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vendredi 10 mars 2017 - Dolorès

Pillorian

John Haughm

Dolorès

Non.


Pillorian, adj. : of, or relating to, scorn and condemnation.

A l’occasion de la sortie de leur premier album ce 10 mars 2017, John Haughm (ex-Agalloch) a répondu à quelques unes de nos questions sur ce nouveau projet avec des membres de Uada ou encore Maestus.
 

Dolorès : Comment est venue l’idée de Pillorian ? Pouvez-vous nous faire un bref historique de la formation du projet ?

John Haughm : C’est arrivé un peu par accident, car après le split d’Agalloch, j’avais décidé de me retirer de la musique pour un moment, à l’exception de quelques concerts en solo de temps en temps. Cette expérience m’a vraiment coupé l’envie de jouer à nouveau avec d’autres musiciens. Puis, deux ou trois semaines plus tard, je passais du temps avec Stephen, qui est un ami qui travaillait dans l’équipe d’Agalloch depuis 2014. Nous parlions du passé, du futur, d’idées musicales variées que nous avions, et je lui ai montré quelques riffs que j’avais de côté, pour lesquels je n’avais rien de prévu. Il m’a également montré certains de ses riffs dans la même tonalité, alors on a collaboré et écrit la structure de ce qui est devenu « By The Light Of A Black Sun ». On connaissait tous les deux Trevor, on lui a montré cette structure, et on a commencé à jammer en trio. Rien de sérieux, juste pour le plaisir. Eh bien, l’alchimie entre nous était si incroyable qu’on a continué à écrire, et à la fin de l’été, on avait déjà 5 ou 6 morceaux de finis. Donc on a décidé de poursuivre plus sérieusement et je suis entré en contact avec mes bookers, on a signé avec Eisenwald, réservé du temps en studio avec Tad et Markus, et commencé à planifier l’album et des concerts pour 2017. Une fois que la décision a été prise, on n’a pas perdu notre temps et les autres gars étaient aussi motivés que moi pour rendre la chose sérieuse. C’est pourquoi, les affiches de festival et les dates de tournées sont apparues avant même qu’on ait annoncé un album. On voulait une tournée qui coïnciderait avec la sortie de l’album pour pouvoir le promouvoir correctement.



Vous venez de divers groupes mais il y a un feeling agallochien très fort, c’était prévu ou ça a pris le dessus au fil du processus de composition ? Comment est-ce que vous vous placez par rapport à cette continuité avec Agalloch ?

Pillorian n’était pas destiné à être une continuation d’Agalloch. Pillorian est beaucoup plus agressif, et le thème des textes n’a rien à voir avec ce que mon ancien groupe faisait. Bien sûr, ma contribution a une sonorité agallochienne, mais cela n’est pas une surprise puisque j’ai été le principal compositeur dans Agalloch. C’est simplement mon style. Cependant, avec Pillorian, la composition est divisée à 50/50 entre Stephen et moi, et nous avons des styles différents mais complémentaires.


Qu’est-ce qui vous inspire, en dehors de vos groupes respectifs ? Des groupes cultes, de petits projets originaux, d’autres formes d’art, des concepts de la vie de tous les jours ?

On essaie vraiment de nous séparer des tendances actuelles ou des influences passées, pour que l’écriture des morceaux ait un caractère pur. Naturellement, on a tous nos influences musicales individuelles, mais aucune d’elle n’est importante quand on écrit pour ce groupe. Pour les textes, je suis principalement influencé par mes propres visions nihilistes et misanthropiques.


Beaucoup ont entendu parler du groupe Pillorian grâce à l’annonce du Roadburn (c’est mon cas). C’était volontaire, d’avoir un impact genre « salut c’est nous » avec le Roadburn ? Vous connaissez bien, aimez le festival ?

C’était une bonne manière de montrer que nous sommes un groupe sérieux dès le début. On préfère travailler dans le silence, puis révéler des informations uniquement quand tout est prêt. J’ai déjà joué deux fois au Roadburn, donc je connais bien le festival et sa qualité. Walter est un bon ami et camarade.



Est-ce que vous comptez faire de Pillorian un groupe vraiment tourné vers le live ? Qu’est-ce que vous envisagez pour le futur du groupe ?

Oui. Pillorian est un groupe tourné vers le live avant tout. J’espère que nous pourrons tourner plus qu’Agalloch ne l’a jamais fait, et sortir plusieurs bons albums tout au long du parcours. J’espère que ce groupe durera de nombreuses années.


L’album sort chez Eisenwald, comment est-ce que ça s’est passé ? Est-ce que c’était une évidence pour la continuité avec les membres (sorties d’Agalloch et Uada) ou pas du tout ?

Je suis un ami de Nico, qui gère le label, et il a sorti quelques trucs d’Agalloch par le passé. Donc quand Pillorian a eu plusieurs titres prêts, on lui a envoyé une tape il a directement vu le potentiel. On prévoit de rester sur ce label pour de nombreux albums et, on l’espère, évoluer ensemble.


Eisenwald, c’est d’ailleurs un label que j’aime beaucoup, et je trouve que beaucoup de groupes qui s’y trouvent ont une petite touche qu’on peut comparer à Pillorian, ce genre de Black qui touche à d’autres sensibilités et émotions (Grimoire, Ephemer, Aurvandil pour la France, notamment). Ce sont des groupes que vous connaissez, suivez, aimez ?

Oh oui, le roster d’Eisenwald est vraiment solide. J’ai fait quelques designs d’albums pour Mork Gryning, et Grimoire aussi. J’apprécie presque tous les groupes présents sur le label.


Vous avez décidé de sortir comme premier titre sur le net « A Stygian Pyre ». J’ai tendance à penser que c’est le moins représentatif de l’album entier, mais le plus représentatif de ce qu’on imagine d’un mélange entre les influences de vos divers projets présents et passés. C’était volontaire de vouloir vous dévoiler avec un titre comme celui-là, pour poser le cadre ?

Il a été choisi principalement parce qu’il était l’un des deux morceaux de l’album qui pouvaient sortir sur un single 7”. A l’origine, je voulais que « Archaen Divinity » soit le premier morceau, mais après discussion plus poussée avec les autres gars et Nico, on a décidé que « A Stygian Pyre » aurait sans doute plus d’impact pour une première impression.



La pochette a été réalisée par l’artiste belge Niels Geybels, et c’est vraiment très différent de ce que vous avez proposé avec vos autres groupes. Vous pouvez nous en dire un peu plus sur ce choix et cette collaboration ?

Niels est un vieil ami et un artiste fantastique. En fait, c’est lui qui a créé les peintures abstraites du dernier album d’Agalloch, et en 2010, il a sorti une compilation de 2CD, qui était un tribute à Caspar David Freidrich, dont un morceau avec la contribution d’Agalloch et Mathias Grassow. Quand on a décidé du titre « Obsidian Arc », j’avais immédiatement en tête des dessins abstraits d’obsidienne que Niels avait dans son portfolio. C’est ce qu’on a utilisé pour l’arrière de la pochette. La face avant est une peinture que j’aime beaucoup et qui représente très bien l’aura sombre et mystérieuse de l’album.


Quand on cherche quel style vous tentez de créer, on trouve « dark/black metal ». Pourtant j’imagine que vous serez d’accord avec moi, « Obsidian Arc » sonne très « black metal » malgré quelques échos plus dark folk ou d’autres influences. Est-ce que c’est important pour vous de vous démarquer du terme unique « black metal », de préciser que vous proposez quelque chose avec un feeling différent ?

Pillorian est un groupe dark/black metal dans son essence. Néanmoins, on veut apporter à notre son des influences différentes, pour garder la chose intéressante. Je pense que « Dark Is The River Of Man » en est bon exemple.


Qu’est-ce qui vous intéresse dans le black metal actuel, aux Etats-Unis ou ailleurs ? Ou au contraire ne vous intéresse pas/plus ?

La scène américaine a quelques groupes intéressants. Personnellement, j’aime beaucoup Weregoat, Dispirit, Spectral Voice, Velnias, Uada et les groups du collectif Black Twilight Circle. Je ne porte aucune attention aux tendances que je n’aime pas, donc je ne peux pas vraiment en parler.


Merci pour l'interview ! 

Pour rappel, Pillorian ouvrira pour Inquisition le lundi 24 avril à Paris, en compagnie de Cobalt et Valborg.

 

Ecoutez l'album en intégralité :