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Album

09/12/14 - U-Zine

Blind Guardian

At the Edge of Time

LabelNuclear Blast
stylePower épique
formatAlbum
paysAllemagne
sortiejuillet 2010
La note de
U-Zine
7.5/10


U-Zine

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Les groupes à la personnalité et au son si personnel qu’ils en deviennent reconnaissables dès la première seconde se font de plus en plus rare. Ce genre d’artistes uniques dans lesquels les fans n’hésitent pas à se livrer afin de soutenir ceux sans qui l’art musical serait aujourd’hui bien pale.
Dans un genre aujourd’hui aussi controversé que le heavy métal symphonique, dont l’exigence n’a souvent d’égal que les moyens afin de donner vie à la création initiale, Blind Guardian dispose d’une place privilégiée. Loin du lyrisme exacerbé d’un Nightwish, de l’ésotérisme d’un Therion, de la technique d’un Angra ou de la théâtralité d’un Avantasia, les allemands disposent d’un son en partie unique grace à leurs mélodies vocales si différentes des autres et ce Hansi Kürsch à la tessiture de voix tellement particulière. Dans ce sens, un nouveau Blind Guardian est toujours un évènement attendu par bien plus que le cercle restreint de la communauté heavy metal…

Remémorons-nous les dernières années…"A Night at the Opera" avait opéré un virage radical dans la vision musicale des quatre allemands. Complexifiant à l’infini leur art, le rendant étouffant pour le néophyte, l’agrémentant de multiples couches de chœurs, de symphoniques, de claviers ou de pistes de guitare, il demeurait un disque d’une difficulté d’accès qui ne plut pas à tous, malgré une richesse musicale hors du commun. "A Twist in the Myth" opérait un virage bien plus direct même si l’on reconnaissait aisément la patte si distinctive des compères d’André Olbrich.
Une fois de plus, c’est après quatre longues années (une habitude depuis le culte "Nightfall in Middle Earth") que s’apprête à être enfanter "At the Edge of Time". Une nouvelle fois, Blind Guardian frappe inévitablement là où on ne l’attendait pas…

Dire qu’"At the Edge of Time" est un retour aux sources serait partiellement faux, dire qu’il est une nouvelle étape de leur évolution également. En effet, ici, peu de nouvelles choses sont exploitées, si ce n’est la présence, toutefois non négligeable, d’un véritable orchestre symphonique (de Prague : 90 musiciens) sur quelques morceaux. Dans le même lieu, les fans de la première heure retrouveront avec délectation la présence d’un speed agressif et sans concession comme nous n’en avions pas entendu depuis plus de quinze ans.

Rien de très perceptible pourtant lorsque le démentiel "Sacred Worlds" ouvre le disque. Une entame symphonique à couper le souffle, très sombre, emplie de mystère et pleinement épique, grandiose, parfois-même intimiste. Un premier riff imposant et très épais explose en même temps qu’un déluge de cuivres proprement jouissif. La fusion entre la rugosité des guitares et la décadence des symphonies est sublime, avant qu’Hansi ne vienne poser sa voix sur la première accalmie du morceau. Son timbre, toujours aussi beau et envoutant, propre à la rêverie mais pourtant si rugueux, est une nouvelle fois impérial. Ce joli pavé de neuf minutes fait la part belle à des musiciens s’étant visiblement lâchée pour composer une véritable œuvre à elle-seule dès le début du disque, un morceau passant par différents paysages et humeurs.

Après telle ouverture, difficile d’y placer une suite sans s’essouffler quelque peu mais Blind Guardian continu de surprendre avec un "Tanelorn (Into The Void)" furieux à souhait, aux riffs bien plus tranchants que sur les disques récents et surtout avec une approche bien plus typiquement allemande. Et c’est probablement ici que le bas blessera un peu…dans cette vision parfois trop traditionnaliste qui parsèmera ce disque résolument écartelé entre l’excellence symphonique parfois présente et l’aura bien plus commune qui se dégagera de titres résolument plus violents mais manquant par la même occasion de fraicheur.

On se surprendra à (res)sentir un certain ennui lorsque l’album perdra le fil de sa propre trame en milieu d’album, entre une ballade celtique ("Curse My Name") détruisant le rythme du disque ou un "Valkyries" peinant réellement à décoller et fournir ce si indispensable frisson. Pourtant, lorsque "Road Of No Release" résonne dans nos oreilles, c’est cette si délectable impression de grandeur, de magie et de montée progressive qui parcours notre esprit. Cette sensation que tout va toujours plus loin, que tout explose toujours plus, qu’Hansi nous emmène avec lui pour un voyage sans retour, que Blind Guardian nous emmène toujours plus loin dans son monde si personnel.

Manquant probablement de titres réellement transcendants et marquants, "At the Edge of Time" s’appuie sur une introduction et un final des plus grandioses, entre le "Sacred Worlds" initial et ce "Wheel of Time" sublime, plongeant l’auditeur dans un orient des plus troublants et chimériques. L’orchestre se retrouve une nouvelle fois prédominant, virevoltant, vivant et respirant au rythme des pulsations rythmiques d’André et Marcus : véritablement merveilleux. Hansi s’impose comme un chanteur résolument exceptionnel pour ceux qui osait encore en douter, et ce tout l’album (ces parties plus hurlés sur ce dernier morceau sont à frémir).
Dans l’ensemble, si le travail sur les lignes vocales est toujours aussi travaillé, on remarquera un net retrait des chœurs en tout genre, au profit soit de l’orchestre, soit d’une vision bien plus épurée et speed. "A Voice in the Dark" est un excellent exemple de cet état de fait, speed (des soli volant de partout) et simple (comprenez pour Blind Guardian…) et sans cette explosion lyrique et vocale qui avait fait la magie des derniers opus…comme un inévitable retour à une efficacité peut-être perdue. Ici, c’est peut-être la surprise qui, une fois l’écoute digérée, manquera…

"At the Edge of Time" n’en reste pas moins un travail d’orfèvre, à la production époustouflante de puissance et de densité sonore. Mais contrairement à un Rhapsody ayant réellement renouvelé son approche en l’agrémentant de nombreux nouveaux éléments, Blind Guardian a d’un côté épuré sa musique au maximum en l’intensifiant et d’un autre développé la tension symphonique, sans pour autant créer une homogénéité dans son travail. Il en résulte un album passant parfois par des paysages radicalement différents et sans réelle ligne de conduite, si ce n’est l’excellence auquel nous ont habitué les allemands depuis bien longtemps. Dans tout ceci, un désagréable sentiment de demi-teinte ressort, comme si quelque chose n’allait pas, passant du génie à une tradition bien peu novatrice.
« Le cul entre deux chaises » diront certains…ce qui résume, il est vrai, parfaitement l’idée de ce disque…

1. Sacred Words 09:17
2. Tanelorn 05:58
3. Road of No Release 06:30
4. Ride Into Obsession 04:46
5. Curse My Name 05:52
6. Valkyries 06:38
7. Control the Divine 05:26
8. War of the Thrones (Piano) 04:55
9. A Voice in the Dark 05:41
10. Wheel of Time 08:55

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