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Album

16/12/16 - ZSK

Ulcerate

Shrines Of Paralysis

LabelRelapse Records
styleDeath-Metal chaotique
formatAlbum
paysNouvelle-Zélande
sortieoctobre 2016
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Qu’on se le dise, une nouvelle sortie d’Ulcerate, c’est un évènement. Quand bien même le groupe n’est pas spécialement improductif - il s’agit de son cinquième album en 9 ans (14 ans de carrière) et il arrive trois ans après Vermis. Mais le groupe néo-zélandais est bel et bien devenu une référence, son Gorguts en plus brutal et chaotique ayant dépassé les frontières océaniennes et conquis le monde entier en bien peu de temps. Depuis Everything Is Fire (2009) en quelque sorte, le groupe étant avant l’heure une « révélation façon Relapse Records » chez qui il crèche logiquement désormais, après avoir été le fleuron de Willowtip. Pourtant, Ulcerate n’était pas encore à son apogée, balbutiait encore. The Destroyers Of All (2011) explorait des contrées plus sombres, plus ambiantes, plus Black quelque part, le groupe tempérant sa brutalité pour se poser comme un Deathspell Omega version Death. C’est avec Vermis (2013) que le combo a trouvé son équilibre et posé son album de référence, pour un groupe référence, répétons-le car c’est la vérité. Ulcerate restera peut-être à jamais un des grands groupes des années 2000-2010 en son genre, et si Vermis montrait le firmament et la quintessence du trio d’Auckland, sa carrière doit désormais poursuivre son chemin, sans se réinventer mais en gardant sa forme de compétition. C’est ce défi que Shrines Of Paralysis, le 5ème full-length d’Ulcerate, doit relever, pour encore une fois montrer la grandeur et la classe du groupe néo-zélandais.

Une grandeur et une classe qui s’expriment toujours dans une atmosphère sombre et caverneuse, voire lovecraftienne quelque part. La recette maléfique reste donc la même, entre le chant hargneux et profond de Paul Kelland, les riffs tour à tour terreux et dissonants, et bien sûr le jeu de batterie tentaculaire de Jaime Saint-Merat. La brutalité est toujours aussi savamment contrôlée et aérée, un tour de force pour un style qui n’en demeure pas moins chaotique et apocalyptique. Tout aussi complexe qu’elle est, la musique d’Ulcerate sait rester abordable à sa manière, et au fond peu importe les compos proposées, ce qui compte c’est l’atmosphère et le ressenti qui en découle, ceux qui ont eu la chance de voir le groupe en Live savent de quoi je parle. Ainsi, par le passé, Ulcerate avait à mon goût tendance à livrer des albums un peu trop linéaires, et écouter l’œuvre sur disque n’était peut-être pas le meilleur moyen d’aborder l’univers sonore des Néo-zélandais à sa juste valeur. Après les avoir vus en Live en 2012, sous la fumée de la scène et alors qu’il faisait un froid polaire à l’extérieur de la salle, j’ai eu une révélation pour la formation mais Vermis était bien un chef-d’œuvre, c’est là où le groupe se sortait de sa torpeur linéaire et se trouvait à la quintessence de sa forme pour livrer des morceaux réellement forts. Shrines Of Paralysis reprend ainsi les choses là où Vermis les avaient laissées, même si au fond il se pose plutôt comme le chaînon manquant entre The Destroyers Of All et Vermis.

A savoir que Shrines Of Paralysis sera un peu plus aéré et donc dans l’ensemble moins noir que son prédécesseur. Pourtant, dès le départ canon sur "Abrogation", on se dit qu’Ulcerate est encore décidé à nous en mettre plein la vue. L’alternance habituelle des assauts blastés aux compos tordues et des breaks bien inquiétants et dissonants se met rapidement en place mais la formation néo-zélandaise est encore en grande forme pour nous livrer son Death-Metal chaotique résolument sombre et possédé. "Yield to Naught" se révèle donc plus lourd et brutal que jamais, avec des vocalises aliénantes appuyant une intensité de tous les instants, tandis que le final plus dissonant complète le tableau et fait de ce morceau une œuvre complète pour Ulcerate. "There Are No Saviours" reste dans cette lignée bien brutale émaillée de nombreuses dissonances mais pour la suite, le trio va aérer son propos et retrouver l’obédience plus Black d’un The Destroyers Of All. Constitué de nombreux breaks, le morceau-titre se révèle un peu plus mélodique et introspectif, mais la musique n’en reste pas moins possédée et sombre. Et si on pouvait penser qu’après cet intermède plus lumineux, l’interlude bien méchant qu’est "Bow to Spite" allait nous replonger dans les abysses, "Chasm of Fire" est ensuite un morceau « beau » à sa manière, certes sombre car nous avons tout de même affaire à Ulcerate, mais les dissonances font le travail pour poser quelque chose de très éthéré.

Après un départ brutal, Shrines Of Paralysis est un album qui s’assagit donc quelque peu, à l’image de l’encore très complet "Extinguished Light" certes technique et efficace mais aussi posé grâce à de savants ralentissements, ainsi que du final "End the Hope" lui aussi bien possédé et terreux mais tempéré par des dissonances et des mélodies omniprésentes. Si surprise il devrait y avoir, c’est que Ulcerate retrouve les vibes de The Destroyers Of All ici et là, alors qu’avec sa pochette rouge on aurait pu penser que Shrines Of Paralysis allait revenir vers la brutalité d’un Everything Is Fire. Ulcerate oscille donc entre ses différentes facettes, et cet album est un bon complément à Vermis tout en faisant mieux que The Destroyers Of All en étant plus complet et efficace. Mais dans son Sanctuaire, Ulcerate est Paralysé car son style n’a pas évolué d’un pouce et à certains égards, retrouve parfois la linéarité de certains opus de sa carrière, surtout en seconde partie de disque où les dissonances prennent le dessus. Ne soyez pas ulcérés, le seul crime de Shrines Of Paralysis est à mon avis qu’il est juste moins bon que Vermis, ce précédent opus qui est donc bel et bien une référence difficile à dépasser voire même à égaler. L’important c’est que Ulcerate reste en grande forme, n’a pas perdu l’inspiration même si son style n’évolue plus, et que les trois premiers morceaux de Shrines Of Paralysis prouvent largement que les Néo-Zélandais en ont encore sous la semelle. Et si Vermis est sans conteste le meilleur album d’Ulcerate, Shrines Of Paralysis est probablement son dauphin, à l’aise. Inutile donc de dire que quoi qu’il en soit, Shrines Of Paralysis demeure un indispensable de l’année 2016, et je ne ferai pas l’offense de le recommander aux fans qui ont bien évidemment du l’acquérir à sa sortie car Ulcerate est une valeur sûre, et cet album même s’il est un poil en-dessous de son illustre prédécesseur confirme par sa qualité le statut de référence du groupe néo-zélandais en termes de Death-Metal chaotique, technique, brutal, dissonant, noir et apocalyptique.

 

Tracklist de Shrines Of Paralysis :

1. Abrogation (5:50)
2. Yield to Naught (7:44)
3. There Are No Saviours (8:04)
4. Shrines of Paralysis (9:25)
5. Bow to Spite (1:55)
6. Chasm of Fire (8:07)
7. Extinguished Light (8:43)
8. End the Hope (7:52)

 

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