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dimanche 17 octobre 2021

Magma @ Montpellier

Rockstore - Montpellier

Sleap

Benjamin. Live reporter et chroniqueur occasionnel dans divers genres (principalement extrême).

Sleap : Une fois n’est pas coutume, je vais à nouveau parler d’une formation des 70’s dans les pages de ce zine. Mais ce n’est pas n’importe laquelle puisque Magma est un groupe depuis longtemps adoubé par la scène Metal. Bien que la bande à Christian Vander ait toujours gravité autour des sphères Prog Rock et Jazz Fusion, il ne fait aucun doute que leur musique sombre et inquiétante plait à de nombreux metalheads (dont vous faites certainement partie si vous lisez ces lignes).

Pour ma part, ce doit être la septième ou huitième fois ce soir, mais cette date est néanmoins particulière car c’est la première fois dans ma ville natale. Dire que Magma à Montpellier est un événement attendu serait un doux euphémisme. En effet, cela fait 21 ans que le groupe n’avait pas foulé les planches du Rockstore ! Chose d’autant plus improbable que le chanteur Hervé Aknin est lui-même Montpellierain. L’ambiance est donc particulièrement solennelle en ce dimanche soir. Qui plus est, c’est également la première fois que beaucoup d’entre nous découvrent les nouveaux musiciens sur scène. Je ne m’étendrai pas sur la polémique qui avait suivi l’éviction soudaine de plusieurs membres pourtant phares du groupe, mais j’admets avoir été amèrement surpris. Eh bien ce nouveau line up va presque nous faire oublier tout cela tant il fonctionne à la perfection.

D’abord visuellement, la nouvelle disposition est d’une symétrie impeccable. Stella Vander et Hervé Aknin, vocalistes principaux, se tiennent au premier plan, entourés de part et d’autre par deux (!!) claviéristes de profil, tous deux face à face à chaque bout de la scène. Le premier se tient debout et utilise deux synthés, le second reste assis et utilise un piano électrique. Ainsi, l’un s’occupe plutôt des structures tandis que l’autre développe la plupart des mélodies ; une parfaite complémentarité ! À l’arrière-plan se tiennent quatre choristes soprano réparties équitablement de chaque côté. On trouve d’ailleurs parmi elles Isabelle Feuillebois qui auparavant était plutôt à l’avant aux cotés de Stella. Enfin, au second plan, entre tout ce beau monde, figurent les deux « jeunots » du groupe à la guitare et à la basse, encadrant parfaitement le majestueux kit de Christian Vander, inénarrable batteur-compositeur-parolier-chef d’orchestre-etc du groupe.

Au départ, j’avoue être quelque peu inquiet quant au rendu sonore du concert – le Rockstore étant tristement réputé pour sa pauvreté acoustique. Heureusement, mes craintes vont être rapidement dissipées. Malgré une guitare légèrement en retrait pendant une partie du show ainsi qu’un petit problème de clavier en milieu de set, la plupart des instruments sont perceptibles. On sent que le groupe est venu avec sa propre team et que ce n’est pas l’ingé’ son habituel du Rockstore. Le morceau d’ouverture intitulé Walomendëm met d’ailleurs une claque monumentale à toute l’assemblée. Ce titre, pour le moment exclusif car il figurera sur le prochain album, a d’ailleurs été composé par Thierry Eliez, l’un des deux pianistes – mais aussi back vocalist. Chapeau à lui pour tout ce travail d’orfèvre ! Côté lumière c’est également fort correct, avec l’habituelle oscillation entre rouge magmatique et bleu aquatique, le tout reflété sur les immenses cymbales de Vander comme autant de logos du groupe.

Cette tournée est également spéciale car nous avons droit à une setlist assez inhabituelle. En effet, c’est l’occasion pour les Parisiens de nous interpréter des titres un peu oubliés (voire dénigrés) de leur répertoire, notamment issus de Merci ou de K.A. Même si cela me change un peu des habituels Theusz Hamtaahk ou autres Köhntarkösz, je dois dire que je ne suis pas particulièrement fan de ces morceaux. Le côté swing assez inoffensif et la langue anglaise ne collent, à mon sens, pas du tout à l’identité de Magma. Mais comme le dit Stella en les annonçant, cela fait partie de la carrière du groupe, et il était temps de les dépoussiérer. Il en faut pour tout le monde après tout ! Au-delà de ça, nous avons droit à deux autres nouveaux morceaux, eux aussi extraits de l’album à venir pour début 2022. Et laissez-moi vous dire que ça ne présage que du bon ! Outre la prestance du sieur Vander (alias Zébehn Straïn Dë Geustaah) derrière les fûts, ce sont Eliez et Goubert, les deux claviéristes qui accaparent le plus mon attention. Tous les deux ont un jeu extrêmement expressif et une gestuelle très impressionnante. Et ce jeu de scène d’un charisme certain ne prend pas le pas sur la qualité d’interprétation, bien au contraire.

En revanche, nous sommes pris d’un fort sentiment d’incertitude lorsque Christian quitte brièvement la scène et que Stella nous annonce qu’il a eu quelques malaises et étourdissements avant le concert. Heureusement, il nous revient saint et sauf quelques minutes plus tard pour le dernier tiers du set consacré au culte Mekanïk Destruktïw Kommandöh. L’immense morceau/pièce/album/symphonie de 1973 manque d’être amputé de son premier mouvement du fait du malaise de Christian. Mais celui-ci nous assure qu’il peut le tenir en entier pour le plus grand plaisir de la salle qui ne manque pas de manifester son soulagement. On sent tout de même qu’à 73 ans, il n’a évidemment plus le même jeu qu’auparavant. Sa frappe se fait moins puissante et son éventail de jeu plus réduit – les cymbales arrières semblent à ce titre plus décoratives qu’autre chose. Mais bon, j’aimerais bien voir des batteurs qui, à son âge, possèdent encore un style aussi remarquable que le sien. Et le bougre se paie même le luxe de chanter tout le passage incantatoire central avec une voix étonnamment puissante !

La marche quasi-impériale qui ouvre le morceau met tout le monde au garde-à-vous pour ce dernier voyage de plus de quarante minutes. Déjà les mains commencent à s’élever et certains fans (dont je fais partie) scandent même la plupart des paroles dans un kobaïen quelque peu approximatif. Je le répète à chaque fois mais Magma est vraiment un groupe de scène. La musique si unique du combo français est évidemment formidable en studio, mais c’est véritablement en live que celle-ci prend toute son ampleur. Quelle chance nous avons de faire partie d’une époque où Magma existe et tourne ! Sans toutefois bouder mon plaisir, j’avoue être presque frustré lorsque j’écoute un de leurs disques tant les souvenirs de leurs lives me hantent. La richesse musicale, la puissance du son, les expérimentations et improvisations uniquement possibles dans ce cadre rendent les shows des papas de la Zeuhl diablement impressionnants.

Même si le concert n’est pas sold out, le public est très dense dans les deux tiers de la salle. Et à voir les réactions de l’auditoire, la mag(ma)ie semble avoir opéré une nouvelle fois. La foule, d’abord très calme et solennelle, se décoince au fil des morceaux pour finir dans une transe quasi-totale. Certains se déhanchent, d’autres lèvent les bras au ciel, d’autres encore chantent ou dansent au rythme des boucles et spirales infernales qui closent ce monstre de disque. Ainsi, après un rappel sur un court titre bien plus calme, l’ensemble du groupe salue la foule et remercie le public montpellierain qu’il n’avait pas vu depuis si longtemps. Je suis au final agréablement surpris par ce nouveau line up. Et même si ce n’est pas mon meilleur concert du groupe, c’est indéniablement une nouvelle réussite. Après tout, les dizaines et dizaines de musiciens à avoir rejoint les rangs de Christian Vander sont bien la preuve que le renouvellement est une des forces motrices de Magma. Un groupe évolutif et mutant, à l’image de sa musique. Une musique qui, comme inscrit sur nombre de leurs livrets, nous marque à vie, à mort, et après…