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Album

23/03/17 - Dolorès

Pillorian

Obsidian Arc

LabelEisenwald
styleBlack Metal
formatAlbum
paysEtats-Unis
sortiemars 2017
La note de
Dolorès
7/10


Dolorès

Non.

Il y a un peu moins d’un an, Agalloch annonçait sa fin. John Haughm et Don Anderson séparaient alors leurs routes, laissant les fans contempler les décombres, se remémorer l’aventure et espérer un renouveau au printemps. Façon de parler car, si on ne s’y attendait pas réellement, lui-même ne semblait pas le prévoir aussi rapidement après le drama de mai 2016 (interview à lire ici). John Haughm forme finalement Pillorian avec Stephen (Maestus, ex-Arkhum) et Trevor (Uada, ex-Infernus), avec une toute nouvelle stratégie. Premier album, premiers concerts, tout s’enchaîne assez rapidement et cela présage de bonnes choses pour les fans des groupes sus-cités, après un split qui aura fait parler de lui, et l’engouement récent pour Uada dans le monde entier.

« A Stygian Pyre » et « Archaen Divinity », bien que très surprenants et peu représentatifs de l’album entier, sont les premiers titres à paraître sur un single, un mois avant la sortie de l’album. Plus féroce mais toujours mesuré, il s’agit là d’un mélange intrigant qui se forme autour de la composition divisée entre John et Stephen. Et, bien que la formule soit assez nouvelle, on ressent tout de même un fort feeling agallochien. Cette facilité, cette souplesse dans les morceaux revient bien évidemment sous forme de boucles majestueuses, où voguent parfois des arpèges de guitare folk. Les compositions sont plus sombres, rythmées, mais aussi douces et fluides. On reconnaît, et on savoure la voix déchirante de John Haughm (« The Vestige Of Thorns » en tête) et ces quelques chœurs de chant clair qui feront fondre les fans d’Agalloch.

De manière globale, « Obsidian Arc » apporte néanmoins beaucoup plus de renouvellement au sein des titres, marqués par de petits détails épars qui rendent l’ensemble curieux, même après cinq, dix, vingt écoutes. Les contrastes sont plus marqués, dans les morceaux comme dans l’album entier. Celui-ci est largement plus rentre-dedans (« A Stygian Pyre » en première ligne), ce qui s’explique sans problème par la volonté de tourner le groupe vers le live. Dynamisme et diversité sont les lignes directrices de ces morceaux taillés pour la scène. Cela explique qu’ils aient laissé de côté, en grande partie bien que cela ne disparaisse pas tout à fait, les influences dark folk/neofolk. Lorsque les instruments classiques sont présents, c’est au sein d’un morceau, parsemés, et presque jamais seuls. Pas d’interlude, pas de pause, pas de répit.

Sans sonner comme un groupe de Black quelconque, il est évident qu’un retour aux sources est perceptible. Avec certains passages, on n’hésite pas à penser à des piliers européens, notamment dans la composition des guitares semblable à un dialogue constant mais pas que. Certains rappellent Immortal, Enslaved ou Dissection sur les plus vindicatifs. Pillorian sonne bien plus extrême, tout en gardant des éléments plus doux, là où Agalloch était toujours difficile à étiqueter, à la frontière, sur le fil sans pouvoir être réellement écarté, et finalement assez marginal. Le socle de départ, un Black atmosphérique et mélodique, prend néanmoins la liberté de pouvoir s’accélérer et s’emballer, voire devenir menaçant (« Forged Iron Crucible »).

« Obsidian Arc » laissait peu de doutes quant à cette facette (via la pochette, ou encore le fait que groupe n’hésitait pas à rappeler la définition de "pillorian"), mais il est indéniable que l’album baigne dans l’ombre. Pessimiste, il crée le paradoxe d’être, d’un côté, le premier album d’un nouveau projet, tout en feintant le vécu, le passé difficile et la désillusion de l’autre. « Dark Is The River Of Man » pièce finale et apogée de l’album, ressemble à un abandon. L’heure y est grave, la voix se fait solennelle, basse et batterie cherchent à s’élever sournoisement tandis que les guitares finissent par dominer à la surprise générale. Quelle merveille !

Il s’agit finalement d’un très bon album, si on le considère seul. Il y a sans doute de fortes chances pour qu’il me plaise beaucoup car il ranime la braise laissée par feu-Agalloch, sentiment que beaucoup retrouveront. Seulement, sans cela, il faut rappeler que l’album prend très peu de risques, en revenant à une composition qui reprend les atouts d’Agalloch avec un gros coup de peinture noire, et un changement de bannière, en espérant prendre par surprise l’auditeur. Une fois l’effet de surprise passé, on ne sait quoi faire de cet opus. L’album est techniquement parfait, on n’a pas grand-chose à redire. On s’en sort avec notre dose de composition ternaire lumineuse, de passages accrocheurs qui réveillent l’oreille, de ténèbres mises en scène dans un son clair et sans anomalie. Mais il reste un peu plus quelconque que d’autres dans la discographie de John Haughm. On ne sait pas tout à fait sur quelle voie le groupe souhaite s’engager, reste à savoir si les musiciens eux-mêmes le savent.


1. By The Light Of A Black Sun
2. Archaen Divinity
3. The Vestige Of Thorns
4. Forged Iron Crucible
5. A Stygian Pyre
6. The Sentient Arcanum
7. Dark Is The River Of Man