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samedi 12 août 2017 - Team Horns Up

Brutal Assault 2017 - Jour 4

Josefov Fortress - Jaroměř

Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Nostalmaniac : Après la journée assez apocalyptique d'hier, on s'attend à un dernier jour plus clément. Car oui, c'est déjà le dernier jour du Brutal Assault édition 2017 ! Le programme n'est pas moins chargé avec Svart Crown, Artillery, Oathbreaker, Demolition Hammer, Tiamat, Zhrine, Tsjuder, Amorphis, Mayhem, ou encore In Slaughter Natives.


© Tomáš Rozkovec

Nuclear Vomit
Sea Shepherd
10:30

Florent : Mes chaussures sont bousillées. Mon corps est rompu. Ma soif de bières tchèques commence progressivement à s'étancher. C'est donc l'heure d'entamer le dernier jour ce de Brutal Assault dantesque dans des conditions plus agréables que celles de la veille, apocalyptiques... et quelle entame : du bon gros grindcore cracra. Soyons clairs : sur papier, Nuclear Vomit ne m'attirait pas plus que ça, mais l'idée de découvrir ce style en live de grand matin m'a convaincu. C'est donc le moment caca avec les Polonais et alors que je m'attendais à un public clairsemé, l'affluence sera au final impressionnante pour un premier groupe, au point de rapidement transformer le pit en bordel intégral. Les gens déguisés en festival, généralement, c'est le genre de chose qui m'agace au plus haut point, et pourtant, difficile de ne pas se marrer en voyant ces chirurgiens, tyrannosaures, zombies, groupes en tenue de fitness, j'en passe et des meilleurs participer au circle pit permanent (et bon enfant, plutôt du genre "jogging du matin") qui prend place pendant Nuclear Vomit.  Le tout en jouant avec des jouets gonflables et l'inévitable papier toilette (j'espère que personne ne devait utiliser les Cathy Cabines de bonne heure autour de la Sea Shepherd). 
Bon, d'accord, mais musicalement, ça donne quoi? Ben, du porngrind. Pig squeal et chant grind tout du long (partagé entre deux vocalistes, attention, ça ne rigole pas), riffs parfois accrocheurs, jamais bien compliqués, rythmes sautillants: je ne comprendrai décidément jamais grand chose à ce style, mais c'est plutôt efficace en live. Mention spéciale à Obora et sa cloche qui marque le tempo pour un effet à crever de rire. Voilà, je suis réveillé. Un peu plus con qu'il y a une demi-heure, mais réveillé. 

Nostalmaniac : Il y a comme un air d'Obscene Extreme ce matin ! Et je ne parle pas des toi toi... Je parle de Grind et il faut dire que le Goregrind des Polonais de Nuclear Vomit n'a pas pour autre vocation que de réveiller les bas instincts primaires et ça se voit très vite dans le public. Circle pits en veux-tu en voilà, lancers de rouleaux de papier toilette, ballons, animaux gonflables, etc. Sur scène, c'est neuneu mais efficace avec les voix pitchées/gruikgruik des deux vocalistes, mais aussi quelques bons passages groovy. On va dire que c'est un bon défouloir matinal après la journée d'hier mais que musicalement, l'intérêt est quand même très limité. N'est pas Prout qui veut.

Collision
Jägermeister
11:05

Nostalmaniac : On reste dans le Grind avec Collision. Il ne s'agit pas de petits nouveaux, le combo hollandais est en effet actif depuis dix-sept ans et a sorti à ce jour quatre albums. Leur Grindcore est par contre plus sérieux et enragé, bourré de riffs thrashisants/crossover. Une sorte de DRI ou Wehrmacht avec le lexique grind joué par des punks. Hélas, je m'ennuie vite, car le son manque cruellement de puissance et les morceaux ont l'air de se ressembler tous. Dommage donc pour conclure cette courte matinée Obscene.

Svart Crown
Jägermeister
13:40

Nostalmaniac : Comme je le disais en préambule du premier report, les organisateurs n'auront pas négligé la scène française et ses différentes facettes, c'est un fait. Surtout que les Niçois ont l'honneur de jouer sur une des deux main stage devant un public assez compact ! Après, je dois avouer que Svart Crown ne m'a jamais passionné sur album même si leur nouvel opus « Abreaction » a dopé mon intérêt récemment avec un riffing plus affûté que jamais. En live, je me prends leur Death/Black lourd et ténébreux en pleine face. Le son est massif et c'est terriblement prenant, surtout avec les nouveaux morceaux ("Khimba Rites", "Orgasmic Spiritual Ecstasy", "Carcosa"). Ces riffs tourbillonnants sublimés par la double dévastatrice de Kévin Paradis. Que demander de plus ? Avec « Abreaction », Svart Crown a assurément franchi un pallier et ils s'en montrent à la hauteur en live du début à la fin ! Ni plus ni moins qu'un des meilleurs live que j'aie pu voir du festival.




© Tomáš Rozkovec

Artillery
Jägermeister
15:05

Nostalmaniac : Après avoir repris les armes en 2007, Artillery ne semble pas prêt à les rendre surtout depuis leur signature chez le prestigieux label Metal Blade Records. Une seconde jeunesse qui m'avait convaincue en 2009 avec la sortie de « When Death Comes ». Un bon album rempli de riffs catchy qui bénéficiait des talents vocaux de Søren Nico Adamsen. Par la suite, c'est plus inégal avec trois albums qui ont leurs qualités, mais qui restent assez banals aux côtés des productions Thrash/Heavy actuelles. Le grand danois blond Michael Bastholm Dahl (qui a remplacé Søren Nico Adamsen en 2012) est toujours au poste aux côtés des survivants du Metallica danois : les frères Stützer et Peter Thorslund. Malheureusement, comme je m'y attendais, la sauce ne prend pas. Michael Bastholm Dahl a beau se démener comme un beau diable (ce fail quand il va dans le public vers la fin du set et perd son micro), la sauce ne prend pas. Mais alors pas du tout. Même avec les anciens morceaux... Il faut dire que j'ai eu du mal à reconnaître les classiques que sont "By Inheritance", "Khomaniac" et le pire étant le percutant "Terror Squad" qui devient horriblement mooooouuuuu. La faute aux vocaux de Michael Bastholm Dahl trop soft (son chant est plus orienté Power/Heavy) et au son approximatif sur les grattes. Bref, un concert qui ne me laissera donc pas un souvenir impérissable..





© Tomáš Rozkovec

While She Sleeps
Jägermeister
16:35

Florent : On ponctue donc mon parcours de la fragilité entamé dès le premier jour avec Amity Affliction : direction le concert de While She Sleeps, que je ne connais au final pas beaucoup et qui ne m'a pas fait forte impression quand j'ai tenté de les découvrir via leur opus This is the Six. Il paraît toutefois que les Anglais sont entrés dans une autre dimension avec You Are We et je suis donc un de mes amis pour assister à leur set. Dès le titre éponyme, je me rends compte que je ne le regretterai pas : on a ici affaire au haut du panier en matière de metalcore, point barre. Quel fossé avec le reste et quelle progression. Ces lignes de guitare aériennes, ce vocaliste puissant et qui échappe à tous les clichés, cette musique mélodique mais loin d'être mièvre : WSS met le public, à fond, en transe dès le début. Comme prévu, ce sont effectivement les titres du dernier opus qui me parlent le plus, heureusement, ils seront nombreux. Civil Isolation fout le bordel dans une fosse apparemment composée de gros fans qui chantent les moindres paroles, ce qui est du plus bel effet quand Lawrence Taylor les laisse chanter le passage de Silence Speaks initialement hurlé par Ollie Sykes (Bring Me The Horizon). Ce dernier titre, avec ses "ouh ouh" et sa construction intelligente, est d'ailleurs un sacré tube. Pas autant toutefois que Hurricane, qui me traîne encore dans la tête à ce jour - probablement aussi parce que You Are We tourne en boucle depuis ce concert qui m'a converti à While She Sleeps. Un des meilleurs concerts du festival, clairement. 



© Tomáš Rozkovec

Oathbreaker
Jägermeister
18:15

Florent : Le concert d'Oathbreaker à Dour m'avait laissé sur ma faim, la faute à un son dégueulasse qui m'empêchait de percevoir quoi que ce soit de la voix de la vocaliste Caro Tangue, toujours aussi possédée dès l'enchaînement 10:56 / Second Son of R. qui prend directement à la gorge. Gros souci toutefois : j'aurai tout simplement le même souci que la première fois que j'ai vu les Gantois, en pire car la lumière du jour s'ajoute à un son qui ne met absolument pas en valeur la musique oppressante et aux envolées shoegaze/post-hardcore d'Oathbreaker. Je lâche rapidement l'affaire, agacé par la voix de Caro qu'on ne perçoit que quand elle hurle ou en chant clair durant les passages calmes, ce qui donne un côté ânonné nettement moins glauque que sur album et à la limite du ridicule quand on a le malheur de ne pas rentrer dans le concert. Bref, écoeuré, moi qui adore Rheia. Peut-être verrai-je un jour un bon concert d'Oathbreaker, en salle ? Qui sait. 

Nostalmaniac : Déjà vu à Dour il y a un mois mais en début de journée, je ne boude pas mon plaisir de revoir le groupe flamand (un des rares groupes belges à l'affiche avec Ydharl) dans les conditions du Brutal Assault en open air. L'occasion de réentendre largement l'excellent « Rheia » , mais c'est sans compter sur le son. AAAARGH ! Dès le début du concert, la guitare de Gilles Demolder est bien trop en retrait (il s'en aperçoit assez vite), en même temps que la voix de la frontwoman Caro Tanghe, toujours aussi mystérieuse et habitée avec sa gestuelle et sa longue chevelure bouclée. Des soucis qui se règlent au fur et à mesure du concert, mais je suis quand même impressionné par le groupe en live qui arrive à maintenir une atmosphère torturée et désabusée. C'est intense d'un bout à l'autre, surtout avec des morceaux moins récents comme "Glimpse of the Unseen" tiré de leur premier album dont les riffs me font méchamment penser au « Monotheist » de Celtic Frost. "Immortals" me fout toujours des frissons avec cette voix glitchée du début et sa montée en puissance tellement jouissive. S'il n'avait pas été gâché par des soucis de son, ce live aurait été parfait. Caro Tanghe sort de scène exténuée et je suis de nouveau conquis tant le groupe est à part. 




© Tomáš Rozkovec


© Guillaume Q.

Demoliton Hammer
Sea Shepherd
19:05

Sleap : Il y a encore quelques années, j’étais presque sûr que Demolition Hammer ne tarderaient pas à se reformer. Mais les voir quatre fois en moins de six mois, j’avoue que jamais je n’aurais osé l’espérer. Et pourtant les trois légendes sont bien là. Accompagnés par leur nouveau batteur, ils ne perdent pas une seconde et balancent une nouvelle fois Skull-Fracturing Nightmare d’entrée de jeu. Il s’agit d’un de leurs meilleurs titres, et là encore c’est le strike. Le pit s’ouvre instantanément et ne se refermera pas avant la dernière note jouée. Je déplore tout de même une forte propension à tourner en rond chez le public tchèque. Circle pits sur circle pits. À mon gout, ça ne se met pas assez sur la gueule pour un show de Demolition Hammer, mais bon, ce n’est pas l’essentiel.

Comme pour leurs autres concerts de l’année, ce sont évidemment les deux premiers albums qui sont mis à l’honneur. Toujours pas de Envenomed ni de Gelid Remains, mais cette fois un inattendu Omnivore et un Hydrophobia absolument dingue – dédicacé à l’emblématique batteur du groupe Vinny Daze, décédé il y a plus de vingt ans. James fédère toujours la foule lors des annonces de titres à coups de « fuck » et « fucking… » incessants, et Derek se charge d’haranguer le public pendant les morceaux en se déplaçant fréquemment avec ses confrères. La boucherie s’achève sur l’incontournable 44 Caliber Brain Surgery pour une dernière séance de « pied-bouche » en bonne et due forme. Rien à redire encore une fois si ce n’est : rendez-vous dans trois semaines à Torcy !

 


© Tomáš Rozkovec

Tiamat
Jägermeister
20:00

Florent: Amusant: la première fois que je voyais Tiamat en concert, c'était déjà en 2010 et la bande à Johan Edlund interprétait... Wildhoney dans son intégralité. Un magnifique moment, riche en émotion, qui rend ce concert du Brutal Assault un peu moins événementiel à mes yeux mais ne me le fait pas moins attendre avec impatience, cet album étant une vraie perle de doom racé. Le souci est que j'avais depuis revu les Suédois par deux fois et qu'à chaque occurrence, le frontman m'avait paru un peu plus fondu. 
Bingo: dès sa prise de parole avant de lancer le concert, on sent qu'Edlund est cramé de chez cramé. Même si Whatever That Hurts et surtout The Ar et son riff génial me font me dire qu'on pourrait tout de même, miraculeusement, assister à un bon concert, je déchante vite tant le tout va se casser la gueule dans tous les sens. Entre un frontman à la ramasse et pénible dès qu'il prend la parole, un groupe pas en place (ce moment où Edlund montre la setlist à son batteur...), je lâche l'affaire juste après le toujours agréable Do You Dream of Me? (qui m'a l'air d'arriver un peu tôt; auraient-ils joué l'album... dans le désordre?!) pour assister au massacre de loin. Un moment triste que ne rattrapera pas cet antédiluvien Sleeping Beauty balancé en rappel, Edlund n'ayant plus le coffre même sobre pour interpréter cet extrait de Clouds (1992). Tiamat m'a l'air sur la mauvaise pente (et Edlund en très mauvaise santé...) et ça m'attriste particulièrement tant ce groupe unique est cher à mon coeur. 

Nostalmaniac : Dès que j'entends les premières notes de "Whatever That Hurts" je fonce vers la Jägermeister pour ce qui devait être un grand moment de nostalgie. Si j'adore les débuts Death Metal de Tiamat, cet OVNI qu'est « Wildhoney » paru en 1994 est un de mes albums fétiches. Une fusion psychédélique entre Gothic et Doom Metal. Du coup, qui peut m'expliquer pourquoi j'assiste à une première répète ? Pourquoi ils se gourent dans l'ordre des morceaux (Johan Edlund montre la setlist au batteur) ? C'est quoi ce foutoir ? Johan Edlund a l'air sous trip d'acide (ou en phase terminale..) et alors que tout est assez minuté en festival, il prend le micro pendant de longues minutes pour balancer des banalités sur la vie et le monde. C'est tout à fait décousu, incohérent. « Wildhoney » perd de toute sa splendeur et ses couleurs musicales à cause d'un de ses propres artisans hors de contrôle sur scène qui balance même un de ses micros et sa guitare par terre. Il a vraiment l'air de s'en foutre. Le triptyque Do You Dream Of Me?/Planets/A Pocket Size Sun ne ressemble à rien même si le claviériste Daniel Karlsson (Pain of Salvation) et le guitariste Johan Niemann (Evergrey) tentent de sauver les meubles. C'est peine perdue car c'est un naufrage auquel on est forcé d'assister. Et ce n'est pas le mystique et entêtant "The Sleeping Beauty" issu de « Clouds » (1992) en guise de clôture qui va me faire changer d'avis surtout qu'à la fin Edlund, toujours lui, monopolise encore inutilement le micro. Une prestation pathétique, gênante et indigne. 







© Tomáš Rozkovec

Zhrine
Oriental
21:00

Nostalmaniac : Dans le pays aux "autant d'habitants que de formations de Metal extrême", l'Islande, Zhrine fait partie des belles découvertes de l'an dernier avec leur album « Unortheta » paru chez le label français Season of Mist. L'Oriental est bien remplie, voir bondée pour un lieu aussi compact, mais je voulais à tout prix voir ce que ça donne en live. Et bien, c'est aussi massif que sur album. Leur Post-Black dont les riffs dissonants empruntent largement à Deathspell Omega (ce grandiose "Utopian Warfare") est terriblement immersif. J'y retrouve même par moment l'intensité d'un Krallice. Gros bémol, le flot incessant de gens qui passent devant moi, soit pour se mettre plus près soit pour accéder à la zone Meet n' Greet (située juste à côté de l'Oriental) est agaçant et me fait sortir du concert. L'Oriental est une très bonne idée, mais si Zhrine est un groupe encore tout récent, leur popularité vaut bien une Metalgate. L'année prochaine ?

Vallenfyre
Metalgate
21:05

Di Sab : Fort d’un nouvel album ultra solide, l’institution Vallenfyre n’en a rien à foutre de la concurrence et blinde la MetalGate malgré Zhrine en face et en toute décontraction passe l’audience à la moulinette. Tout en larsens, et avec le son parfait qui fut une constante pour les groupes de Death de la MetalGate, le groupe débarque sur les trois premiers titres du nouvel album (Born to Decay/Messiah/Degeneration avant de piocher tranquillement dans ce qu’ils ont fait de mieux au cours de leur carrière. De manière assez surprenante pour un groupe de death, la formation privilégie vachement ses titres les plus mid-tempos ce qui me convient parfaitement étant donné les ravages que font Cathedral of the Dread ou Splinters.

Autre très bon point du set : je n’avais pas le souvenir que Gregor Macintosh, à l’instar de son collègue Holmes dans Paradise Lost était un frontman aussi drôle : très pince sans rire (Ce titre a fait l’objet d’un clip dans lequel il y a des fantômes EFFRAYANTS/ Le dernier morceau commencera quand l’ingé lumière aura viré ce putain de projecteur de ma tête/ ce morceau est trèèèèès lent, je veux voir le circle pit le plus lent de toute l’Histoire) ce petit côté anglais contrastait carrément bien avec le sérieux du propos. Inutile par ailleurs, de vous dire qu’au vu du pedigree des membres du groupe ce fut un sans faute au niveau de l’interprétation. En bref, en live comme en studio, Vallenfyre confirme cette année son statut de valeur sûre. Si tout les all stars band pouvaient être comme ça…   

Devin Townsend Project
Jägermeister
22:15

Florent : Bon, tout d'abord, une précision pour éclairer au mieux mes impressions concernant le concert : à mes yeux, Devin Townsend est le plus grand artiste que porte cette Terre. Voilà, c'est dit. Et au vu de l'excellence de son dernier album Transcendence, j'ai plus que hâte de voir ce que nous réserve le Canadien. Pour l'occasion, le versatile chauve a décidé de rendre sa setlist particulièrement cohérente et collant à son dernier opus, soit des titres puissants, bombastiques et plutôt grandiloquents. Ce qui colle bien au son absolument grandiose qui nous enveloppe dès Rejoice !: DTP aura clairement pour lui le meilleur son du Brutal Assault, surpuissant, clair et qui donne la sensation rare en festival d'assister à une prestation en salle et en tête d'affiche.

Tant mieux, car cela nous permet d'apprécier le moindre détail de la musique toujours riche de Devin Townsend, que ce soit sa voix, inhumaine de puissance et de précision (ce Deadhead planant et beau à pleurer), ou ses qualités souvent oubliées de guitariste et mises à l'honneur sur l'excellent solo central de Failure. Ce dernier titre, peut-être un des meilleurs jamais composés par le divin chauve, est d'ailleurs comme prévu un de mes highlights de la soirée.

Si Devin est comme d'habitude un one-man show à lui tout seul, il a le bon goût aujourd'hui de laisser la musique parler au maximum, bien aidé par un groupe de très haut niveau. Il faut dire que la setlist envoie sévère. Ce Supercrush ! issu du déjà classique Addicted permet au vocaliste d'étaler sa technique en reprenant les parties d'Anneke Van Giersbergen dans un style lyrique épatant. Et quand il s'agit de faire un peu remuer les têtes, Devin Townsend sait aussi invoquer les mânes de feu Strapping Young Lad en assénant un Ziltoid Goes Home qui me réconcilierait presque avec Dark Matters, seul opus en-deçà à mes yeux.

Alors, certes, un goût de trop peu m'envahit presque quand se conclut le concert sur Higher (auquel je n'accroche décidément pas) : en restant dans l'esprit du concert (pas avec un Lucky Animals ou Bad Devil, donc...), ajouter un titre issu de Deconstruction ou du culte Ocean Machine : Biomech (que Devin s'apprêterait à jouer en intégralité!) n'aurait pas été de trop. Il n'empêche : c'était, et de loin, le concert du festival.  







© Tomáš Rozkovec

Tsjuder
Metalgate
22:25

Nostalmaniac : Tsjuder en live, c'est quelque chose. Il suffit d'avoir vu une fois le DVD "Norwegian Apocalypse" (2006) pour s'en rendre compte. En 2017, la bande grimée à Nag ne s'est pas assagie et balance son black'n'roll sans compromis à la face du public qui ne demande que ça. Des morceaux comme "Ghoul", "Kill for Satan", "Mouth of Madness" ou encore "Primeval Fear" font de la Metalgate un chaudron infernal ! Difficile de décrocher tant les morceaux passent comme des wagons à pleine vitesse. Durant ce set d'une grande intensité, les Norvégiens balanceront également quelques reprises, dont le "Sacrifice" de Bathory. Absolument dantesque ! Pas de doute, Tsjuder est vraiment une bête de live.

Incantation
Oriental
22:30

Sleap : Deuxième show d’Incantation du week-end et deuxième clash avec l’un des autres concerts que je voulais voir (Tsjuder). Mais cette fois-ci, je ne peux pas en vouloir à la programmation, vu que les deux groupes n’ont pas grand-chose en commun. Je ne fais pas moitié-moitié cependant, puisque ce second show sera apparemment un set spécial Doom Death de la part des Américains. Chose qui n’a encore jamais eu lieu dans l’histoire du groupe. Et pour rendre le tout plus intimiste, le show se déroulera sur la fameuse Oriental Stage située en plein cœur de la forteresse.

J’étais presque sûr – et espérais secrètement – que pour ce set spécial, au moins un des titres de clôture du deuxième ou troisième album allait être joué. Ces deux titres finaux figurent en effet parmi les pièces les plus noires et massives de toute la discographie d’Incantation. Et, pour mon plus grand plaisir, le concert débute avec l’un de ceux-là, à savoir Abolishment of Immaculate Serenity et son intro Sabbathienne. Je suis déjà transporté. Et pour couronner le tout, le concert bénéficie du meilleur son possible. De très loin la meilleure qualité sonore que j’aie pu avoir pour un set d’Incantation jusqu’à présent. Mis à part quelques interventions de McEntee entre les morceaux, le groupe reste assez peu communicatif sur scène histoire de ne pas briser l’atmosphère du show.

Comme je m’y attendais également, Vanquish in Vengeance – le meilleur album « récent » du groupe à mes yeux – est bien représenté lors de ce concert. Il s’agit à mon sens d’un des opus les plus lourds de la discographie (dans le bon sens du terme), et les musiciens ne pouvaient pas l’occulter lors de ce « Doom set ». Nous n’avons malheureusement pas droit à la splendide pièce finale Legion of Dis, mais deux titres du disque sont tout de même joués, dont l’ultime Profound Loathing en clôture de set. Ce sera finalement Christening the Afterbirth – seul titre du premier album joué ce soir – qui sera le plus violent du concert. Et enfin, je ne connais pas encore le dernier album – celui-ci étant sorti la veille –, mais les nouveaux titres interprétés lors de ces deux concerts auront suffi à me mettre une belle claque. Il se pourrait bien que ce soit l’un de mes disques de l’année ; j’ai déjà hâte de l’écouter !

Le seul bémol de ce show si spécial est finalement sa durée. Bien trop courte pour un set de cette envergure, surtout que les musiciens quittent la scène quasiment dix minutes à l’avance… Mais bon, je ne boude tout de même pas mon plaisir, il s’agit de l’un des meilleurs concerts d’Incantation auxquels j’aie pu assister. J’ai déjà les boules de pas pouvoir aller au troisième show du lendemain à Prague pour l’afterparty du festival.

Amorphis
Sea Shepherd
23:25

Nostalmaniac : On m'a toujours dit que Amorphis c'est à voir en live, au moins une fois. Car oui, je n'ai jamais vu les Finlandais en live ne m'intéressant pas vraiment à leur discographie post-1994 et n'ayant pas pu assister à leurs concerts pour l'anniversaire du mythique et excellent « Tales from the Thousand Lakes » en 2015. Et bien, je suis agréablement surpris par un set captivant avec des morceaux que je découvre comme l'orientalisant "Death of a King". Le micro à main de Tomi Joutsen est très intriguant (on dirait qu'il tient un volant). On le sent habité par ses paroles et très fier de sa Finlande natale, surtout musicalement comme le montre son tee-shirt de Hooded Menace et sa boucle de ceinture Xysma ! Maigre pitance pour le nostalgique que je suis, seul un titre de « Tales from the Thousand Lakes » sera interprété : "Into Hiding". Très bien exécuté, mais ... un "Black Winter Day" n'aurait pas été de trop. Enfin bon, Amorphis ne se résume pas à deux albums comme certaines formations et l'a prouvé de fort belle manière ce soir devant un public visiblement séduit.




© Tomáš Rozkovec

Mayhem
Jägermeister
00:25

Nostalmaniac : Voilà plus d'un an que Mayhem tourne avec un show dédié à la pièce maîtresse de sa discogaphie « De Mysteriis Dom Sathanas ». L'an dernier au Motocultor, j'avais été vraiment convaincu, mais je m'attendais à revoir la copie ce soir. Avant que le set ne débute, une voix surgit pour demander au public de ne pas utiliser de flash afin de ne pas dénaturer le show. Tiens, donc... Je vais vite comprendre pourquoi ! Tout simplement car comparé à l'an dernier, le show est beaucoup plus travaillé. Il y a un gros effort sur la scénographie. Les interludes, les lumières, les tenues, les backdrops, etc. C'est beaucoup plus malsain avec les membres encapuchonnés. Attila Csihar en maître de cérémonie toujours aussi dérangeant (ce grimage...) et possédé surtout quand il joue avec ses mains au-dessus des bougies disposés sur un autel. Alors pour certains, c'est too much. Mayhem tente d'imiter les groupes actuels (ne serait-ce pas plutôt l'inverse ?), blabla mais je trouve vraiment - et pour avoir vu une version plus sobre - que ça colle avec l'album. Ca donne un aspect quasi-cinématographique et une raison de base de voir un groupe en live c'est d'avoir quelque chose en plus que sur album, non ? Pour le coup, c'est totalement réussi pour ma part. Rien que pour ce "Freezing Moon" introduit avec la voix du regretté Dead : "When it's cold and when it's dark - The FREEZING MOON can obsess you!" tiré du fameux Live in Leipzig de 1990. À la fois glaçant et poignant. On pouvait craindre que rendre hommage aussi longtemps à un album puisse tourner à la routine, mais ce n'est pas le cas. Après Emperor il y a quelques jours, un nouveau monument du Black Metal a été glorifié.

Sleap : Contrairement aux trois quarts des festivaliers présents, je n’avais toujours pas pu assister à la tournée spéciale De Misteriis Dom Sathanas. Un comble vu qu’il s’agit du seul album de Mayhem que j’aime. Je suis donc l’un des seuls de mon groupe d’amis à être motivé pour assister au show. Le confrère Max Well parvient à faire l’immense effort de m’accompagner, et quelque chose me dit qu’il ne le regrettera finalement pas ! En effet, le show des Norvégiens va se dérouler presque totalement de la manière dont je l’espérais. Presque… J’y reviendrai.
Les musiciens arrivent sur scène simplement affublés de grandes toges à capuches noires – certains avec du corpsepaint – et se mettent à jouer. Pas de mise en scène à deux ronds, pas d’accessoires superflus, uniquement de la musique. Et le tout avec un bon son. Que puis-je demander de plus ! J’ai dit un peu plus haut que c’était le seul album du groupe que j’aimais, mais « aimer » est un euphémisme. Il s’agit d’un de mes albums de Black norvégien favoris. Et dès Funeral Fog je suis totalement conquis ! Malgré le jeu de scène d’Attila, toujours aussi nanardesque par moments, je rentre complètement dans le show. Du moins, lors de la première moitié…
Et c’est là que l’on arrive au « presque ». L’enchainement Pagan Fears / Life Eternal aurait pu être le meilleur moment du set si le groupe n’avait pas une nouvelle fois cédé à l’appel du superficiel… Le show s’arrête donc à la moitié de l’album, le temps pour une armée de technicos d’installer pléthore d’accessoires et de décors inutiles sur scène. Une grande table avec bougies, crânes et autres pseudo-vanités vient donc cacher partiellement la batterie de Hellhammer – à savoir l’élément qui m’intéresse le plus lors d’un show de Mayhem… Ce début de show était bien trop beau pour être vrai… Et toute la seconde partie de set, jusqu’au titre éponyme, sera donc ponctuée de chorégraphies foireuses d’Attila armé de ses innombrables goodies… C’est dingue, il ne peut vraiment pas s’en empêcher…
Bon, je fais tout de même abstraction de cet aspect et tente de rester immergé dans l’ambiance. Car, j’ai beau râler, j’assiste tout de même à une interprétation de De Misteriis… dans son intégralité. Et rien que pour cela, il s’agit de mon meilleur concert de Mayhem à ce jour. Le son, le public, la setlist, bref, une bonne partie des éléments nécessaires à un bon concert est tout de même réunie. Je ne fais donc pas la fine bouche et tente de terminer mon dernier paragraphe de ce report du Brutal Assault 2017 sur une bonne note : malgré les fioritures, c’était quand même globalement très bon !

In Slaughter Natives
Ambient Lodge
01:20

Nostalmaniac : Pas vraiment enthousiasmé par les derniers concerts proposés sur les scènes principales, j'avais bien noté le set de In Slaughter Natives à l'Ambient Lodge. Dommage pour Monolithe qui joue en même temps. ISN est un projet suédois fondé en ... 1985 qui avait signé chez Cold Meat Industry, mythique label de bizarreries Indus/Noise/Dark Ambient (avec dans son catalogue : Deutsch Nepal, Aghast, Raison d'être, Mortiis). In Slaughter Natives mélange savamment froides rythmiques indus et Dark ambient apocalyptique. Sur la petite scène de la KAL, on est vite pris par cette atmosphère pesante et la voix de Jouni Havukainen. Derrière lui des images en noir et blanc diffusés par un projecteur donnent encore plus de profondeur à l'aspect apocalyptique de sa musique. Le résultat est assez sensationnel...

 


© Tomáš Rozkovec

CONCLUSION

Nostalmaniac : Pour ma première édition du Brutal Assault, ce fut particulièrement intense. Il faut féliciter les organisateurs pour cette programmation de qualité.  Il m'a fallu quelques jours pour apprivoiser le lieu et cette forteresse magnifique. Un lieu atypique qui est vraiment parfait pour un festival de ce type (les concerts Black Metal en main stage en ont largement bénéficié). Ne nous mentons pas, il ne faut pas avoir peur des kilomètres, mais le Brutal Assault vaut vraiment le détour, surtout si vous en avez marre des gros festivals qui nécessitent des budgets assez conséquents. Au Brutal Assault, il est vraiment facile de se nourrir et boire sans se ruiner et avec un large choix, même pour les vegan qui ont droit à leur propre rue de stands. Pas besoin de faire du stock sur son campement et c'est vraiment pratique.

Concernant le camping, c'est plus compliqué si on n'est pas VIP et sans connaître les alentours auparavant. Les vols ne sont pas des rumeurs, on a eu notre campement "visité" durant l'après-midi du samedi. Certains amis ont retrouvé leur portefeuille ... vide. Heureusement, j'avais mes affaires de valeur dans mon sac à dos, mais il faut être vigilant. Les voleurs profitant de ce camping assez épars qui serpente la forteresse et où les festivaliers se mettent un peu où ils veulent. Prudence, donc.

Outre ces aspects-là et une météo paradoxale, je suis séduit par ma première expérience au Brutal Assault. Le site est bien aménagé et intelligement réparti. On ne se sent jamais trop oppressé.  Les bonus comme le Horror Cinema et l'Ambient Lodge enrichissent cette expérience et font la particularité d'un festival qui n'a pas usurpé sa bonne réputation. 

J'étais surpris par la présence de nombreux francophones, dont beaucoup sont des habitués. 

Pas de véritables points noirs si ce n'est qu'il faudrait revoir cette scène qu'est l'Oriental et qui est beaucoup trop bondée pendant certains concerts alors que c'est censé être un peu plus intimiste.

Sachez déjà que pour leur vingt-troisième édition, qui se déroulera du 08 au 11 août 2018, les premiers noms sont Perturbator, Carpathian Forest, Dead Congregation, Protector et Whoredom Rife !


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Crédits :
Textes par l'équipe Horns Up.
Crédits photos : Tom Jajo Rozkovec - https://www.facebook.com/TomJajoRozkovec/ -http://musicserver.cz/autori/tomas-rozkovec/ / Héloïse M. / Guillaume Q.