Live reports Retour
mardi 31 octobre 2017 - Lactance

Paradise Lost + Pallbearer + Sinistro

Le Trabendo - Paris

Lactance

Le 31 octobre dernier, le Trabendo nous donnait rendez-vous pour un plateau doom des plus alléchants, parfait en ce soir d'Halloween. Retour sur cette soirée événement passée en compagnie de Paradise Lost, épaulé en première partie par Pallbearer et Sinistro.

 

                    Sinistro

Lactance : 19h30, c'est l'heure pour Sinistro d'ouvrir le bal, devant un Trabendo qui se remplit encore doucement, mais sûrement. Formés en 2011 à Lisbonne, les Portugais frappent d'entrée de jeu avec leur doom loin des clichés habituels, en nous plongeant dans un univers sombre et fiévreux, jalonné par quelques passages post-metal lancinants, renforçant cette impression de tourmente quasi-permanente. Bien plus que l'écriture des riffs en elle-même, c'est donc surtout le travail développé autour de cette atmosphère nébuleuse qui réussit à me convaincre, en parfaite adéquation avec ces séquences filmées en noir et blanc présentes à l'écran (fortement inspirées par le cinéma italien des années 50).

L'autre particularité de ce premier show, ce sont enfin les paroles chantées en portugais, qui ajoutent une touche encore plus personnelle au groupe, grâce à la présence de Patrícia Andrade. Passant d'une voix presque enfantine à des imprécations torturées et exaltées, la chanteuse offre une prestation tout simplement excellente d'un bout à l'autre du set, avec des chorégraphies torturées d'une rare intensité. Pas toujours facile d'accès, surtout dans le cadre d'une première partie, Sinistro nous livre ici une performance remarquable et saisissante, saluée par un public parisien plutôt satisfait dans l'ensemble.

 

Pallbearer 

On poursuit tranquillement la soirée avec Pallbearer, repéré récemment par l'écurie allemande Nuclear Blast. Grand ambassadeur du « doom fragile » qui fait fureur en ce moment, la présence du groupe à l'affiche est pas loin d'avoir justifié, à elle seule, mon déplacement jusqu'au parc de la Villette. Pourtant, malgré certaines qualités, le show des Américains n'aura pas été à la hauteur de toutes mes attentes. Pas de chance concernant la sono, d'une part, puisque le quatuor écope d'un son très médiocre - pour ne pas dire le plus mauvais de la soirée - avec des changements brutaux dans le mix des voix, qui donnent souvent l'impression que Devin Holt sonne faux.

Mais ce serait trop facile de taper uniquement sur le pauvre ingé son. Contrairement à la première fois où je les avais vu au Social Club (en headliner), j'ai l'étrange sentiment que nos quatre musiciens ont du mal à rester en place aussi, accélérant le tempo sans raison ou gesticulant pour un rien, là où certains passages mélodiques exigeraient une sobriété presque religieuse. Résultat, pas vraiment de frisson sur la magnifique Worlds Apart, qui perd complètement son côté smooth et épuré, en étant jouée de manière beaucoup trop agressive et grotesque à mon goût... Faute de mieux, ce sont donc les pistes du dernier album qui matchent le plus ce soir, comme sur Thorns et son intro plutôt brute pour du Pallbearer (qui m'avait étonné à la première écoute de Heartless). En conclusion, on retiendra que le potentiel était bien là, même si trop de bévues ont fini par entacher la qualité de ce deuxième show. 

 

Paradise Lost

Après avoir croisé le groupe au Download FR, au mois de juin, je ne m'attendais pas à revoir Paradise Lost si tôt. Mais entre temps, la sortie de Medusa a fini par me faire changer d'avis. Digne successeur de l'immense The Plague Within (2015), il me tardait de découvrir en live les pistes de ce quinzième album, poursuivant cet ambitieux retour aux sources opéré par les Britanniques (occupés également dans d'autres side-projects old-school, comme Bloodbath et Vallenfyre). 

Une fois passée l'intro de rigueur à la Hans Zimmer (donc pas terrible), les cinq musiciens débarquent enfin sur scène en expédiant directement un From The Gallows aux riffs monolithiques, sous un tonnerre d'applaudissements frisant l'hysterie collective. C'est d'ailleurs cette ambiance de folie, qui ne désemplira que très rarement, qui fait rudement plaisir ce soir au Trabendo, pas loin d'afficher complet. À titre purement personnel, c'est la première fois que j'assiste à un concert de Paradise Lost en salle, ce qui explique un peu mon étonnement face à ce tel enthousiame, plutôt inhabituel en fest' (par expérience du moins). 

En effet, là où les premiers albums death-doom sont généralement plus mis à l'honneur en concert out-doors, sûrement pour ne pas trop froisser les metalleux de base, le combo d'Halifax décide de la jouer plus intimiste cette fois-ci, en proposant une atmosphère beaucoup plus singulière et captivante. Plutôt axée sur les albums post-Draconian Times, l'essentiel de la setlist met donc l'accent sur la période gothique du groupe, ce qui n'est pas sans me déplaire, malgré l'absence remarquée de certains classiques de Shades Of God ou d'Icon (True Belief,Widow ou Pity The Sadness). Entre Enchantment et ses phases enivrantes, le tubesque Erased ou le climax de la soirée atteint sur The Last Time, Paradise Lost parvient en tout cas à gâter ses fans, qui ne cachent plus leur joie à la fin de chaque titre.

Dans un registre plus dépressif et plus sombre, plusieurs pistes des deux derniers albums sont également de la partie, l'occasion de décélérer encore plus le tempo. Après un No Hope In Sight haut en couleurs, on retiendra notamment The Longest Winter et ses lignes evanescentes (reproduites à merveille par la paire Mackintosh/Aedy), confirmant tout le bien dont je pense de Medusa. Pourtant affabili par un vilain rhume, Nick Holmes s'en tire, quant à lui, avec les honneurs sur les refrains mélancoliques de The Enemy ou les envolées plaintives de Faith Divides Us - Death Unite Us (le chanteur s'autorisant même quelques facéties en fin de set du type : "You want to mosh ? This is Beneath Broken Earth.").

Finalement, alors que je venais plus pour le côté bonus de la chose après le Download, c'est donc presque à une redécouverte de Paradise Lost en live, à laquelle j'ai eu le droit ce soir. Plus qu'à croiser les doigts pour une éventuelle tournée anniversaire pour les 30 ans, avec passage par Clisson.