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Album

06/05/17 - Malice

Heretoir

The Circle

LabelNorthern Silence Productions
stylePost Metal
formatAlbum
paysAllemagne
sortieavril 2017
La note de
Malice
9/10


Malice

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.

Les étiquettes sont quand même parfois bien pratiques. On a beau tous les conspuer, juger qu'elles ont souvent tendance à mélanger poire, pommes et ananas, il n'empêche que dans l'épuisante constellation de groupes qui fait le bonheur des webzines et de leurs newsers (combien de jours sans découverte d'une pépite, qu'elle vienne d'un coin de votre France/Belgique ou d'un îlot inconnu au bataillon?), les étiquettes sont un panneau indicateur plutôt utile pour éviter de se retrouver à la mauvaise adresse.

Ainsi, si vous n'aimez pas le thrash metal, avez en horreur le stoner ou conchiez le hardcore, à moins d'une sacrée perversité dans l'étiquetage, vous pouvez gagner un temps con. C'est vrai, pourquoi aller jeter une oreille sur tel ou tel nouveau titre d'une promesse du genre si ce genre n'est a priori pas fait pour vous ? Y'a bien assez à boire et à manger dans votre chapelle et bien trop peu d'heures dans une journée, tant pis pour les éclectiques qui sont condamnés à ne pas dormir.

Sauf que parfois, un groupe débarque et vous fait un peu remettre en cause cette vision un peu casanière du monde musical. Bon, bien sûr, des groupes de ce genre, il y en a déjà un paquet, et bien heureusement. Mais Heretoir, puisque c'est bien ici d'eux qu'il s'agit, font plutôt fort avec leur second album The Circle. Pourquoi ? Parce que si vous cherchez leurs références sur le net (sur un de ces nombreux et excellents sites de référencement si pratiques pour s'orienter dans la galaxie metôl), il y a fort à parier pour que l'emballage présenté ne corresponde plus vraiment à ce que vous vous passerez dans les oreilles.

Plus précisément, Heretoir a mué. Les Allemands, qui ont commencé leur carrière en pratiquant un black atmosphérique crépusculaire, voire dépressif déjà teinté de shoegaze, ont en effet modernisé leur son à un tel point qu'aujourd'hui il est bien difficile de les classer dans cette catégorie tellement à la mode de « black atmo », celle qui connaît depuis quelque temps un essor considérable. Finis les hululements aigus et peu personnels du premier opus éponyme, finie la production plutôt saturée et encore très black metal : place à un changement encore plus radical que celui opéré par des groupes comme Deafheaven ou Harakiri for the Sky sur leurs derniers opus, par exemple. Et pour cause : il ne reste plus de l'ancienne personnalité d'Heretoir sur The Circle qu'un « feeling », une ambiance et quelques blast-beats savamment placés.

Comme pour directement planter le décor, The White, qui ouvre l'album, est peut-être le morceau le plus représentatif de ce changement radical. Si les lignes de guitare très shoegaze, accompagnées d'un chant éthéré à mi-chemin entre Anathema et Alcest, ne surprennent pas, la rythmique syncopée, quasi-djent (le vilain mot) qui surgit juste après, accompagnée d'un chant hurlé clairement plus proche de la scène postcore – voire core tout court – que du black dépressif, surprendra l'auditeur-type du premier opus... et le préviendra d'emblée : pas la peine de continuer l'écoute si ce qu'il entend lui file de l'urticaire.

Heretoir a clairement décidé d'emprunter un chemin de traverse : si qualifier, comme certains cyniques et déçus le font sans hésiter, cet album de « metalcore » est exagéré, on en vient à penser parfois aux passages les plus aériens et mélodiques d'un groupe comme Textures en écoutant l'excellent diptyque Inhale/Exhale, toujours traversé de ces mélodies de guitare que ne renierait pas Neige. Un Neige qui paraît d'ailleurs totalement à sa place sur Laniakea Dances, qu'il aurait pu composer lui-même et sur lequel il vient hurler le célèbre poème de Verlaine, « Soleils Couchants » (déjà repris notamment par... Peste Noire), pour un résultat à tomber.

Car c'est là que le tour de passe-passe est absolument génial : The Circle, sous ses allures de fourre-tout putassier, est d'une cohérence et d'une justesse de composition qui laisse parfois pantois, comme sur ce Fading with the Grey à tomber de sa chaise qui reprend tous les éléments de l'album : batterie dévastatrice (la section rythmique est d'ailleurs un des gros points forts de l'opus), chant hurlé explosif, pont mélodique sur lequel une lointaine voix écorchée fait écho aux débuts du groupe... et, toujours, derrière le côté clinique, cette émotion palpable.

Heretoir ose tout sur The Circle et le fait avec un savoir-faire qui laisse penser que le groupe a ici trouvé sa « vraie » personnalité. Dans une démarche qui fait un peu penser à la scène française, coutumière des mues et autres expérimentations, les Allemands ont ici réussi un contre-pied qui fait de cet album une des sorties immanquables du début d'année.  

Tracklist:

1. Alpha
2. The White
3. Inhale
4. Golden Dust
5. My Dreams Are Lights in the Sky
6. XIX XXI XIV
7. Exhale
8. Eclipse
9. Laniakea Dances (Soleils Couchants) (ft. Neige)
10. Fading with the Grey
11. The Circle (Omega)