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jeudi 1 décembre 2016 - Dolorès

Above Chaos

Vincent Fouquet

Dolorès

Non.

 

Après Pierre Périchaud de Business For Satan et Valnoir de Metastazis, continuons notre tour d'horizon des artistes liés au monde du metal extrême en France, avec cette fois-ci une interview d'un représentant de Bretagne...

 

Dolorès : Salut Vincent, est-ce que tu peux te présenter d’une part personnellement, puis plus précisément parler de ce qu’est Above Chaos ?

Vincent : Salut, donc je m’appelle Vincent Fouquet, je suis Directeur Artistique et graphiste au sein du studio Above Chaos que j'ai créé. C'est un studio graphique spécialisé dans le milieu de la musique extrême. Il a été créé officiellement en 2013.
 


On commence directement avec tes actualités récentes, peux-tu nous parler de l’expo que tu as dévoilée il y a deux mois, et de l’événement du vernissage (dont le collègue Panzerbrume a écrit un petit live-report) ?

La dernière expo se tenait à Brest en octobre. J'y ai exposé des dessins originaux principalement, et quelques tirages de travaux numériques. J'ai fait venir le groupe Himinbjorg en formation duo acoustique pour un set inédit. J'ai travaillé sur les visuels du dernier album de Himinbjorg, et je trouvais intéressant de proposer quelque chose d'original pour le vernissage, en en faisant un vrai événement complet rassemblant le monde de l'art et de la musique extrême.

J'ai voulu organiser une exposition ici car mon nom commence à tourner à l'international grâce aux travaux sur lesquels je travaille, mais je n'avais pas encore eu l'occasion de présenter mon travail en local, dans ma ville d'origine.

Je souhaite aussi développer la partie exposition dans le futur.


Quand on habite dans le quart nord-ouest de la France, on t’associe assez vite au label breton Finisterian Dead End. Tu réalises une bonne partie de leurs artworks (t-shirt FDE, pochette d’Ellipse parmi les exemples qui me viennent). Quel est ton lien avec le label ?

C'est vrai que je travaille avec eux, mais je ne réalise pas « une bonne partie de leurs artworks » . Déjà il faut différencier les visuels des groupes chez FDE et les visuels de FDE. J'ai travaillé avec quelques groupes signés sur le label, mais je n'étais pas en contact avec eux via le label. Je préfère que chaque groupe soit libre de choisir un graphiste et non qu'un label ait des contrats avec des graphistes et les impose aux groupes. Ça n’aiderait pas à développer de vraies personnalités dans les sorties des groupes signés. Concernant les visuels propres aux labels, je m'occupe en effet de leur communication visuelle. : tshirt, flyers, etc. Above Chaos et FDE sont des organisations venant de la même zone géographique, avec des ambitions nationales/internationales, et dans le même domaine, tout en faisant des choses complémentaires. Nous avons donc tous deux vu l'intérêt de travailler ensemble et de nous entraider.
 


 

Un artwork comme celui d’Ellipse (autant parler d’un de mes favoris), ça te prend combien de temps à réaliser ? Est-ce que ça correspond à une moyenne que tu as pour la plupart de tes travaux ?

L'artwork d'Ellipse est un dessin en format A2. Ce sont les plus grands dessins que je fais pour l'instant, et ils me prennent beaucoup de temps. J'ai poussé le vice jusqu'à faire un triptyque de dessins format A2 pour le dernier Inquisition. Ils me prennent environ 3 semaines à faire, entre la réflexion/recherche jusqu'à l'aboutissement. Ce sont donc les plus chronophages de mes travaux, ceux qui demandent aussi le plus d'investissement personnel tant en réflexion qu'en réalisation.
 


Par extension, on a été habitués à te voir produire des artworks pour des groupes plutôt locaux. J’ai été une des premières à être surprise de te voir en réaliser pour Inquisition ou Kampfar, parmi d’autres. Comment est-ce que le contact s’est fait pour ces groupes plus renommés ?

En fait mes premiers vrais travaux « pros » n'ont pas été pour des groupes locaux justement, mais pour les groupes Nightfall (Grèce) et Tsjuder (Norvège). Ceci m'a fait bosser ensuite avec les groupes Loudblast, Naglfar puis le Hellfest, ce qui m'a donné assez vite une crédibilité et une visibilité nationale et internationale. C'est à partir de là que les groupes locaux et nationaux ont été intéressés pour travailler avec moi. Donc finalement le local n'est vraiment venu qu'après.

Pour le contact avec ces groupes internationaux, je me suis toujours dit qu'on ne perdait rien à les contacter. J'ai travaillé avec eux comme ça. Ensuite, petit à petit, avec la visibilité qui augmentait c'est eux qui m'ont découvert. Par exemple je me suis présenté à Kampfar mais ils connaissaient déjà mon travail, qu'ils appréciaient, et m'ont assez vite proposé de travailler ensemble. 



 

Il est temps de revenir aux origines… Quel est ton parcours artistique ? Un résumé des débuts jusqu’à aujourd’hui !

En fait j'ai toujours eu un goût pour la création et l'expression artistique. J'ai commencé les cours de musique à 4 ans, et j'ai toujours dessiné. Je n'ai jamais pris de cours de dessin à part les cours d'arts plastiques standard au collège / lycée, mais j'ai exploré ça par moi-même. Dans les domaines artistiques ce qui est important c'est d'avoir quelque chose à « raconter ». Les cours n'apprennent pas à avoir de l'inspiration et de l'expression, mais seulement à découvrir et apprendre la technique. J'ai donc exploré par moi-même différentes techniques pendant mon collège / lycée / études. Je suis parti vers des études de mathématiques puis de développement informatique et d'ingénierie informatique. Aucun lien avec l'art donc, mais l'autre partie de ma personnalité est scientifique et mathématique. D'ailleurs ça peut se sentir dans mes créations, dans lesquelles la géométrie tient une très grande place.

Après mes études j'ai allié ma double compétence informatique / art, et suis devenu webdesigner. C'est après une expérience professionnelle décevante que j'ai créé Above Chaos.


Quand je vois ton travail, je vois deux facettes assez opposées sans être tout à fait distinctes. Il y a le côté dessin plus traditionnel, peu coloré, un peu dans ce qui se fait beaucoup en ce moment (inspirations de gravures anciennes, crânes, memento mori en tout genre et nature assez présente) bien qu’avec ta propre touche. A côté, il y a tout ce que tu crées qui est plus lié à la photo-manipulation, au graphisme, qui me parle personnellement beaucoup moins.
Comment te places-tu aujourd’hui par rapport à ces deux voies ? Y en a-t-il une que tu préfères, que tu comptes privilégier à l’avenir ? Es-tu autant sollicité pour les deux ?

Quand j'ai lancé mon studio, j'ai commencé par la photomanipulation. Je n'avais pas encore de résultats assez satisfaisants à mon goût dans le dessin. J'ai cependant exploré et développé assez vite des techniques avec un bon rendu. Mon premier travail pro sur cette technique a été un design pour Tsjuder.

J'aime créer dans ces deux voies différentes. Elles sont totalement opposées techniquement mais se complètent et permettent d'avoir du recul l'une sur l'autre.

Avec le travail numérique, je travaille sur des bases de shooting photo que je travaille à l'ordinateur. J'aime l'idée de créer du « surréel » à partir d’éléments du « réel ». Ce travail se fait par collage d’éléments, de tests, d'essais, d'ajouts, de modifications... On peut essayer de nouvelles choses « juste pour voir » et revenir en arrière après... Ça permet beaucoup d'exploration.

Le travail de dessin est beaucoup plus exigeant. Notamment parce que l’on n’a pas le droit à l'erreur avec l'encre. J'aime le contact avec le papier, la matière, l’encre... J'aime créer un objet unique contrairement à la photomanipulation où tout n'est que chiffres sur l'ordinateur. Cette voie demande beaucoup plus d'implication et de travail. Je suis souvent assez « vidé » après avoir fini un dessin comme ça.

Je ne souhaite pas privilégier l'une ou l'autre des voies. Les deux plaisent à un certain type de public/de groupe, et je me complais totalement dans les deux. J'ai un peu plus de demandes de dessin qu'avant, mais je n'abandonnerai pas pour autant le numérique.

 


 

A quel point es-tu libre dans tes artworks de groupe ? Comment est-ce que ça se passe pour toi, la plupart du temps, est-ce qu’on te laisse proposer ce qui te plaît et ce qui t’inspire, autant dans le style graphique que les éléments de composition ?

Les groupes viennent chercher une expertise graphique et de direction artistique qu'ils n'ont pas. L'expertise des musiciens c'est la musique, et ils doivent s'entourer ensuite d'experts chacun dans leur domaine (ingé son, lumière, attaché de presse, etc..) pour créer un produit final le plus abouti possible. Donc s’ils viennent me voir c'est pour que je leur dise ce qui leur faudrait, compte tenu de leur stratégie marketing, des tenants et aboutissants du groupe, et de là où ils veulent aller. Ils peuvent en effet venir avec des idées / souhaits. On discute sur cette base, je définis ce qui est judicieux ou pas dans leurs problématiques, j'étudie leur univers, le concept de l'album, leurs inspirations, et je travaille à la production des visuels.

En général les groupes sont agréablement surpris de ce que je leur montre. C'est toujours différent en certains points de ce qu'ils avaient en tête, mais ils comprennent où je veux en venir, et respectent ma DA. Le but est de les faire sortir du lot visuellement donc c'est normal qu'ils soient un minimum surpris, par rapport aux bases « classiques » qu'ils se sont mises en tête.

Si le groupe vient me voir avec une idée trop précise de ce qu'il veut, en général je ne m'y risque pas. J'ai besoin d'un minimum d'espace pour m'approprier et créer dans l'univers.


Est-ce qu’il y a des thématiques vers lesquelles tu te diriges plus fréquemment que d’autres ? Je sais que tu as une certaine fascination pour les pélicans, mais au-delà de cette anecdote-private-joke, à quel point est-ce important pour toi d’implanter des éléments qui ont une certaine symbolique dans l’histoire, la religion, ou d’autres sphères ?

Il y a des thématiques qui m'inspirent plus que d'autres, mais je suis ouvert à tout. Cependant, d'une manière générale, quelle que soit la thématique, mes travaux sont le plus souvent orientés autour d'oppositions ; Humain / Dieu - Vie / Mort - Gracieux / Choquant - Ordre / Chaos - Lumière / Obscurité - Réel / Imaginaire - Humain / Animal – Espoir / Fatalité.

Parfois je bloque en effet sur des éléments précis ou une certaine disposition, je ne sais pas forcément pourquoi, mais je sais qu'il faudra que je crée un visuel un jour avec ce / ces éléments.
 


Je ne vois pas passer de pièces plus personnelles sur ta page, que tu ne réserverais pas à un groupe par exemple, à aucune forme de promotion ou d’illustration d’un nom quelconque. Est-ce que tu produis quand même ce genre de travail ? Est-ce que tu veux justement que cela reste personnel, et garder ces éléments pour toi ?

Il y en a pourtant, mais moins. D'une part parce que la création pour les groupes me laisse peu de temps, et ensuite parce que je communique beaucoup plus sur les visuels associés à des groupes.  Je les garde aussi de côté pour de potentiels futurs clients, et ainsi en faire la promotion et la diffusion une fois qu'ils ont trouvé preneur pour une sortie. Une partie des visuels que je publie sont dans ce cas-là.  Cependant je montre mes travaux plus personnels lors de mes expositions.


Tu étais présent au Samain Fest 2016 pour exposer également après Brest en octobre. On se demande souvent, derrière l’artiste qui répond à des commandes, quel amateur de musique se cache. Qu’est-ce que tu écoutes réellement chez toi ? A quel point es-tu lié au monde du concert, du festival ? Est-ce que tu te rends à des événements pour le simple plaisir d’y participer en tant que spectateur, et si oui, vers lesquels te diriges-tu, à quelle fréquence, etc ?

En effet, je suis partenaire et soutien du festival depuis 4 ans. Ça me permet en même temps d'exposer, de présenter mes travaux au public, et de profiter de l'ambiance spéciale de ce festival.

Les concerts, j'en ai fait beaucoup par le passé. J'ai beaucoup moins de temps maintenant, et ces derniers temps je me suis déplacé à des événements seulement quand j'avais une raison professionnelle : Fall Of Summer, Motocultor, Hellfest et plus récemment Samain, tournée d’Inquisition, etc. Ce qui ne m’empêche pas de profiter en partie de l’événement en tant que public. Mais en ce moment, si je n'ai pas un intérêt professionnel, je prends plus vraiment le temps d'y aller.

Musicalement, je suis assez large. Ça dépend des moments, de l'inspiration. Ça va de l'ambiant à la Arcana, au black metal en passant par du noise rock à la Today Is The Day, black hardcore à la Celeste, indus, thrash mais aussi des choses comme King Dude, Kraftwerk, Sunn o))), Front 242, Chelsea Wolfe, Laibach, Kylesa...



Qu’est-ce qui va se passer en 2017 pour toi ? Comment est-ce que tu vois l’après : après l’expo, après ces nouvelles collaborations plus importantes en 2016 ?

Je vais continuer ! J'entre dans le « monde de l'art » en avril en exposant en galerie d'art, puis je continue mes collaborations à l'international avec par exemple le prochain album de Susperia (Nor), entre autres. Je vais développer mes expositions dans le futur, et en proposer peut-être plus, à droite à gauche.


Fermeture d’interview habituelle, je te laisse le mot de la fin !

Fin !


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