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Album

09/12/14 - U-Zine

Agalloch

Marrow Of The Spirit

LabelProfound Lore Records
styleDark Folk
formatAlbum
paysUSA
sortienovembre 2010
La note de
U-Zine
8.5/10


U-Zine

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Vous devez en avoir marre. Voir la majorité de mes chroniques récentes depuis quelques temps se ponctuer par des notes excellentes. Non sur U-zine, on ne surnote pas. Non, on régale parce qu'on est comme ça. On aime partager, gratuitement, ce qui se fait de mieux pour vos conduits auditifs. Ne vous en faîtes pas, les fêtes vont passer et les bulles vont redescendre assez vite. En attendant, on vous souhaite une bonne année avec l'une des plus grosses sorties de l'année écoulée.

Revenons un peu en arrière, Agalloch s'est formé en 1995 et a sorti trois albums. Pale Folklore en 1999 qui est loin d'être formidable à mes yeux et surtout The Mantle en 2002 ainsi qu'Ashes Against The Grain en 2006 qui sont pour moi deux références d'un genre qu'il a lui même inventé : Un Dark folklorique avec une très grosse touche Doom.

Marrow Of The Spirit comme sur les autres albums et EP, c'est d'abord une histoire d'amour entre Agalloch et la nature mais une nature vêtue d’une longue robe blanche. Mais comme tout amoureux, Agalloch évolue et n’a plus tout à fait les mêmes aspirations qu’en 2006 avec Ashes Against The Grain. Quatre longues années, déjà. On avait laissé le groupe de l’Oregon nous réchauffer le coeur devant cette étendue de glace. Cette fois, la boule protectrice n’est plus présente et Marrow Of The Spirit a un accueil bien plus glacial que son prédécesseur. 

Après l’introduction “They Escaped The Weight Of The Darkness” bien triste avec ce violon joué près d’une source d’eau, Agalloch nous assomme dès le début de “Into The Painted Grey”. Un matraquage de grosse caisse claire plus tard, on a affaire non plus avec Agalloch mais avec un groupe de Black directement influencé par le Nattens Madrigal d’Ulver. Heureusement, ce n’est que momentané, le visage savoureux qu’on lui connaît un peu plus refait vite surface tout en gardant cette attitude sobrement violente. Ce genre d’entrée en matière n’a rien d’original pour le style mais dans les compositions d’Agalloch, cela apporte un bon vent de fraîcheur qui démontre que le groupe n’a aucune intention de tourner en rond de disque en disque. 

Et je dis ça alors même qu’un titre comme “The Watcher’s Monolith” aurait eu sa place sur Ashes Against The Grain. Certains plans ressemblent à s’y méprendre à d’autres de “Falling Snow” au point d’être déçu que le morceau ne s'enchaîne pas comme nous en avions l’habitude. Fausse déception car une fois la surprise passée, on est vraiment sous le charme (Ce solo!) de cette composition bien qu’elle soit la chanson la moins innovante de l’album malgré sa partie (semi ?) blastée (!).

Vient alors le titre le plus long d’Agalloch et surtout, l’un de ses plus mémorables, “Black Lake Nidstång” qui démarre assez lentement avec une longue partie aérienne jouant sur les percussions. Sur sa deuxième partie, j’y ai vu plus qu’Agalloch, j’y ai vu l’incarnation actuelle du Katatonia des débuts. Une mélodie délicieusement dépressive avec un chant hurlé pas vraiment maîtrisé mais qui vient directement du coeur et des tripes. Cela rappelle fortement un Dance Of December’s Souls et ça, ce n’est vraiment pas pour me déplaire. Après un passage psychédélique faisant penser à la musique d’introduction pour les concert d’Opeth, ce morceau de dix sept minutes se clôture avec une partie mélodique intense avec un supplément de semi - blasts.

Le tempo se ralentit sur “Ghosts Of The Midwinter Fires” et les mélodies reprennent le dessus... Dans un premier temps. Le “refrain”, entêtant au possible, en effet, est intense, très intense. Ceci dit, globalement, on retrouve le Agalloch qu’on connaît bien avec toujours cette fascination pour la nature et ce jeu tout particulier sur les harmonies qui donne cette impression que la Terre nous glisse un petit mot à l’oreille car comme le chante si bien John Haughm “But There Are No Gods Here”. Aucun dieu n’est plus puissant que la Nature.

Avec “To Drown”, le temps est d’abord à l’introspection mais le climat n’est pas serein. L’ambiance est critique avec une montée en puissance débouchant, comme de bien entendu, sur une explosion finale. Le déluge est enfin arrivé et il n’y a rien à faire. Embrasser une dernière fois nos êtres chers et mourir. Noyé. La fin est évocatrice, il n’y a plus rien. Le néant. Le repos éternel. La Terre est apaisée.

Marrow Of The Spirit contient, donc, des morceaux plus longs (le plus court des morceaux, outre l’introduction, dure facilement plus de neuf minutes) comme à l’époque de The Mantle en les concentrant bien plus. Pourtant, l’album, tellement varié, n’a rien d’un monolithe. Tous les morceaux ont plusieurs facettes à la fois violent (comme jamais, il ne l’a été) et aérien, déprimant et introspective, naturel et critique. Cette oeuvre a sûrement une durée de vie plus longue que celle d’Ashes Against The Grain car il est encore plus profond et travaillé. Cependant, il n’a pas eu le même impact. Agalloch et Ashes Against The Grain étaient tombés sur moi dans une période de ma vie où j’en avais follement besoin. Chose qui a fait que ce disque compte beaucoup pour moi. C’est pourquoi je vais mettre une note inférieure à Marrow Of The Spirit, aussi génial soit-il.

Quatrième album et pour la quatrième fois, Agalloch, en constante évolution, a redéfini son genre. On ne contemple plus la nature et sa beauté mais on reste comme fasciné devant son imprévisibilité et sa fin proche. Le cataclysme est inévitable.

1. They Escaped the Weight of Darkness
2. Into the Painted Grey
3. The Watcher's Monolith
4. Black Lake Nidstång
5. Ghosts of the Midwinter Fires
6. To Drown

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