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mercredi 25 septembre 2019 - Dolorès

Major Arcana - Alcest x Perturbator | Regarde Les Hommes Tomber x Hangman's Chair | Nostromo x Dehn Sora

Trianon - Paris

Dolorès

Non.

Il y a de cela quelques mois, Førtifem et Red Bull Music Events annonçaient une collaboration le temps d'une soirée au Trianon. Le 25 septembre aurait donc lieu Major Arcana : un concentré de bon goût dans un format inédit, entouré d'une esthétique de tarot (plus précisément des arcanes majeurs !). Ce serait donc un live où Perturbator rencontre Alcest, où Hangman's Chair rencontre Regarde Les Hommes Tomber, et où Nostromo rencontre Dehn Sora. Pas tant « metal » quand on y pense, entre l'univers ambient de Dehn Sora, les sonorités électroniques de Perturbator ou encore le statut d'entre-deux d'Alcest qui penche toujours du côté onirique de la balance.

Au-delà de ces annonces, on n'avait en réalité pas plus d'informations que cela. Le duo d'artistes Førtifem a dévoilé au fur et à mesure les visuels de chacun des groupes présents en s'inspirant à chaque fois du tarot de Marseille. Une carte représente chaque groupe puis le fruit de leur collaboration, soit 3 cartes à chaque fois. Le poster proposé ce soir-là y ajoute même la carte de L'Amoureux, qui représente le duo Førtifem !


A noter que ces prestations sont disponibles sur Arte Concert !

Des parties d'interlude (non filmées) sont assurées par Verset Zero, dont je n'aurai malheureusement pas vu grand chose... Vu le monde de sortie au Trianon ce soir-là, il faut anticiper ses déplacements et les files d'attente ! Cela permet toutefois de donner une aura de spectacle à la soirée qui n'est pas censée ressembler à un concert lambda.

En réalité, le public n'avait qu'une idée très vague de ce qui pouvait les attendre. S'agissait-il de créer des compositions à deux entités ? De reprendre des titres de l'une et de l'autre, de les adapter, de mêler les influences ou uniquement les musiciens sur scène ? Dans les trois cas, la même réflexion revient : il faut soit connaître par cœur les deux projets qui collaborent pour repérer chaque détail et chaque subtilité ou encore une composition inédite et réussir à l'apprécier à fond, soit ne connaître aucun des projets pour profiter de la découverte totale accordée par ce type de soirée. L'entre-deux est plus maladroit, car on tente de reconnaître, de réfléchir un peu trop, au lieu de se laisser porter par la performance.

 

Nostromo x Dehn Sora

Certains mélanges semblaient toutefois difficiles à réaliser. Mais après tout, on ne sait pas si des consignes avaient été données, ou s'il était de la liberté de chaque collaboration de décider de la direction à prendre. Pas spécialement fan de Nostromo (Metalcore/Grindcore), j'attendais toutefois ce premier acte impatiemment. Mes confrontations avec le monde de Treha Sektori (du genre ciné-concert-performance extrêmement puissant) m'avaient laissée bouche bée par deux fois déjà. Mais j'avais bien remarqué que ce n'était pas ce nom qui était choisi, c'est à dire pas le nom du projet Treha Sektori mais bien le nom de sa tête pensante : Dehn Sora. J'imagine qu'il s'agissait de distinguer son projet solo de ce que le personnage peut faire en dehors, mais j'espérais secrètement que l'esprit collaboratif de la soirée allait gagner une autre sphère que la musique. Dehn Sora étant également illustrateur, je me disais qu'il aurait été incroyable de surprendre tout le monde en lui laissant une petite participation visuelle lors du premier acte ! En effet, chaque prestation est accompagnée en fond de scène d’œuvres animées créés par Førtifem.

Malheureusement, cette collaboration musicale donne beaucoup d'importance à Nostromo, si bien qu'on n'entend absolument rien de Dehn Sora. Coincé dans le fond de la scène, il semble plus venir supporter Nostromo que s'imposer réellement.Les parties extrêmes ont bien été entrecoupées de passages plus ambient, et même « Solvah » (Treha Sektori) a été repris, mais je ne suis pas restée très longtemps car le son sur le côté de la fosse n'était pas assez compréhensible pour me donner envie de rester en sachant que je n'accroche pas à Nostromo, qui monopolise la bande sonore sur une bonne partie du live. J'avoue toutefois que, regardé à nouveau sur le live Arte Concert, ça passe beaucoup mieux une fois qu'on comprend ce qu'il se passe, mais la dose de collaboration reste discrète dans de ce type de concert.

 

 

Regarde Les Hommes Tomber x Hangman's Chair

A l'inverse, je savais que Regarde Les Hommes Tomber avaient bien préparé le terrain avec Hangman's Chair. Le parti pris a été de choisir des morceaux de l'un et de l'autre et de les bosser afin d'inclure tout le monde, ou presque. En effet, il y a du monde sur scène avec au total 9 personnes : 7 musiciens et 2 chanteurs ! Si la collaboration dans les mélanges de styles musicaux est plus simple que les autres, c'est aussi la seule qui réunit deux groupes entiers.

Du premier balcon (où le son y est meilleur que sous les balcons, dans la fosse), la scène est impressionnante. Le Trianon est une très belle salle, qui accueille ces trois grands panneaux de visuels bien classes créés par Førtifem, et il y a là deux batteries ainsi qu'une belle bande d'excellents musiciens sur scène. Pour celui qui ne connaîtrait pas les groupes, on repère vite qui joue dans quoi : le port de la capuche est un bon rappel ! De part et d'autre de la scène, les deux chanteurs se font face, comme sur un pied d'égalité et dans une dynamique d'échange l'un avec l'autre.

Je venais à peine de découvrir Hangman's Chair quelques jours plus tôt, et j'avais bien accroché, mais je dois avouer que le premier jet de chant clair sur le premier titre (de RLHT) est surprenant. Finalement, on s'y habitue assez vite, et si je reconnais facilement les titres du groupe de Black Metal, les deux univers fonctionnent très bien ensemble et on oublie vite où on en est (ce qui est plus ou moins le but, non ?). On sent que le travail en amont et les jours de résidence qui ont précédé l'événement ont porté leurs fruits, c'est globalement très propre et le son est également assez puissant pour donner toute la consistance nécessaire à cette performance.

Si ce second acte est moins loufoque que les autres, il n'en est pas moins le plus prometteur.

 

 

Alcest x Perturbator

Alors, oui, j'imaginais mal le sérieux mélancolique d'Alcest se frotter au dancefloor de Perturbator. Mais connaissant les goûts un peu eighties des deux côtés, il y avait fort à parier qu'un terrain d'entente était possible. Pour une raison qui m'est inconnue (garder l'exclu des titres joués ?), le live Arte ne propose que la fin du set ! Il y avait ce soir-là, toute une première partie en trio, où Neige accompagnait au chant et à la guitare le désormais duo Perturbator. Une première partie constituée de titres que je n'ai pas reconnus, qui semblent être nouveaux et donc qui sont bien plus simples à présenter au public qui n'en connaît aucune version préalable ! Une ouverture assez new wave finalement, qui paraît très lumineuse et calme pour des titres de Perturbator, mais où le chant de Neige fonctionne très bien sans pour autant être d'une importance capitale...

Toutefois, le fait de scinder le concert de cette manière donne l'impression qu'il peine à démarrer. On a une première partie finalement assez calme en trio, contrairement à ce que la présence d'un premier batteur laissait présager, rejoint par le reste d'Alcest pour la seconde partie (alors que le batteur de Perturbator quitte le plateau). En effet, les trois titres suivants (et derniers) se concentrent sur la discographie d'Alcest. D'abord « Kodama », que le public connaît bien vu les réactions de celui-ci mais dont on n'entend pas du tout l'intervention de l'artiste synthwave présent sur scène. Il est suivi de « Sapphire » qui n'avait pas encore été dévoilé sur internet ! A nouveau, et comme sur le titre suivant et final « Protection », les claviers de James Kent ne s'entendront absolument pas, si ce n'est sur quelques effets rythmiques et quelques accentuations qui peinent à être perceptibles...

Cette seconde partie est malheureusement juste un très bon concert d'Alcest.

 

 

Ce type de collaboration aurait mérité bien six mois de préparation en plus pour donner un ensemble plus surprenant et équilibré, tout comme le premier acte Nostromo & Dehn Sora. Finalement, si l'idée de collaborations passagères (ou non ?) est excellente, l'exercice était inabouti à quelques instants de la soirée. On apprécie toutefois le concept, et l'orchestration visuelle de Førtifem, ainsi que l'ambiance de la soirée dans la superbe salle du Trianon que je ne connaissais pas.

 

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Un grand merci à Red Bull Music Events pour l'invitation,
et aux groupes ainsi qu'à Førtifem et au Trianon pour la soirée.

Crédits photos : Mathias Averty / Violent Motion

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