Live reports Retour
samedi 1 avril 2017 - ZSK

Deficiency + Dawnbreath + Ophidian Spell

Cité Emile Huchet - Saint-Avold

ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Tout bon Lorrain ou même Grand-Esteux se doit de connaître Deficiency, le groupe qui monte, qui monte. Son Thrash Metal frais, enlevé, mélodique, moderne et accrocheur sait facilement conquérir son monde, et pour peu qu’on écume les concerts en Lorraine et en Alsace même de manière relativement sporadique, on a déjà forcément vu le quartet sur les planches. Pour ma part, ça sera la cinquième fois, et encore, j’en ai probablement raté 2 ou 3 que j’aurai pu faire. Ce concert n’est pas une nouvelle occurrence de leur setlist dédiée à The Prodigal Child, leur deuxième full-length qui remonte à 2013, mais il aura bien une saveur particulière et un grand goût de nouveauté. Il s’agit tout simplement d’une release-party en bonne et due forme, passage presque obligé pour un « petit » groupe à la fanbase locale conséquente qui sait mettre l’ambiance et soutenir ses poulains. Qui dit release-party dit concert très local, et c’est à Saint-Avold, leur fief Est-mosellan, qu’aura lieu la soirée mettant à l’honneur leur troisième et tout nouveau full-length, The Dawn Of Consciousness. C’est dans la cité Emile-Huchet que le quatuor aura donné rendez-vous à ses fans, dans une petite salle (certes, il y a des « salles » dans des grandes villes qui sont bien plus petites que ça…) dont il est bien possible que c’est la première fois qu’elle accueille des groupes de Metal. Les passants et locaux auront donc vu débarquer une assistance tout de noir vêtue, pour une belle soirée riche en décibels avec pour accompagner Deficiency, les groupes Ophidian Spell et Dawnbreath, car plus on est de metalleux plus on fait du bruit.

Après comme pour tout bon concert de Metal une demi-heure de retard sur l’heure prévue d’ouverture des portes, la salle s’investit petit à petit au son de Metallica, Testament et d’un super groupe de Death technique bien gras dont le nom m’échappe, et Ophidian Spell s’apprête à faire son entrée sur scène pour ouvrir le bal. Existant depuis 2009 et comptant notamment dans ses rangs des ex et actuels Desdinova, Guilty Of Reason et Khaelys, le groupe originaire de Strasbourg passe en Moselle pour la deuxième fois cette année proposer son Death-Metal progressif. Fort d’un full-length sorti en fin d’année dernière, Nux / Hêmera, la formation est à son aise niveau technique avec une musique ni trop complexe ni trop simple. Ophidian Spell a surtout pour lui son originalité, en effet sa musique est légèrement symphonique avec même des oripeaux quelque peu orientaux, et les samples proposés (synthés, chant féminin…) amènent une petite touche de fraîcheur, contrastant avec les riffs modernes appuyés et les vocaux alternant growls et cris du chanteur fan d’Hacktivist. Côté son, si la salle n’est peut-être pas prévue pour de la grosse saturation, les ingés son ont fait du bon boulot pour nous offrir les standards de ce qu’on est en droit d’attendre d’un concert Metal hors des salles énormes. Les guitares m’ont parfois paru un peu trop en retrait que ça soit pour les 3 groupes, mais on a bien pu profiter de toute la richesse des morceaux proposés. Ophidian Spell maîtrise donc bien son sujet, et l’on se laisse emporter par ses compositions très progressives mais aussi efficaces (accompagnées par des pogos, déjà), avec en point d’orgue le très bon "Morpheus". Les Strasbourgeois ont encore des axes à améliorer, comme le chant un peu trop classique ainsi que trouver des compos plus accrocheuses, mais leur musique passe sans problème le cap de la scène même si il faut se faire aux nombreux samples. Un groupe plutôt prometteur, dont je souhaite un joli succès, un succès qu’aurait par exemple pu avoir feu-Slatsher (des Lorrains, héhé) dans un style similaire.

Après une grosse demi-heure de musique assez aérée et progressive bien qu’extrême à sa manière, il est temps de sortir les riffs acérés et les solos avec du Thrash. Dawnbreath prend place, et ce groupe belge du même âge que Deficiency (formation en 2008, même si Deficiency existait depuis 2004 sous le nom Black Age) est presque son complément parfait. Porté lui aussi par des influences Heavy et Thrash, Dawnbreath est plus old-school, tout aussi énergique mais d’une autre matière. Si leur bio parle d’un mélange entre Thrash old-school et NWOBHM, leur prestation scénique sera plus marquée par l’efficacité Thrash, d’ailleurs le groupe semble avoir dernièrement pris un virage beaucoup plus purement Thrash. Limite proche d’un Kreator, Dawnbreath ne perd pas de temps pour sortir les riffs à cent à l’heure. Avec un chanteur surmotivé à la voix aiguë bien tranchante, le groupe liégeois est parti pour un bon set de Thrash des familles. Rythmiques bien cossues, accélérations salvatrices, solos parfaits, ensemble bien hargneux, Dawnbreath cartonne avec son Thrash débridé, totalement dédié à l’efficacité, sans temps mort. Il est sûr qu’un set de ce genre peut paraître un peu longuet et sans originalité, mais ça envoie, et c’est l’essentiel. Un parfait set 100% thrashisant mais aussi Heavy, dans la vitesse et l’efficacité. Dawnbreath ne révolutionne rien mais a tout du parfait bon petit groupe de Live, qui déboite bien avec une musique, une prestation et une énergie « Metal » par tous les pores. Le genre de groupe qui ferait un parfait opener en festival, même si en salle ça passe toujours bien, histoire de se défouler et d’introduire le Thrash un peu différent de Deficiency.

Deficiency va donc bien vite investir la salle de la cité Huchet pour fêter comme il se doit la sortie de son nouvel album avec un set bien varié et conséquent, devant une salle pas pleine à craquer mais bien remplie pour un concert de campagne. Une grosse heure même une très grosse heure, le groupe n’y est pas habitué, lui qui a (hélas) trop souvent été cantonné à faire la demi-heure de service en première partie de tel ou tel groupe ou à l’occasion de fests locaux. La fatigue se fera sentir et les gratteux auront du faire une menue pause, l’occasion pour le nouveau batteur Thomas Das Neves de se montrer. Deficiency donne enfin un concert très complet et c’est mérité au vu de la qualité de leur Thrash, mélodique et moderne. Forcément, le nouvel album, The Dawn Of Consciousness est bien représenté, et si le groupe se dit encore « en rodage », les nouvelles compositions passent bien et témoignent de la maîtrise sans faille du groupe mosellan. On appréciera donc déjà sur scène ces nouvelles pistes, excellentes, dans un style plus mélodique et plus purement Thrash que les morceaux de The Prodigal Child, plus modernes, qui eux font toujours un effet bœuf avec notamment les riffs syncopés de "The Introspection of the Omnipotent" toujours mortels à suivre sur scène. Et comme les grands, Deficiency ressort aussi des plages de son tout premier album, State Of Disillusion, qui passent toujours aussi bien dans un style classique et efficace. Le public s’en donnera à cœur joie sur le parquet, avec des wall of death bien sentis, on était là pour faire la fête et c’est ce qui s’est passé. Jamais lassant même sur un set doublé par rapport à ce qu’ils jouent d’habitude et grâce aux belles nouveautés, Deficiency continue à assurer avec son Thrash vitaminé mais aussi raffiné avec forces mélodies, avec toujours la superbe entente scénique entre Laurent, Jérôme et Vianney. Tout comme Dawnbreath, Deficiency a livré une belle déferlante de Thrash, à leur manière plus accessible et accrocheuse. Une soirée splendide autour d’un groupe qui maîtrise totalement son sujet techniquement et sait comment se mettre n’importe quel public dans la poche avec une simplicité bienvenue, un côté toujours sympathique et chaleureux, et surtout un Thrash mélodique de première classe qui fait mouche à chaque instant. Si dans son fief Deficiency prêche aux convertis, il a encore montré à ceux qui ne le savaient pas encore que c’est vraiment le groupe de Thrash français à suivre.

 

Une belle fête, tout en sobriété dans un cadre local plaisant, et Deficiency a vraiment lancé les hostilités de son troisième album qui, je l’espère, va casser la baraque, que ça soit dans votre salon/votre bagnole/votre chambre/vos écouteurs ou sur les scènes françaises, ou j’espère au-delà assez tôt. Le groupe va d’ailleurs s’embarquer pour quelques dates en Alsace ainsi que dans le Sud, avant de revenir dans le département en fin d’été et notamment pour le troisième festival Kronenbus à Leyviller en septembre, à ma maison quoi. Mais s’il commence à être sérieusement connu dans sa région et se fait petit à petit un nom sur les routes de France, Deficiency avec 3 albums derrière lui mériterait vraiment d’exploser au plus vite, tant il n’a déjà plus rien à prouver musicalement avec son Thrash mélodique aux petits oignons, qui est totalement maîtrisé et particulièrement accrocheur sur scène. J’espère qu’on leur donnera une bonne occasion bientôt, du genre la tournée de Suicidal Angels dont ils avaient assuré la première partie il y a deux ans, mais ils ne devraient pas s’arrêter là. Avec cette release party parfaitement organisée et réussie et en plus d’avoir eu le nez fin avec les très bons Ophidian Spell et Dawnbreath en accompagnement, Deficiency a prouvé ses talents et je n’ai qu’une chose à dire : bookez-les ! Vous aurez là un Thrash plus que plaisant exécuté par un groupe très pro pour attirer et charmer plein de monde. J’en ai personnellement profité pour dévaliser leur stand de merch (leur nouveau t-shirt est super bô en plus) car total support, support your local band, toussa. Point de chauvinisme local pour ma part, ce groupe est sincèrement bon et en plus, j’ai mis du temps à les apprécier vraiment. Une release party campagnarde plus que sympathique et réussie à 100%, c’est ce qu’on pouvait attendre et tout simplement, Deficiency assure, depuis longtemps et ils continuent à le prouver à chaque fois. Si jamais ils passent près de chez vous, n’hésitez pas à aller voir la nouvelle coqueluche du Thrash français !

 

Encore un grand merci à Jérôme pour l'invitation!