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Album

14/01/18 - Dolorès

Summoning

With Doom We Come

LabelNapalm Records
styleBlack atmosphérique / épique
formatAlbum
paysAutriche
sortiejanvier 2018
La note de
Dolorès
6/10


Dolorès

Non.

On l’attendait autant qu’on ne l’attendait plus. Cinq ans après Old Mornings Dawn (voire quatre ans si, comme beaucoup, vous l’avez écouté lorsqu’il a leaké à l’automne 2017), le projet culte autrichien nous offre un nouvel album en ce début d’année 2018.

J’étais déjà étonnée, en 2014, de voir que Old Mornings Dawn n’était pas si bien accueilli. Summoning était devenu, au fil des années, un projet singulier au point de devenir culte, et même sacralisé. En effet, si tous les albums et autres sorties de Summoning depuis les années 90 ont leur propre caractère, leurs sonorités, et leurs défauts qui font également leur charme, le temps attendu depuis Oath Bound en 2006 avait rendu l’ensemble sacré et intouchable, comme figé dans le temps. Pour certains trop fade, pour d’autres peu inspiré, je n’ai ainsi jamais trop compris les critiques négatives à l’encontre de Old Mornings Dawn, puisqu’il s’agissait pour moi de pur Summoning, avec une production assez sympathique en plus de cela. On en avait des tas, de mélodies et de structures qui restaient en tête, de « Flammifer » à « The White Tower ». Mais ça ne suffisait pas.

Pour certains donc, With Doom We Come annonçait un énième opus, qui sonnerait soit le grand retour des maîtres, soit la plongée dans une déception totale et irrattrapable.

Pour annoncer d’emblée la chose, je dois dire que je trouve ce nouvel album complètement inégal. Les titres s’enchaînent, et avec eux s’alternent les univers mais aussi la qualité globale de composition. Si certains sont vraiment mémorables, d’autres semblent tourner en rond sans but. Histoire de remettre en contexte l’album, Protector expliquait en nos pages il y a deux ans déjà, que le nouvel album avait commencé à éclore à l’époque d’Oath Bound, avec des guitares plus profondes et lourdes, l’aspect mélancolique atténué. En réalité, les morceaux de With Doom We Come sont nés des fragments de titres qui restaient après l’enregistrement d’Oath Bound, pour finalement en créer de nouveaux bien distincts.

Si l’explication peut laisser croire que ces titres ont été suffisamment remaniés, qu’on leur a donné une âme et qu’ils sont bien aboutis aujourd’hui, il faut avouer que nous sommes nombreux à avoir vu cet effet « rafistolé » voire « riff qui tourne en boucle sur 8 minutes sans qu’on sache bien pourquoi ». En témoigne le premier titre, « Tar-Calion », très honnêtement construit autour d’un seul riff, certes efficace, mais qui commence à taper sur les nerfs au bout de 7 minutes. Lors de ma première écoute, j’avais réellement détesté ce titre, qui d’emblée ne laisse pas présager un album très puissant ou original. A force d’écoutes, je dois avouer que je commence à apprécier ce côté martial, tribal, de cette boucle sans fin, mais qui reste malheureusement trop un fond sonore, et n’évolue que très peu.

De la même manière, « Carcharoth » a tendance à m’épuiser, alors que d’autres y verront une porte d’entrée vers une transe musicale. De mon côté, cela a mis beaucoup de temps à prendre. Je commence à apprécier l’album dans sa globalité, chaque titre étant donc un maillon important, mais il s’agit clairement de l’un des moins intéressants selon moi.

A l’inverse, des titres bien plus mélodieux et progressifs comme « Silvertine » ou « Herumor » m’apparaissent comme une facette du véritable Summoning, bien que cela soit finalement très subjectif. Je retrouve alors d’où vient le parallèle avec Oath Bound fait par Protector, alors que d’autres titres n’ont absolument rien à voir avec cet album. « Silvertine » est un véritable monde merveilleux à lui tout seul, épique à souhait, où des dizaines de pistes finissent par se superposer dans une harmonie parfaite. De la même manière, « Herumor » et ses chœurs émouvants sur la deuxième moitié m’ont tout à fait conquise, presque à la manière d’un « Land Of The Dead » (et pour l’anecdote, le côté hivernal mais chaleureux passait très bien durant le mois de décembre).

J’ai beaucoup moins retenu les autres titres, si ce n’est le final « With Doom I Come », qui synthétise à merveille l’esprit du groupe, et possède un refrain qu’on peut facilement tant aimer qu’on finit par le détester d’être constamment dans notre tête. Puissant à souhait ! « Night Fell Behind », quant à lui, souffre de son chant peu attrayant, d’un mélange de sons très synthétiques, peu agréables, et qui sonnent un peu aléatoires parfois. C’est d’ailleurs une impression qui revient sur les titres qui m’ont moins marquée, tels que « Tar-Calion » : un manque d’authenticité et une production maladroite.

With Doom We Come souffre bien d’une inégalité déstabilisante. On se retrouve, peu importe nos préférences personnelles, avec des titres qu’on risque d’adorer au point de vouloir les passer en boucle, qui s’enchaînent avec d’autres qui nous laissent indifférent. Car c’est bien le défaut principal de l’album selon moi. Je ne pourrais même pas dire que je déteste certains des titres, c’est simplement qu’ils ne laissent aucune empreinte dans ma mémoire. Summoning a toujours sorti des albums où certains morceaux plus que d’autres s’élevaient comme les pièces maîtresses, mais rarement le fossé n’a été aussi profond entre celles-ci et les titres moins mémorables. Malheureusement, et bien que j’aie relevé beaucoup de points positifs, With Doom We Come restera un album que j’écouterai probablement plus par fragments que comme un ensemble homogène, et c’est bien là qu’est sa différence principale avec les albums précédents du groupe.


1. Tar-Calion
2. Silvertine
3. Carcharoth
4. Herumor
5. Barrow-downs
6. Night Fell Behind
7. Mirklands
8. With Doom I Come

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