallow The Sun a publié son nouvel album, Moonflowers. Un opus plus mélodique, qui poursuit dans l'orientation de When A Shadow is Forced into the Light, et qui poursuit également le processus de deuil du fondateur Juha Raivio après le décès de sa femme Aleah Stanbridge (Trees of Eternity), qui collaborait avec les Finlandais depuis plusieurs années. Nous en avons profité pour discuter avec Mikko Kotamakäki, chanteur du groupe. 

***

Mikkö, bonjour et merci de ta disponibilité pour cette interview. Tout d'abord, je dois dire une chose : je suis surpris que Swallow The Sun revienne si vite : depuis Songs from the North, que ce soit album, EP ou live, vous enchaînez !

Oui, en effet, et je ne m'y attendais pas non plus (rires), mais le Covid-19 a un peu ... changé les plans. Nous étions au beau milieu d'une tournée quand cette pandémie a commencé, celle de nos 20 ans, et nous n'avons pu jouer qu'une dizaine de dates avant d'annuler ... Après ça, Juha était isolé à la maison en Suède (le reste du groupe vit en Finlande, nda), au milieu des bois. Personne ne pouvait voyager, il s'est retrouvé coincé chez lui et a trouvé l'inspiration pour ce nouvel album. Et nous voilà.

La musique de Swallow The Sun n'est pas vraiment "évidente" à composer, ce sont de longues pièces, c'est d'autant plus étonnant.

Eh bien, en réalité, le processus d'écriture ne prend jamais si longtemps. C'était déjà le cas pour le précédent. Juha a tout composé sur ces deux albums et cela lui prend environ l'affaire de deux ou trois semaines par chanson, une fois que l'inspiration est là. Ca va assez vite. Ce n'est pas comme si ça lui prenait toute l'année, ça va vite, c'est comme ça que notre musique jaillit ; quand les chansons prennent vie, ça va assez vite.

Est-ce que Juha, qui compose habituellement tout, vous propose alors l'album complètement prêt à l'emploi ? Ou avez-vous votre mot à dire dans le processus ? 

Cette fois, c'était vraiment entièrement prêt quand il a envoyé les démos. Puis, tout le monde met son grain de sel, mais on peut dire que cette fois nous n'avons pas changé grand chose des démos que Juha a envoyé. Des détails changent, mais rien de plus. Je n'ai pas non plus écrit de textes pour cet album, ce sera peut-être le cas pour le prochain.

Avec, désormais, un peu de recul, je dois dire que When a Shadow is Forced into the Light m'avait paru être l'album le plus « beau » et complet de STS. La synthèse de votre musique. Es-tu d'accord, deux ans après sa sortie ?

(il hésite) Peut-être, peut-être pas ... Je crois que c'était peut-être plus catchy sur When a shadow... , mais le dernier album est peut-être plus profond, avec des chansons plus complexes. Je ne vois pas Moonflowers comme une baisse de qualité.

Non, bien sûr, je voulais surtout dire qu'après un Songs From the North qui était l'opposé d'une synthèse, avec trois albums chacun focalisé sur un style, When a shadow...  semblait la synthèse idéale.

Oui, c'est peut-être bien vrai. Songs From The North montrait chaque facette de notre musique, et depuis, c'est un peu un mélange de tout ça, tu as tout à fait raison. Cela nous a peut-être aidés, dans cet aspect, à mieux synthétiser notre musique par la suite. 

On sait, bien sûr, la perte que le groupe a vécu et je ne ressens pas le besoin de revenir là-dessus (il nous remercie). Ma question au chanteur que tu es, cependant : tu chantes, en quelque sorte, le « journal intime » de quelqu'un d'autre, toutes ses émotions. Au début du groupe, c'était déjà écrit par Juha, mais depuis le décès d'Aleha, c'est certainement encore plus personnel. Comment gères-tu ça ?

Je n'y pense même plus vraiment, en fait. Je fais ça depuis si longtemps ... Et bien sûr, c'est un ami proche, j'ai vécu au plus près ce par quoi il est passé. C'est très facile pour moi de m'identifier à ses textes. Qui plus est, ces textes peuvent être transposés à d'autres situations ... J'ai personnellement perdu ma mère l'année passée. Ca m'a placé dans un état d'esprit comparable ...

J'ignorais, désolé. J'imagine que ça a eu une influence sur ton interprétation, en effet ...

Peut-être, oui (il hésite). Et c'était aussi ... une façon de m'évader, après cette pandémie passée à la maison, durant laquelle ma mère est décédée. J'ai dû gérer ça, puis quand Juha m'a dit qu'il avait un album prêt, j'ai immédiatement été partant. Ca me donnait quelque chose à faire, et c'est important dans un processus de deuil de rester actif. Juha dit qu'il déteste cet album, mais je dois dire que j'aime cet album, il m'a fait du bien (sourire).

J'ai lu ces propos de Juha, oui. Ca doit être bizarre à entendre pour le reste du groupe !

Juha ne déteste bien sûr pas vraiment l'album. Il déteste les émotions qu'il lui fait ressentir, mais il en est très fier comme nous tous. C'est une autre forme de « haine » pour lui.

Cet album sort après ... ou même pendant (rires) la pandémie de Covid-19, et  on imagine difficilement plus « doom » que cet événement. A-t-il influencé votre musique, votre perception du monde ?

Probablement, déjà parce que sans cette pandémie, cet album n'aurait pas vu le jour, du moins pas aussi vite. Nous aurions été en tournée toute l'année, puis aurions pris une pause pour composer. En un sens, la pandémie a impacté cet album à 100%. Concernant l'histoire de l'album ... Juha était isolé chez lui, dans une maison qui contient énormément de souvenirs pour lui. Si vous pensez à la dernière chanson de l'album, « This House has no home », vous comprendrez ce que je veux dire.

Ton chant clair n'a probablement jamais sonné au bien que sur cet album, et sur le précédent. Est-ce que l'album Songs From the North, qui contenait un album entier en acoustique et que tu as ensuite dû chanter en live, t'a aidé à t'améliorer en chant clair ?

Oui, bien sûr. Au plus tu chantes, au meilleur tu deviens. Mais la vraie différence entre les albums précédents et celui-ci, c'est ... que j'ai arrêté de fumer il y a deux ans environ. Avant ça, je fumais depuis mes 13-14 ans. Donc, oui, ça a aidé ... Si ça sonne mieux, c'est sûrement pour ça.

Sur album, tu peux reprendre une prise si elle ne te plaît pas, mais en live, j'imagine que tu te sens en effet mieux maintenant que tu ne fumes plus.

Oui. Je respire mieux, ma gorge se sent mieux. Tout le monde devrait arrêter de fumer, c'est un superbe feeling !

Les gens ne devraient pas commencer ! (rires)

(rires) En effet, mais c'était un peu tard pour ça.

Tu as 37 ans, tu as commencé très jeune à chanter avec Swallow The Sun et tu n'as chanté qu'avec des groupes de metal extrême. Maintenant que tu es peut-être plus à l'aise avec ta voix, est-ce que tu aurais envie d'essayer quelque chose de plus calme, un album ou un groupe plus folk, qui mettrait ta voix en avant ?

Oui, j'y ai pensé, je me suis dit que je le ferai peut-être quand j'arrêterai la musique metal. Ce n'est pas le bon moment, je pense.

Tu sous-entends que tu pourrais arrêter un jour de faire du metal ? Que ça t'ennuiera un jour ?

Non, je ne pense pas (sourire). Je n'écoute rien de vraiment moderne, je suis resté sur mes classiques, c'est la musique que j'aime. De bons vieux Dissection, Type O Negative ... J'y retourne toujours. Tu ne me verras pas écouter du FiveFinger Death Punch, par exemple, et c'est ce qui marche pour le moment malheureusement. Je ne suis plus vraiment la scène actuelle, c'est vrai, peut-être que je devrais. Je suis trop fainéant pour ça.

J'ai lu une interview de ta part où tu donnais tes morceaux préférés par album, tu citais notamment « The Crimson Crown » pour « Where a shadow is forced into the light ». C'était également mon titre préféré.

(il nous interrompt) C'était pour un média de metal progressif, qui me demandait mes titres « progressifs » préférés de Swallow The Sun.

En effet ! Je voulais te demander, donc : quels sont tes titres préférés sur Moonflowers ?

Mon morceau préféré est à coup sûr « The Fight of your life ». Mais j'ai fort hâte de jouer un morceau en live : le dernier titre, « This House has no home ». Il y a un peu plus d'énergie sur ce morceau. Je ne te cite pas les morceaux les plus évidents de l'album.

Après tant d'années de carrière et tant d'albums (Songs From the North en a même ajouté trois), ça doit devenir difficile de composer une setlist pour vos tournées. Est-ce aussi Juha qui décide ?

Oh, généralement, c'est la grosse bagarre (rires). C'est putain de compliqué de faire une setlist, en effet. Nous avons tant d'albums actuellement. C'est généralement démocratique, cela dit. Pour la tournée à venir, nous allons renouveler la setlist, jouer des chansons que nous n'avons jamais joué auparavant. Histoire d'éviter que si tu vois le groupe, ce soit la même chose à chaque fois.

Je vous ai vus en 2017 au Brutal Assault, j'imagine que ce sera différent de toute façon vu les sorties d'albums depuis (rires). L'un de mes morceaux préférés est « ...& Heavens Cried Blood », vous ne l'avez jamais joué, je crois.

Si, je pense ... (il hésite) Non, non, tu as raison. Nous ne l'avons jamais joué en live.

Changez-vous la setlist en cours de tournée aussi ?

Non, ça, non. Si nous tournons un mois, c'est la même setlist chaque soir, à une ou deux exceptions près. Si quelque chose ne marche pas, nous changeons, par exemple. Mais pour les répétitions, c'est plus facile.

C'est assez surprenant que votre première tournée à l'étranger depuis la pandémie soit aux USA. Est-ce que c'est possible désormais d'y tourner ?

Oui, ils réouvrent justement ce lundi. Nous serons probablement l'un des premiers groupes européens à y tourner désormais. Mais aux USA, tout semble se passer assez bien. Tout peut arriver, on sait comment ça se passe de nos jours, mais pour le moment, ça a l'air d'aller. L'Europe a plus de mal à organiser des tours, c'est différent.

J'ai perdu le compte de mes tickets de concerts reportés ou annulés en Europe, personnellement ...

J'espère que ce sera réglé pour janvier 2022, le début de notre tournée européenne. Je suis vraiment impatient de reprendre les concerts. Nous n'avons pu jouer que quelques dates en Finlande récemment ... Je regarde la télé chez moi depuis 20 mois maintenant, j'en ai assez (rires).

Est-ce que tu t'attends à un peu de « ring rust », comme on dit en boxe ? À ce que vous soyiez un peu rouillés ?

Non, nous avons l'expérience nécessaire pour gérer ça maintenant. L'été dernier, après une répétition, c'était bon, alors que nous n'avions plus joué depuis un an. C'est étonnamment facile.

Merci encore pour ta disponibilité, Mikkö.