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REVUE D'ACTU #32 : Sordide, Thy Catafalque, Dead Witches, Seputus, Ungfell...

vendredi 9 avril 2021
Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Comme toutes les quizaines, voici une sélection hétéroclite d'annonces qui ont tapé dans l'oeil (et les oreilles !) des membres de la rédaction. C'est une édition très européenne que nous vous proposons, mais néanmoins variée dans les styles et les sujets : Avant-garde, Black, Death, Doom et même football sont au menu ! Bonne lecture et bonne écoute !
 

Thy Catafalque

Circé : L'infatiguable Tamás Kátai continue sa route avec son projet Thy Catafalque avec un nouvel album, Vadak, à paraître chez Season Of Mist le 25 juin prochain. Avant-gardiste sachant toujours trouver l'équilibre entre musique exigence et accrocheuse, l'homme a peu à peu laissé ses racines metal extrême pour se concentrer sur le message folk/electro à la sauce prog. Pour autant, ce premier single nous propose au final une formule assez... simple, par rapport aux standards du bonhomme. Structure simple, peu d'évolution, mais on a le droit pour compenser à une instrumentation très riche et variée faisant la part belle au folk. Un folk dansant avec un groove imparable soutenu par une basse omniprésente, le tout se calme cependant dès que le chant entre en jeu au delà des quelques synthés venant poser quelques accents mélodiques. Et bien qu'une guitare prenne brièvement le lead peu avant la fin, on s'éloigne toujours plus du metal à proprement parler. Bref, ça reste du haut calibre au delà du léger manque de surprise, et le côté addictif fait très vite son effet. Sur moi en tout cas !


Dead Witches

S.A.D.E : Lancé en juillet 2020 avec un split Conan/Deadsmoke, les Doom Session du label Heavy Psych Sound continuent de sortir à intervalles réguliers, avec des associations toujours intéressantes (dernières en date High Ripper/Hippie Death Cult et Bongzilla/Tons (ouch!)). Pour la sixième édition (la Doom Session vol. 666, bien sûr !), ce sont Dead Witches et les français de Witchthroat Serpent qui s'associent. Un premier extrait de cette collaboration a été dévoilé et il s'agit d'un des titres de Dead Witches. Avec l'infatiguable Mark Greening (ex-Electric Wizard, ex-With The Dead, Ramesses), le combo italo-anglais (et même peut-être 100% britannique désormais, si j'ai bien suivi les changements de line-up), propose un doom très rond et enveloppant, légèrement hargneux, porté par un chant féminin. Mais pas la version sorcière incantatoire comme pourrait le laissait croire le patronyme : alternant chant clair et cris plus écrochés, Spring Thompson garde un phrasé naturel et efficace. A l'image de ce D.I.E. (Dragged Into Emptiness) dans son ensemble : pas d'une originalité exceptionnelle mais tout à fait pertinent et chatoyant. Ce Doom Sesssion vol. 666 sortira le 18 juin prochain


Ungfell

Circé : Après deux premiers albums sortis quasiment coup sur coup, on avait plus trop entendu parler d'Ungfell depuis trois ans. Le successeur de l'excellent Mythen, Mären, Pestilenz se présage donc enfin pour fin avril, toujours chez l'écurie Eisenwald et le soutien de l'Helvetic Underground Committee (petit cercle chez qui on retrouve aussi les excellents Kvelgeyst). Et on en attend donc pas mal, de ce prochain Ungfell, Une confirmation qu'ils sauront continuer à être pertinents sur le long terme dans un genre black/folk médiéval qui connait déjà sa petite hype depuis pas mal de temps avec une bonne floppée de groupe français. Les Suisses, eux, ont en tout cas tous les ingrédients pour être dans le haut du panier et maintenir l'intérêt pour le style comme ils le confirment encore sur cet extrait – on est plutôt en confiance pour l'album. Un riffing mélodique rentrant les deux pieds dans le plat sans ralentir la cadence à un seul instant, un chant black metal habité et nerveux, ces sept minutes de cavalcade ne proposent aucune surprise mais montre un groupe inspiré et au sommet de sa forme, maîtrisant parfaitement l'ambiance à la fois crasseuse et classieuse de leur musique – qui se garde de tomber dans le cliché d'une copie conforme de Peste Noire (sans le discours politique). Le morceau se dissout dans une outro folk, guitares acoustiques et tambourins pour finir de planter le décor de petite ruelle médiévale.


Sordide

Dolorès : Au tour de Sordide de signer chez Les Acteurs de l'Ombre, dans la lignée des groupes qui ont déjà leur petite réputation et qui n'attendaient qu'une exposition un peu plus prestigieuse pour éclore. Après avoir remué la scène BM underground dès 2014 avec La France a peur, le groupe n'a cessé d'être actif avec déjà, cette année, la sortie de leur quatrième album.

Il semble clair, dès la première rencontre, que Sordide ne se place ni du côté de la lumière (Fuir la lumière, 2016) ni du côté de la vie (Hier déjà mort, 2019). Le choix de la langue française omniprésente nous permet de bien ancrer ce qu'il y a à comprendre : beaucoup de négation, un peu de haine et une impression de sans espoir ou de sans issue, bien que les textes contredisent parfois cette affirmation. Il y a du dégoût et de la fatigue dans « Je n'ai nul pays », dont le titre n'est pas sans rappeler « Ni nom ni drapeau », première piste de leur premier album.

Sordide frappe fort, en dévoilant sa pochette abstraite, froide et organique à la fois et un premier titre qui semble faire l'unanimité. On y ressent un empressement qui se mue en cavalcade désabusée et bourdonnante. De quoi tourner les projecteurs sur eux dans un contexte qui leur semble favorable, où les langues se délient pour évoquer ces thèmes de manière de plus en plus insistante. C'est à se demander si une ligue normande anti-chauvinisme ne semble pas s'établir, après la sortie récente du premier album de Tromblon. Les Idées Blanches, quant à lui, sortira le 4 juin.

 

Kaelan Mikla

Circé : Petite escapade aux frontières du metal avec cette entrée, mais beaucoup d'entre vous sont sûrement familiers et familières avec l'entitée islandaise dont il est question ici. J'ai découvert Kaelan Mikla un peu après tout le monde, mais le coup de coeur a été assez direct avec cet univers onirique et éthéré, où une voix d'un autre monde perce un mur darkwave de beats et synthés mécanique. Et cette patte indescriptible, sûrement propre à un environnement aussi extrême que l'Islande, qui à l'image de Björk, semble prendre plein d'éléments de styles qu'on aime pour les transformer en quelque chose d'éminement personnel. On entre dans la musique du trio avec des repères connus et on y reste pour ce nouveau monde, parfois doux et parfois hostile, intrigant toujours. En attendant un prochain album à venir, on peut pour l'instant se réjouir d'un nouveau single, “Sólstöður”, proposant une approche peut être un peu plus mélodique qu'à l'habitude autant au niveau des synthés que du chant malgré des cris venant briser l'atmosphère enveloppante. La recette opère toujours, hypnotique. On admire aussi au passage la très belle pochette signée Førtifem et le clip semblant allier sorcières gothiques et folklore islandais.

 

Seputus

S.A.D.E : Même si c'est une musique exigeante et parfois épuisante, j'aime énormément ce qu'a sorti Pyrrhon ces dernières années. Aussi, lorsque j'ai vu passer ce morceau de Seputus, groupe qui m'était inconnu jusque là et dont les trois membres oeuvres également dans Pyrrhon (un peu hyperactifs les mecs, deux d'entre eux son aussi dans Weeping Sores), ma curiosité à été piquée au vif. Et la claque qui est venue derrière m'a secoué. Là où Pyrrhon ajoute une touche Tech à son Death Metal étouffant et obscur, Seputus lorgne davantage vers un Black/Death sauvage et dense. On retrouve cet aspect compact et surchargé dans la production, mais des incursions dans des sonorités plus tranchantes et froides donnent à Seputus sa propre identité. Déjà auteur de deux albums, le trio dévoile donc son troisième effort avec ce premier extrait. Intitulé Phantom Indigo, ce nouvel album sortira chez Willowtip Records le 4 juin prochain. Et vu la teneur de ce premier titre de presque dix minutes, j'ai déjà envie d'en entendre plus !


Vreid

Malice : Malgré son statut de "successeur spirituel" de Windir, j'avoue que Vreid ne m'a jamais vraiment accroché l'oreille, car il faut reconnaître que sa musique s'en éloigne un peu, s'aventurant plutôt vers le black'n roll un peu plus accrocheur que vers le black païen et épique de feu (euh...) Terje Bakken. Mais les Norvégiens sont plutôt actifs ces dernières semaines avec plusieurs singles tirés de leur futur album-concept Wild North West, chacun accompagné d'une vidéo dont le dernier, "Spikes of God", est sorti la semaine passée. Et surtout, Vreid a fait le buzz en s'associant à ... un club de football, celui de sa ville natale Sogndal (la musique de Windir était parfois qualifiée de "Sognametal"). Les maillots du modeste Sogndal FC (D2 norvégienne) seront donc temporairement "sponsorisés" par Vreid, afin de promouvoir à la fois la sortie du 9e opus du groupe et du film Wild North West qui l'accompagne, dont la première est prévue le 29 avril prochain, veille de la sortie de l'album. 

C'est évidemment plus fun et anecdotique que réellement utile, mais ça prouve également encore une fois, si besoin en était, le rapport assez particulier qu'entretient la Norvège avec le black metal. J'ai du mal à imaginer le KV Courtrai sponsorisé un jour par AmenRa ... 

 

Dordeduh

ZSK : Si Sur Austru est productif avec 2 albums sortis en moins de 3 ans, du côté des autres ex-Negură Bunget, ça ronronne un petit peu. Dordeduh lui ne sortira que son 2ème album en l’espace de 9 ans dans un mois (le 14 mai précisément). Et si Sur Austru est parti à 100% sur l’héritage de Negură Bunget post-Om, Dordeduh lui semble maintenant prendre une direction un peu plus moderne et personnelle, même par rapport à son premier album Dar De Duh. Si nous sommes bien sûr en présence fondamentale d’un Black-Metal teinté de folklore roumain comme de bien entendu, Dordeduh va changer certaines choses pour prendre une autre voie que le Black rugueux et shamanique pratiqué par Sur Austru. "Desferecat", le précédent single, ouvrait déjà la voie avec des compositions différentes et originales. "Descânt" enfonce le clou, dès les premières secondes avec des compos Metal qui font plus penser à du Enslaved qu’à du Negură Bunget. Si l’on retrouve des ambiances typiques et aussi les voix claires qui fonctionnent toujours aussi bien, Dordeduh continue ici de de distinguer avec des compos plus singulières, de beaux moments et même quelques sonorités inattendues. Si "Desferecat" n’était pas forcément convaincant, ici la recette prend dès la première écoute. L’impatience grandit donc et Dordeduh, 9 ans après son premier album, semble être en mesure de signer un grand retour avec quelque chose qui bouscule un peu la galaxie Negură Bunget. Intéressant !


Ison

ZSK : Après un premier teaser très généreux et même un deuxième, le second album d’Ison se dévoile encore un peu plus, avant sa sortie désormais calée pour le 25 juin (c’est loin !). Un premier extrait complet nous est donc proposé cette fois-ci par Daniel Änghede. Et pour rappel, si Heike Langhans (Draconian, Light Field Reverie) n’a pas rempilé, le choix a été fait de la substituer par plusieurs vocalistes. Dont un des noms remarquables est Camille Gilbert, chanteuse de Oceans Of Slumber. Et ça tombe bien puisque ce c’est elle qui est à l’honneur sur ce premier single, "Waves". Musicalement, c’est déjà du pur Ison, avec une lente progression qui nous amène encore une fois au plus près des étoiles. Et le chant très qualitatif de Camille Gilbert s’entremêle rapidement avec celui de Daniel Änghede pour un effet déjà saisissant, et bien sûr un final épique où Camille nous fait montre de l’étendue de ses capacités vocales. Alors, il est vrai que sans la voix plus éthérée de Heike Langhans, ça n’est plus tout à fait la même chose et ça n’a pas le même charme. Inner - Space avait de toute façon ses longueurs, mais Ison ne perd pas de sa superbe et promet encore une fantastique épopée futuriste et stellaire. On se prépare donc à planer de nouveau lors de l’arrivée de l’été…