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Album

09/12/14 - U-Zine

Samael

Solar Soul

LabelNuclear Blast
styleElectro Black
formatAlbum
sortiejuillet 2007
La note de
U-Zine
6/10


U-Zine

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Un puzzle…l’idée de globalité, d’aboutissement, de plénitude…à l’instar d’un flash back intégral d’un passé à l’hétérogénéité aussi confondante qu’exceptionnelle de maitrise. C’est ainsi que vint l’idée de vouloir compiler des idées, des formes, des saveurs, des textures et des ambiances afin d’aboutir à un ultime chef d’œuvre dont seul lui sera le garant, maitre qu’il est de ses propres influences.
Ce géant, influence majeur d’une scène dont il a aidé à sceller le destin, utilisant le patronyme du prince de la tentation et qui, dans la mythologie cabalistique, se veut l’égal même de Satan, en vint, après près de deux siècles de création, à vouloir créer une œuvre cohérente avec son passé. Samael

Des tréfonds d’un black métal haineux et lent avaient surgi une mutation à la froideur sidérale, celle d’un black métal fusionnant avec les atmosphères lointaines et astrales de sonorités électroniques des plus originales. C’est ainsi que "Passage", puis "Eternal" et "Reign of Light", à l’aspect oriental qu’il ne faut pas oublier, avaient vu des fans de plus en plus perplexes sur les réels désirs musicaux des suisses. Néanmoins, des ses expérimentations, il ressortait une création unique et souvent avant-gardiste, gardant une constante longueur d’avance sur son temps et sur les autres, pour solder toujours un album sur une impression d’évoluer en terrain vierge…telle la terre sainte de la création funeste. "Reign of Light" (puis "Era One", semi opus de Samael, par Vorph et Xy mais étant absente de la discographie officielle) avait ainsi réussi à presque occulter complètement la vision black metal du groupe, s’insinuant dans les méandres d’un electro dark magistral et glacial, à la portée stellaire et musicale effrayante et magnifique. Dans un tel contexte, l’idée d’un énorme puzzle, qui regrouperait toutes les facettes du groupe depuis sa création, lui qui avait tant changé et semblait avoir installé une nouvelle limite, apparaissait des plus séduisante…le concept "Solar Soul" était né…

L’idée paraissait aussi louable que décevante pour un groupe qui avait tant évolué et déclarait clairement ne jamais vouloir faire la même chose…devait-on y voir une forme de peur ? D’un groupe qui se serait perdu dans ses propres expérimentations ?
Produit par Waldemar Sorychta (Moonspell, Enemy of the Sun, Lacuna Coil…), l’album dispose, sans grande surprise, d’une production énorme et très grasse et, en ce sens, va à l’opposé complet de la finesse et l’inhumanité des deux opus précédents. Il retrouve une texture humaine, grave, les guitares sont omniprésentes, elles-mêmes qui étaient devenus de plus en plus fantomatiques et faméliques avec le temps, mais les claviers, bien que plus en retrait, reste ici une constante fondamentale de l’architecture des morceaux. Unique point de ralliement du groupe à travers les âges, la voix toujours aussi dogmatique, impératrice et dominatrice de Vorph.

"Solar Soul" impose dès les premières secondes, sur les quelques sonorités electro (géniales…) une ambiance lourde, pesante, belliqueuse et surtout menaçante. Le riff est épais et monolithique, et l’on sent une plus grande noirceur émanée du chant de Vorph. La ligne vocale est néanmoins, et étrangement, très catchy, à l’instar des arrangements aux claviers qui offrent une dimension très accessible à l’ensemble, peut-être trop…tout l’inverse de son successeur, et meilleur morceau du disque, "Promised Land", qui dévoile des claviers qui n’avaient jusqu’ici jamais été aussi tranchants. Tranchants mais mystérieux, et grandiloquents, ils sont le point d’encrage d’un titre passionnant où Vorph y installe une narration passionnante, au riff simple mais écrasant et toujours cette ambiance ethnique, directement rapportée de "Reign of Light". Quand au break intensifiant le morceau, il est une véritable petite merveille de beauté…
Cependant, à trop vouloir se perdre dans son propre passé, Samael oublie complètement de créer une cohérence dans son propos. Les compositions partent dans tous les sens avec comme seule réel point commun une production qui tente tant bien que mal de créer un fil rouge entre un génial "AVE !", martial, impérial, saccadé et à la noirceur jouissive (ce refrain hurlé…) et un complètement amorphe "Valkyries' New Ride", ennuyant dans le sens où il n’apporte absolument rien ni à l’album ni au groupe en général. Et si ce détail pourrait être minime, il ne l’est plus lorsque l’on parle de Samael

On pourrait parler d’un "On the Rise" qui débute inhabituellement par un rythme très rapide mais qui très rapidement redevient un mid-tempo très banal, ayant pour seul intérêt ces samples angoissants et latents en toile de fond et un refrain qui, s’il se retient facilement, n’apparait pas comme un indispensable des concerts. "Slavocracy" rappellera directement les opus précédents et si, dans un sens, c’est exactement l’effet voulu, l’impression de redite est trop importante pour que l’on puisse complètement apprécier ce qui aurait dû être une composition nouvelle. C’est probablement le souci principal d’un disque qui, à trop vouloir regarder en arrière, oublie littéralement de se plonger vers l’avenir. "Suspended Time", s’il reste dans la même optique et dans le même moule que les morceaux précédent (on remarquera aussi un manque de changements dans les morceaux qui peine à se forger une réelle identité), surprend par la présence d’une chanteuse et surprend quelques peu. Néanmoins, un morceau comme "Architect" est si indigeste qu’il dévoile les limites d’un tel projet qui, inévitablement, s’handicape par les qualités qu’il pourrait avoir. A savoir un manque de fraicheur, de nouveautés (c’est flagrant sur "Architect", soporifique et passe partout…) et de créativité…

Avec un regard plus lointain, "Solar Soul" pourrait presque matérialiser la seule grande faute artistique d’un groupe qui, sans se remettre en question (il n’est même plus question de ça quand on change tant), a toujours laissé ses idées allées au bout sans jamais les retenir. Il est également placé entre l’opus le moins métal ("Reign of Light" ou "Era One", au choix…) et celui le plus brutal du groupe ("Above"). Un groupe ordinaire aurait donné comme définition album de transition…un groupe anti-conformiste comme Samael le tiendra comme une légère erreur de parcours…

1. Solar Soul 03:44
2. Promised Land 03:57
3. Slavocracy 03:30
4. Western Ground 04:06
5. On The Rise 03:51
6. Alliance 03:40
7. Suspended Time 03:44
8. Valkyries' New Ride 03:53
9. Ave! 04:15
10. Quasar Waves 03:36
11. Architect (Bonus Track) 03:52
12. Olympus 04:39

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