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Album

19/02/21 - Raton

Path of Resurgence

Blinded by Desire

LabelAuto-production
styleEdge metal
formatAlbum
paysSuisse
sortiefévrier 2021
La note de
Raton
8/10


Raton

Amateur de post-musique, de larsens et de gelée de groseilles.

Path of Resurgence ornait déjà mon article sur la scène straight edge en 2020 et occupait également une place forte dans mon bilan personnel. Je ne pouvais donc pas ignorer leur premier EP, paru le 19 février.
Un EP qui confirme l'extraordinaire force de frappe dont faisaient preuve les Suisses sur leur démo deux titres.

Pourtant, Path of Resurgence investit un genre dont l'heure de gloire est bien passée et dont même le revival s'est essoufflé il y a quelques années : le edge metal. Style ou chapelle du metalcore, il incarne l'étape la plus poussée de la fusion entre le metal extrême et le hardcore, en incorporant des éléments de thrash sombre, de death ou même de melodeath au son metalcore 90s.
Integrity et Ringworm posent les bases du style, qui sera ensuite approfondi par les belges de la scène H8000 (Congress, Arkangel, Liar). Path of Resurgence s'inspire de ceux-là mais aussi du revival récent, mené par xRepentancex ou Blistered.

"Blinded by Desire" offre cinq morceaux puissants et inspirés sans dépasser le quart d'heure. Loin de faire du réchauffé, le groupe déploie une identité forte qui infuse dans chaque titre. Malgré mon amour pour la scène, je dois avouer que composer un titre mémorable est probablement une des choses que la plupart des groupes de metalcore ne parviennent pas à réussir. Proposer des mosh parts colossaux en blastant est une chose, mais appliquer une composition rigoureuse de laquelle transpire autant la sincérité que la réflexion en est une autre. Path of Resurgence fait partie de ces ingénieuses formations.

Pour moi, le chant féminin y est pour beaucoup. J'ai toujours trouvé que pour le edge metal (comme pour d'autres genres radicaux comme l'emoviolence ou le mathcore), la saturation extrême sur une voix féminine transmettait bien mieux l'intensité et la puissance, avec une ligne de rupture bien plus marquée que sur une voix plus grave. Marion, la chanteuse, rend justice aux riffs de la meilleure des manières avec ses lignes vocales possédées et granuleuses.

Gérer les progressions et la cohérence d'ensemble d'un EP de 15 minutes n'est pas chose aisée. Beaucoup de groupes ont tôt fait de s'éterniser dans des interludes ou des crescendos, ou de se précipiter sans faire durer le plaisir. PoR trouve le point d'équilibre avec une montée en puissance radicale dès le premier morceau, parfaitement construit pour finir sur un double break aussi malicieux que délicieux. Les introductions sont généralement extrêmement bien composées, à l'image de celle de "Consumption" qui s'amorce par des arpèges stridents pour enchaîner sur un riff que le mélodeath n'aurait pas renié. Sur cette track, impossible de ne pas voir le spectre de xElegyx, les prodiges floridiens du edge metal vegan. Pour un morceau de 3:30, "Consumption" enchaîne les trouvailles et les passages inspirés, et devient instantanément le meilleur titre du groupe à ce jour. "Anxiety", le morceau suivant (interlude exclu) paraît presque pâle (la faute à une production qui manque de netteté sur la batterie) face à ce morceau de vigueur et d'agression audacieuse.

Avec des titres aussi persuasifs, difficile de ne pas regretter la courte durée de l'opus. Même si l'interlude éponyme de milieu de disque n'a rien à se reprocher, un ou deux morceaux de plus n'auraient pas été de trop. On souhaite de tout cœur que le groupe maintienne sa force créatrice pour un éventuel LP et qu'il ne rencontre pas le même sort que tant de groupes du genre, séparés avant même un long format.
Mais avant d'espérer la suite, je veux prendre le temps de remercier Path of Resurgence pour ce qu'il représente, une nouvelle garde bouillonnante, sincère et inventive. C'est aussi une formation engagée, contre les discriminations mais aussi en faveur d'une manière de faire, un DIY repensé et exigeant où les talents sont sollicités dans une logique d'adelphité particulièrement salvatrice. La splendide cover est par exemple l'oeuvre de la chanteuse Marion.

Soyons donc fier.e.s que la scène francophone produise de telles tueries et soutenons les initiatives salutaires comme celles-ci. Les cassettes sortent chez Nuclear Family (UK) et Grim Reality (Suisse) et les CDs sur Mark My Words (UK). Et je crois qu'à ce niveau, je n'ai plus besoin de vous dire pourquoi vous devez vous les procurer.

 

 

Tracklist :

1. This Prison of Flesh (2:50)
2. Consumption (3:31)
3. Blinded by Desire (2:07)
4. Anxiety (2:07)
5. Path of Resurgence (3:26)