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Album

10/04/18 - ZSK

Barren Earth

A Complex Of Cages

LabelCentury Media Records
styleDeath Metal progressif
formatAlbum
paysFinlande
sortiemars 2018
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Quand un « supergroupe » se forme, en général il n’y a que deux issues possibles : soit c’est énorme flop, soit c’est un « one-shot » qu’on ne reverra pas de sitôt. Ou même les deux en même temps… Il est alors étonnant de constater que Barren Earth est facilement devenu un groupe pérenne, sortant ici son 4ème album en 8 ans (pour 11 ans d’existence au total, et n’oublions pas l’EP Our Twilight sorti en 2009). Pour ceux qui ne le savent pas encore, Barren Earth réunit une partie de la crème du Metal mélancolique finlandais, avec Olli-Pekka Laine (Amorphis), Marko Tarvonen (Moonsorrow, October Falls, Thy Serpent), Janne Perttilä (Põhjast, Moonsorrow en Live), Sami Yli-Sirniö (Waltari et… Kreator), ainsi que Mikko Kotamäki (Swallow The Sun, Kuolemanlaakso) mais ce dernier a mis les voiles après le deuxième album The Devil’s Resolve (2012), laissant le micro depuis au Féringien Jón Aldará (Clouds, Hamferð). Tout ce beau monde a donc largement le loisir de se réunir pour enregistrer de nouvelles joyeusetés avec Barren Earth, qui du reste n’est pas un pétard mouillé et l’avait bien montré dès son premier et excellent album, Curse Of The Red River (2010). Le groupe finlandais commence donc à se traîner une discographie plus qu’honnête. The Devil’s Resolve avait amorcé un peu l’orientation actuelle du groupe, avec plus de claviers mais toujours du Metal extrême, entre Death progressif et Doom/Death mélodique. Pas très original dans l’absolu, Barren Earth excelle pourtant dans son style qui est assez logiquement un mélange entre Amorphis, Swallow The Sun mais surtout Opeth, dans une version moins purement prog’ et plus directe. Je parle du Opeth période growls bien évidemment… Et pour ceux qui le regrettent, Barren Earth pourrait aisément combler ce manque, même si l’on atteint pas le niveau de composition d’un Mikael Åkerfeldt aussi facilement.

Si Curse Of The Red River et le plus raffiné The Devil’s Resolve étaient de très bons albums, je ne pouvais pas en dire autant de On Lonely Towers (2015), assez linéaire et décevant. Barren Earth devait surtout remplacer le vocaliste talentueux qu’est Mikko Kotamäki, ce qui était une gageure. Si Jón Aldará n’a rien à lui envier niveau growls caverneux, ce n’était pas vraiment le cas au niveau des voix claires de mon point de vue. Cela n’allait pas tirer On Lonely Towers vers le haut, et A Complex Of Cages va devoir au moins rattraper le coup. On constatera déjà que Jón Aldará a progressé au niveau des voix claires, mais Mikko Kotamäki reste définitivement au-dessus, c’est indéniable. Barren Earth doit donc désormais faire avec ce qu’il a, mais heureusement A Complex Of Cages va s’avérer un peu plus excitant et efficace que son prédécesseur. Peut-être parce qu’il met plus l’accent sur le côté le plus extrême du groupe, les riffs Death Opethiens et les growls se taillant la part du lion ici. Mais pour le reste, Barren Earth n’évolue plus, en même temps il n’en a pas vraiment besoin. Le Death progressif et mélodique légèrement doomy et forcément très « finlandais » est toujours la norme, entre riffs appuyés et claviers vintage, ici plus variés que jamais d’ailleurs, le groupe accueille d’ailleurs à cette occasion un nouveau claviériste, Antti Myllynen (des inconnus au bataillon Creinium et Path Of Annihilation qui a splitté en 2010). Ce dernier va donc apporter des ambiances plus singulières au style habituel de Barren Earth, qui a toujours la même mission, amener des tubes de Death-Metal progressif très direct et concis dans l’ensemble, même si le raffinement fait aussi partie du répertoire de composition du collectif scandinave. D’ailleurs A Complex Of Cages est à nouveau assez conséquent (61 minutes) et va très vite combler tous les amateurs du style pratiqué et ceux qui veulent un truc assez proche du Opeth pré-Heritage dans leurs esgourdes de temps à autre.

A Complex Of Cages commence d’ailleurs très bien avec "The Living Fortress", où le groupe montre d’ores et déjà qu’il est très inspiré au niveau des riffs, mais pas que, les divers claviers amenant cette ambiance vintage là aussi très Opethienne, le tout avec une production toujours très claire et moderne parfaitement adaptée. Des morceaux de grande qualité apparaissent alors bien vite, comme "Further Down" où Jón Aldará livre une sacrée performance en termes de growls, et là encore certaines parties de claviers sont assez somptueuses. Le plus épique et chiadé "Dysphoria" tire aussi très vite son épingle du jeu et se pose comme un des grands moments de cet album globalement bien troussé. Et Barren Earth se montre tout autant capable de partir dans quelques progueries travaillées jusqu’au bout des ongles ("Zeal" qui garde un petit côté extrême, le fleuve "Solitude Pith" hyper progressif) que de se recentrer sur le Death-Metal avec notamment le plus punchy "Spire" qui ne comporte quasiment pas de chant clair. Parlons-en de chant clair justement parce que de mon avis c’est ce qui continue un peu de coincer chez ce Barren Earth post-The Devil’s Resolve. Je ne suis toujours pas fan du chant plus plaintif de Jón Aldará mais c’est totalement subjectif donc soit (je zappe donc systématiquement le final plus éthéré "Withdrawal"). Seulement, ses lignes claires m’apparaissent répétitives et deviennent donc rébarbatives sur la forme. Tous les refrains du disque se ressemblent assez, et certains gâchent un peu les morceaux concernés, ce qui est le cas de "The Ruby" malgré ses très bons riffs et du plus mélodique "Scatterprey", qui deviennent des morceaux trop faciles. Certaines lignes claires ici et là sont également un peu crispantes, comme celles de "Dysphoria" par exemple. Je ne voudrais pas tomber dans la facilité du « c’était mieux avant », mais il est toujours triste que Mikko Kotamäki ne soit plus de la partie tant ses chants étaient parfaits. Jón Aldará reste un chanteur de qualité et surtout n’a rien à se reprocher au niveau des growls, mais il y a aussi des chants clairs dans Barren Earth et dans ce registre son prédécesseur demeure intouchable.

Ne boudons toutefois pas notre plaisir. A Complex Of Cages est aisément le meilleur album de Barren Earth depuis Curse Of The Red River, même si le groupe ne se réinvente absolument pas, si ce n’est grâce à quelques originalités amenées par le nouveau claviériste. La formation semble même avoir trouvé un équilibre gagnant, entre le plus proggy The Devil’s Resolve et un Metal extrême plus immédiat, le tout toujours niché entre du bon Metal mélancolique finlandais et du Opeth « avec growls » en plus concis dans l’ensemble. Maintenant, on pointera encore quelques petites longueurs ("Spire" notamment, ou même "Solitude Pith"), des redondances et même des facilités, mais Barren Earth n’a à mon avis jamais eu la prétention de révolutionner le genre, et ce qu’il fait il le fait bien. Quand on sait que nombre de all-star bands se sont cassés la gueule même en faisant quelque chose de commun, on ne peut que féliciter Barren Earth pour son activité et la constance globale de ses œuvres. Le reste, c’est presque une question de goûts, surtout au niveau du chant clair qui pour moi n’est plus à la hauteur, malgré des progrès évidents par rapport à On Lonely Towers. Avec Mikko Kotamäki au chant, A Complex Of Cages aurait probablement été presque parfait. Il en reste tout de même un très bon album mêlant encore une fois avec brio Amorphis et Opeth, moins gnan-gnan et plus extrême que le premier, plus direct et efficace que le second. Donc si le Amorphis jusqu’à Silent Waters et le Opeth jusqu’à Watershed vous manquent, vous savez vers qui il faut vous tourner. Si ça n’est pas déjà fait vu que cela fait huit ans et désormais quatre albums que Barren Earth fait le taf dans le monde des growls, des chants clairs, des riffs appuyés, des mélodies, des progressions et des claviers vintage, et se pose avec son beau line-up comme un exécutant modèle de Metal gentiment extrême scandinave.

 

Tracklist de A Complex Of Cages :

1. The Living Fortress (6:45)
2. The Ruby (4:48)
3. Further Down (6:33)
4. Zeal (7:45)
5. Scatterprey (5:40)
6. Solitude Pith (10:17)
7. Dysphoria (7:45)
8. Spire (6:37)
9. Withdrawal (5:16)