Articles Retour

REVUE D'ACTU #41 : Mastodon, Hypocrisy, The Melvins, Havukruunu, Insect Ark, etc.

samedi 18 septembre 2021
S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Ce n'est pas parce que la pluie s'abat sur nous et que la boue s'installe durablement pour nous péter le moral que nos oreilles ne méritent pas d'être flattées, bousculées, de saigner un bon coup. La revue d'actu cette semaine est remplie de grands noms qui viennent occuper la scène Metal : Mastodon, Metallica, Hypocrisy. Vous ne pourrez pas dire que l'on ne balaye pas large et que vous n'avez pas de quoi faire grandir votre impatience en attendant les albums de ces mastodontes côté vente mais aussi côté influence : Cynic ou The Melvins. Vous aurez aussi de quoi vous promener en vrai avec un festival en Belgique ou dans votre tête avec un groupe venu d'Irak. Attachez vos ceinture, préparez-vous au voyage; l'équipe de Horns Up au grand complet vous souhaite une excellente lecture et une bonne semaine.

 

Mastodon

S.A.D.E : On sait déjà pas mal de choses sur le prochain album de Mastodon : il se nommera Hushed & Grim, il est orné une pochette en noir et blanc qui pourrait illustrer une version "Halloween" d'Alice au pays des Merveilles, il sortira le 29 octobre prochain chez Reprise Records, il a été enregistré avec David Bottrill (qui a déjà bossé avec Tool, Dream Theater et King Crimson) et, surtout, ce sera un double album de près d'une heure et demi. L'ambition de sortir un album aussi long à l'heure où la durée d'attention de l'espèce humaine se réduit est grande et, honnêtement, s'il y a un groupe majeur capable de rendre l'exercice digeste et intéressant, c'est bien Mastodon. Le combo d'Atlanta a bien sûr commencé la promo et un premier single est sorti il y a quelque temps, Pushing The Tides. Qu'en retenir ? Que ses trois minutes et demi de rigueur sont du pur Mastodon post-2010 : un concentré d'efficacité intelligente au riffing reconnaissable entre mille et dont le refrain en voix claire vous poursuit dès la première écoute. La tracklist indique que le titre sera plus ou moins en milieu d'album, il faudra donc attendre de voir comment le titre s'articule avec l'ensemble. Quoiqu'il en soit, ce premier single ce savoure déjà. (Mention au clip également, tourné au "Cretto di Burri" à Gibellina en Sicile, une oeuvre d'art monumentale inachevé d'Alberto Burri).

Hypocrisy

ZSK : Et un retour, un ! On attendait avec impatience que Peter Tägtgtren ressorte Hypocrisy de son sommeil, lui dont le dernier album en date (End Of Disclosure) remontait à 2013… Exit LindemannPain attendra à nouveau son tour, revoilà enfin Hypocrisy ! Lui qui aurait pu revenir plus tôt car Peter nous apprend déjà que ce single, "Chemical Whore", a été écrit en 2018. Et le clip qui l’accompagne a même été tourné en 2019 ! Ce n’est donc que deux ans plus tard, et sachant que le monde entier a été bien bousculé par ce-que-vous-savez, que Hypocrisy peut enfin dévoiler ce qui sera son single de retour. Et après un End Of Disclosure peut-être un peu plus rustre et rentre-dedans, Hypocrisy revient ici à certains de ses fondamentaux, avec un morceau lourd mais mélodique. Entre The Arrival et A Taste Of Extreme Divinity dirons-nous. Sans surprise, mais la qualité est bien là, mention spéciale à un Peter Tägtgren très en voix, growls comme cris. Inutile de dire que les amateurs apprécieront et auront déjà coché la date du 26 novembre, sortie de Worship, 13ème album d’Hypocrisy. On a hâte !

 

Havukruunu

Circé : Les finnois d'Havukruunu marquaient une fois de plus la scène black metal l'an dernier avec un album de haute volée, puissant et finement composé. Et ils n'ont apparemment aucune intention de s'arrêter sur leur lancée, puisque les voilà déjà de retour, avec cette fois un EP. Comportant 5 titres, il portera le doux et court nom de Kuu Erkylän Yllä et sortira fin octobre, toujours chez Naturmacht. Le single éponyme paru la semaine dernière n'annonce aucun relâchement ni changement de direction pour le groupe. Tous les ingrédients restent en place, et ils fonctionnent toujours aussi bien ensemble. On retrouve des choeurs encore plus présents et plus aggressifs, guerriers, scandant en guise de sorte de refrain sur le chant saturé. On regrette cependant un peu les passages plus rock'n'roll qui faisaient leur apparition sur l'album de l'année dernière, qui laissent ici leur place à des riffs plus linéaires et une batterie qui blast sur la première partie du morceau. La deuxième réhausse heureusement un peu le ton, avec notamment un de ces solos de guitare dont les finnois ont le talent. La petite outro spooky surprend aussi quelque peu, à côté du ton conquérant que leur musique met d'habitude en avant sans compromis. Bref, on ne dit pas non à ce petit EP, en attendant un nouveau chef d'oeuvre long format des nouveaux rois du Pagan Black.

Insect Ark

S.A.D.E : Avec son doom vaporeux, joué à la guitare lap steel, Insect Ark fait partie des projets de musique pesante les plus originaux de ses dernières années (allez écouter leur album sorti l'an dernier si ce n'est déjà fait). Le duo (féminin) de Brooklyn a annoncé la sortie d'un EP pour cette année dont Anopsian Volta, le deuxième extrait, brouille les pistes. Un piano quasi solo, habillé par des grésillements électroniques, nous porte au travers d'un paysage fantômatique mais pas inconfortable, ouvrant des portes sans jamais nous montrer précisément ce qu'il y a derrière. Je pense qu'il faudra attendre d'avoir fait le périple dans son intégralité pour comprendre où Dana Schechter (puisqu'il n'y pas de percussions, je ne sais pas si la batteuse Ashley Spungin a participé à cet EP) veut nous amener. En attendant le 24 septembre, date de sortie de Future Fossils (chez Consouling Sounds), savourons cette étrange musique en noir et blanc.

Bullet for my Valentine

Michaël : Bullet for my Valentine a fait un paquet de chemin depuis le bien nullos Temper TemperVenom avait été massif et hyper mélodique, Gravity avait été un peu doucereux mais avec des titres hyper réussis. Du coup, on attendait un peu au tournant nos amis Gallois. Et, pour l'heure, les extraits de leur nouvel album - éponyme - qui sortira le 22 octobre chez Spinefarm Records/Search & Destroy s'annonce plus que solide. Après une jolie mise en bouche avec Parasite et une gifle avec Knives, ce Shatter annonce un album franchement costaud qui devrait ravir les fans du groupe ; surtout ceux des premières années, d'ailleurs. On peut espérer un bon moment lors de leur passage à l'Olympia en février prochain.

The Melvins

S.A.D.E : Je parlais plus haut du double album de Mastodon, voici du plus costaud : le quadruple (!) album acoustique des Melvins. Clairement, le bousin est taillé pour les fans hardcore puisqu'il s'agit de trente six (!) reprises du répertoire des Américains par eux-mêmes en version unplugged pour le dire en bon français. Revolve, mis en ligne la semaine dernière, confirme cette impression : c'est plutôt fun et foutraque comme King Buzzo et sa bande savent si bien le faire, mais se farcir je ne sais combien d'heure de la sorte ça me semble quand même un sacré défi. En tout cas, si vous êtes un.e inconditionnel.le du groupe vous êtes prévenu.e : Five Legged Dog sortira le 15 octobre prochain chez Ipecac Records.

Rivers of Nihil

Storyteller : Deuxième single pour The Work, nouvel album de Rivers of Nihil. Intitulé "Focus", aucun lien avec l’œuvre majeure de Cynic, groupe mythique évoqué dans cette revue. Non, ici c’est plutôt un titre singulier, qui redéfinit les limites du groupe et la direction dans laquelle ce nouvel opus semble se diriger. De quoi déconcerter les fans et ravir ceux qui ont choisi l’ouverture totale d’esprit d’un groupe qui ne se contentera pas d’une boite dans laquelle on les rangera. Un petit peu moins Death, beaucoup plus progressif. Mid-tempo, intense, tout en finesse. Voilà la saveur de "Focus" et pourquoi pas celle de The Work qui sortira le 24 septembre chez Metal Blade.

 

Metallica

Michaël : Comme vous le savez tous certainement, Metallica va offrir à ses fans, pour les trente ans de leur album éponyme, une version deluxe remasterisée avec moults CDs, DVDs et autres goodies. Une sortie qui s'est accompagnée d'une performance live remarquée à Los Angeles (show de Jimmy Kimmel) mais également d'un passage sur Sirius XM avec une interview très intéressante du groupe et, notamment, une performance live de Nothing Else Matters avec Miley Cyrus. Quel dommage de voir cette dernière, malgré tout son talent et sa capacité habituelle à évoluer sur des titres rocks, se perdre en en faisant un peu trop. Une participation épurée aurait suffit, avec une telle voix. Quoi qu'il en soit, revoir Metallica sur scène et un James Hetfield plutôt en forme fait plaisir à voir.

Whatdrivestheweak

Michaël : WhatDrivesTheWeak, groupe américain créé en 2008 et qui a déjà sorti deux albums par le passé, vient de mettre en ligne le clip d'un titre intitulé Aeon's Wake, extrait de leur EP Order of Exile qui sortira au Printemps 2022. Un deathcore bien bas du front, pour les amoureux de poésie. Pas vraiment étonnant pour un groupe qui vient du Kentucky, où l'économie claquée et les activités sont si rares que la rage gangrène tout le monde.

Mulla

Matthias: Un groupe de black metal venu d'Irak, ce n'est quand même guère banal, et je dois bien avouer que c'est la principale raison qui m'a poussé à écouter cette sortie. On n'en sait d'ailleurs pas plus sur Mulla, groupe, personne, ou collectif qui vient de sortir cet album de deux pistes pour 36 minutes (!) dont le nom se traduirait par « Genie ». Pour des raisons que l'on peut aisément comprendre, Mulla veut rester anonyme, ce qui est d'ailleurs le cas pour la majorité des quelques groupes qui pratiquent le metal extrême au Moyen-Orient. Une région du monde où le concept de scène underground prend une valeur particulière, tant ses acteurs prennent des risques bien tangibles.

 Genie commence lentement avec quelques samples orientalisants un peu trop évidents, puis plus étonnement des bruitages de fauves (?) avant d'embrayer sur un black metal qui se veut à la fois raw et atmosphérique, ce qui reste une alchimie particulièrement difficile à accomplir. Mais si Mulla n'est pas forcément d'une écoute facile, le duo de guitares fonctionne, prenant parfois des accents heavy sur les soli, tandis que la voix ne reste présente que pour de courtes périodes. Mais l'ensemble ressemble quand même un peu à une succession de pistes plus courtes mises bout à bout, et Genie perd fort en cohérence au fur et à mesure que les minutes s'écoulent. Mulla reste toutefois un groupe à soutenir rien que pour l'abnégation de sa démarche, d'autant qu'il peut se targuer d'une véritable discographie (trois sorties en 2020!?) parfois un brin trop expérimentale, mais dont certains passages fonctionnent très bien.

A Thousand Lost Civilizations

Matthias: Retour sous les embruns du Plat Pays avec une annonce qui résonnent dans les cœurs d'une langueur qui n'a rien de monotone : le tourneur bruxellois A Thousand Lost Civilizations fêtera ses dix ans avec deux journées de concerts. Rendez vous le vendredi 3 décembre prochain à l'Atelier 210 (Wolvennest, Molassess, Neptunian Maximalism, Echo Solar Void), puis le samedi 4 au Magasin 4 ( Dead Congregation, Possession, Kringa, Vortex of End, Beyond Man, Terrifiant, Nubivagant). Le genre d'événement qui rappelle le splendide festival qui s'est tenu dans les mêmes salles il y a quelques années, et qui risque de se retrouver sold out aussi vite. Pour l'heure, les places n'ont pas encore été mises en vente. En tout cas, alors que l'Hexagone n'arrive apparemment pas à se dépatouiller des restrictions virales, la Belgique pourtant guère beaucoup plus permissive d'habitude semble bien en passe de devenir la Mecque occulte des concerts, de black metal comme d'autres genres musicaux.

Cynic

ZSK : Et un deuxième retour, deux ! Cette fois-ci et presque sans crier gare, c’est Cynic qui s’annonce avec un successeur à Kindly Bent To Free Us (2014). On ne va pas revenir sur le faux split du groupe en 2015, ni sur le triste décès des deux Sean en 2020… Cynic continue l’aventure, lui le légendaire groupe de Techno-Death qui a enfanté Focus en 1993 et n’a cessé de bousculer quelques codes depuis, avec bien sûr son fameux vocoder… Même s’il a été précédé du single "Humanoid" en 2018, "Mythical Serpents" annonce bien un Cynic tout neuf vu que le single susnommé ne figurera pas au générique de Ascension Codes, le quatrième album de Cynic à venir. Le Cynic v.2021 s’offre donc une belle cure de jouvence. Le style est typique dès les premières secondes (avec bien sûr le chant vocodé caractéristique qui se fait entendre bien vite), mais se pare de pas mal d’électronique donnant directement une touche très atmosphérique. Et la partition est inspirée, toujours technique et jazzy, mais dans un esprit Metal prog touffu et réjouissant. Du très beau Cynic tout simplement, probablement pas assez « Death » pour certains, mais dans la lignée de Kindly Bent To Free Us et avec beaucoup de classe. Cela promet beaucoup pour un Ascension Codes, qui sera d’ailleurs structuré bizarrement, avec 18 morceaux et pas mal d’interludes. On cochera donc… deux fois la même date vu que comme Hypocrisy, ce nouvel album est attendu également le 26 novembre ! Et on a aussi hâte !