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vendredi 9 mars 2018 - Dolorès

Faun - Cernunnos Pagan Fest 2018

Oliver, Fiona, Rüdiger, Niel, Laura

Dolorès

Non.

Après vingt ans d’existence (quinze depuis le premier album), un line-up qui a beaucoup évolué et 9 albums studio, les Allemands de Faun viennent de sortir un Best Of Faun et jouent, ce vendredi 24 février, en tête d’affiche du Cernunnos Pagan Fest à la Ferme du Buisson à Noisiel, près de Paris. C’est l’occasion de rencontrer le groupe devenu culte dans le milieu pagan folk, pas si inconnu au milieu metal puisque nombreux sont les fans à être sensibles aux deux univers. Nous nous retrouvons donc avec le groupe presque au complet, puisque seul manque Stephan, joueur de vielle à roue. Oliver et Fiona, les deux membres originels de Faun, prennent principalement la parole, tandis que Laura, nouvelle chanteuse adoptée par Faun en 2017, reste discrète.

 

Dans un premier temps, quel est votre regard actuel et quel recul avec-vous sur Midgard (2016) ? Quel a été le retour global sur le dernier album ?

Fiona : Les retours ont été très bons de la part de nos fans, je crois que beaucoup d’entre eux étaient intéressés par ces thèmes, autour de la mythologie nordique et de la musique scandinave. Nous-mêmes sommes très intéressés par cela. On a voyagé de nombreuses fois en Scandinavie ! Je crois que nos fans ont vraiment aimé Midgard. Et nous avons adoré nous plonger dans la mythologie à nouveau, faire des recherches, réfléchir à des mélodies...

Oliver : L’album a déjà deux ans, on a bien avancé depuis. Mais, oui, je crois que beaucoup de nos fans ont vraiment apprécié Midgard. C’était une bonne chose, que l’album sonne un peu plus comme l’ancien Faun, plus dur et puissant, plus « pagan », mais toujours facile d’accès et compréhensible pour beaucoup de personnes. C’est ce qui est important pour nous.

 


 

A propos du nouvel album maintenant, le Best Of Faun est sorti il y a quelques jours. J’ai vu qu’il contenait plus de deux heures de musique ?

Oliver : Il y a deux éditions. Dans un premier temps il y a le single, un seul CD. Ce single est pour les gens qui ne connaissent pas Faun, pour découvrir le groupe. C’est facile à écouter. De l’autre côté, nous avons tellement de bons et anciens titres, ceux-ci sont sur le double album, pour à peu près deux heures au total oui. Sur ce double CD, on a vraiment essayé d’avoir beaucoup plus de musiques tirées de notre passé, et de dévoiler un peu plus notre histoire.
 

Comment avez-vous décidé quelles anciennes chansons vous alliez inclure sur ce double CD ? Etait-ce difficile de choisir ?

Niel : Oui ! Parce qu’on a une discographie composée de nombreux morceaux, et tous très variés, c’était vraiment difficile de trouver quelles chansons inclure. On aurait pu faire 4, même 5 albums avec…

Oliver : C’est une question d’équilibre aussi, parce qu’on voulait un double album qui soit agréable à écouter. Tu sais, on a un album de Faun qui est entièrement acoustique (ndlr : Buch Der Balladen), toutes ces chansons sont très belles. Il fallait trouver un équilibre, une alternance entre des titres puissants, et d’autres plus doux et jolis, pour que le résultat final puisse être apprécié correctement.

 

 
Oliver & Stephan
Photos : Gazag

 

Je vous ai vus sur scène en 2016, au Ragnard Rock Festival, et aujourd’hui vous jouez au Cernunnos Pagan Fest. Ces festivals français sont (ou étaient) principalement orientés metal, mais incluent un peu de musique folk / pagan et une ambiance médiévale. Est-ce que vous aimez ce type de festivals « mixtes » ?

Rüdiger : Oui, on aime beaucoup.
 

Vous n’êtes pas surpris d’être invités dans ce type d’événement ?

Rüdiger : Au début, on l’était, maintenant on est habitués !
 

Peut-être y a-t-il des groupes que vous aimez, ici au Cernunnos ou dans d’autres festivals de ce type ?

Fiona : Oui, d’ailleurs on a déjà croisé des amis qu’on connaît depuis un certain temps du groupe Dornenreich. On connaît certains des musiciens qui jouent ici, et je pense que la plupart d’entre nous aiment beaucoup certains des groupes qui jouent ce weekend. C’est plaisant d’être invités ici, je pense que c’est vraiment un beau festival.

 

Comment est-ce que c’est dans les autres pays ? Est-ce que vous êtes souvent invités dans ce type de festival un peu mixte ou metal aussi ?

Fiona : Oui, on a joué dans pas mal de festivals, orientés Folk Metal, en Norvège notamment. En Allemagne, aussi, en Suisse avec Eluveitie. En fait, on joue dans plusieurs milieux, on joue aussi dans des festivals de musique gothique, on joue sur beaucoup de marchés médiévaux, et parfois on joue même dans des festivals très « hippie » aux Etats-Unis ! Notre musique rassemble un peu toutes ces scènes.

Oliver : Le public est assez similaire finalement… « Vikings », « païens »… Ces gens sont notre peuple, notre public.
 


Midgard Tour 2017
Photo : Sarah Fleischer
 

Sur Midgard, le titre « Odin » contenait un featuring avec Einar Selvik (Wardruna). Qu’est-ce que vous pensez de son approche de la musique, comme une sorte d’archéologie expérimentale ? Comment est-ce que Faun se positionne par rapport à cette démarche ?

Oliver : Cette collaboration était fantastique. Mais il a un angle d’approche différent, même si ça nous est assez familier. C’est difficile à dire, il a cette démarche, qui est différente de la nôtre, mais il dit aussi que ce n’est pas de la musique ancienne authentique. Il pioche dans des racines ancestrales pour créer une musique nouvelle, et c’est aussi ce qu’on fait. Cependant, il est plus ancré dans une seule forme de musique traditionnelle, alors qu’on est un peu plus éparpillés. C’est ce qu’on aime, parfois on se tourne vers des thématiques celtiques, parfois germaniques… On propose différentes couleurs, on raconte différentes histoires. Einar est plus profondément ancré dans ses influences nordiques et scandinaves.


Vous ne pensez pas avoir une démarche comparable ? Une recherche, à travers la musique, des temps anciens ?

Oliver : Bien sûr, on veut vraiment rendre vivantes des histoires. On part d’anciens mythes et on essaie de leur donner vie, dans un style plus actuel, d’aujourd’hui. On a de forts caractères dans le groupe, et on a tous des intérêts différents. Donc parfois, on sonnera plus électronique, parfois aux influences plus celtiques, ou vikings. Parfois, quelque chose arrive dans la vie de l’un de nous, et il souhaite en parler, écrire une chanson. Et on y ajoute nos instruments ensuite. C’est pour cela que notre musique est aussi variée, et pour cela que c’est facile de proposer ça autant sur des festivals metal que des festivals plus folk, des événements culturels ou des églises !
 

 
Laura & Fiona
Photos : Gazag

 

La dernière fois que je vous ai vus sur scène, en 2016, le line-up était différent, Katja était encore dans le groupe. Depuis les débuts de Faun, le line-up a changé de nombreuses fois. Que pensez-vous de ces changements, notamment en ce qui concerne les chanteuses ? N’êtes-vous pas inquiets que les fans se sentent un peu perdus, ou est-ce que vous pensez qu’ils aiment que Faun évolue ?

Fiona : Certains de ces changements ont été surprenants, lorsqu’un départ est lié à l’arrivée d’un enfant par exemple. En réalité, le premier changement a été le plus gros challenge, j’ai pensé « mon dieu, comment est-ce qu’on va avancer ? » (ndlr : le départ de Lisa Pawelke, première chanteuse aux côtés de Fiona pendant les quatre premiers albums). Mais ensuite, nous avons compris qu’il s’agissait aussi d’une bonne expérience, de travailler ensemble avec une nouvelle chanteuse, découvrir ce que sa voix a de spécial… J’espère que la plupart de nos auditeurs sont capables d’accepter que nous sommes ouverts au changement, et que les choses évoluent, tout simplement. Mais je peux aussi comprendre que certains se disent « oh, je me souviens de cette période, cette chanteuse était ma favorite », bien sûr que cela arrive.

Niel : Quand tu es dans un groupe, tu fais partie d’une famille, voire un mariage avec cinq personnes (rires) ! Parfois des choses arrivent, et changent la vie de l’un de nous, que ce soit une question de point de vue ou autre chose, et nos chemins se séparent. Maintenant, nous avons Laura, nous avons passé un an ensemble, on s’est beaucoup amusés, on a eu des moments merveilleux sur scène, et j’apprécie le temps passé ensemble.

Laura : Moi aussi ! (rires)

 

J’espère que ma question n’est pas déplacée mais… Est-ce que vous avez toujours des relations avec Omnia ?

Oliver : Dans le passé, nous avions de bonnes relations oui… (rires) mais le passé est terminé !

Rüdiger : On regarde vers l’avenir.


Il y a longtemps, vous faisiez des chansons en live avec Omnia. Est-ce que vous prévoyez de réitérer l’expérience avec de nouveaux groupes émergents, ou des groupes que vous appréciez particulièrement ?

Oliver : C’est quelque chose de bien oui, mais il y a toujours un temps pour s’inspirer les uns les autres, et parfois il arrive que nous ayons la même idée au même moment. Bien sûr, autrefois, nous avons vraiment passé de bons moments avec Omnia, les choses sont devenues difficiles mais je ne souhaite pas en parler davantage. Mais d’autres projets émergent, par exemple avec Wardruna. On sentait qu’il y avait une connexion avec Einar, et on n’a pas arrêté de se croiser dans le monde entier ! Je veux dire, sur une année, on s’est croisés aux Etats-Unis et en Allemagne à trois festivals différents, on a alors commencé à parler, et ça s’est fait facilement. Parfois, il faut juste suivre son intuition. Bien sûr, il y aura de nouveaux groupes, à l’avenir, avec qui on collaborera sûrement. On essaie de rester ouverts. On ne peut pas rester accrochés à quelque chose qui s’est passé il y a dix ans.

 

 

Qu’est-ce que vous écoutez, vous, en ce moment ? Y a-t-il des groupes que vous aimeriez mettre en avant d’une certaine manière ?

Oliver : En ce moment j’écoute plutôt de la musique scandinave. Ce matin, j’ai écouté des artistes anglais… et c’était plutôt mauvais ! (rires)

Niel : Aphex Twin… Mais, personnellement, je sais que je dois arrêter d’écouter des nouvelles chansons si je veux créer de la musique. Et maintenant que de nouvelles chansons sont écrites, je dois préparer les versions destinées au live pour ces titres…

Fiona : J’aime écouter de la musique quand je conduis, même si j’en écoute assez rarement car quand j’ai du temps libre chez moi, je joue moi-même. Donc j’écoute plutôt de la musique hors de chez moi, dans la voiture, et en ce moment j’ai quatre CDs que j’écoute constamment. Il y a le groupe iamthemorning, avec beaucoup de piano… J’adore le piano ! Et j’aime aussi toujours écouter Månegarm, l’album acoustique. J’aime aussi beaucoup Skálmöld, peut-être que vous connaissez. Et en ce moment, j’écoute L’Ham de Foc. Le groupe faisait de la musique traditionnelle, espagnole notamment, c’était vraiment beau. Avec L’Ham de Foc, on a travaillé ensemble sur scène, avec Efrén López.

Niel : J’ai oublié l’une de mes principales références en ce moment, c’est The Popes of Paganism. On a découvert leurs anciens albums, enfin, j’ai oublié cet album pendant des années et puis je l’ai redécouvert, ça a vraiment été la plus grosse influence pour moi !

Oliver : Ils sont de retour.

Fiona : Oui, un seul concert !

(ndlr : après recherche, The Popes Of Paganism semblerait avoir sorti un album en 1985 dont on ne trouve aucune trace sur internet… En réalité, il s’agit très probablement de Faun, pas si bien cachés puisqu’on devine très vite que ce sont eux par l’humour employé et les photos promo peu déguisées. Un clin-d’œil à Steve, chanteur et tête pensante d’Omnia, qui clamait être « the pope of paganism » dans l’une de ses chansons ?)

 

Merci beaucoup à Faun d’avoir répondu à ces questions, et au Cernunnos Pagan Fest d’avoir rendu cet entretien possible. Le groupe passera en France à nouveau le samedi 28 avril à Toulouse, pour le festival Echos & Merveilles.