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Embrace the Darkness - A Retrospective of Finnish Death Metal (Part. 1)

dimanche 15 novembre 2015 - Sleap
Sleap

Benjamin. Live reporter et chroniqueur occasionnel dans divers genres (principalement extrême).

Comme la plupart des styles musicaux depuis des siècles, le Death Metal est constitué de plusieurs ''foyers''. Ces différentes approches du genre émergent dans de nombreuses régions du globe et développent une véritable personnalité pour finalement apporter leur ''patte'' au style de base. On parle alors de ''scène''.
En Europe, l'un des plus emblématiques foyers est incontestablement celui de Stockholm, berceau des célèbres Nihilist / Entombed, Carnage / Dismember ou encore Grave. Découlant de tous les groupes d'extrême des 80s (Obscurity, Treblinka, Grotesque, Morbid, etc), cette scène Death suédoise, que l'on appelle communément ''SweDeath'', s'est forgé une véritable identité au début des années 90 grâce, notamment, aux Sunlight Studios de Tomas Skogsberg. Une rythmique groovy et entrainante, un grain de guitare particulièrement crépitant (hérité des groupes de Crust Punk de l'époque comme Anti-Cimex, Avskum ou Mob 47), le tout bénéficiant d'un son épais et granuleux prodigué par la fameuse pédale Boss HM-2 ainsi que par la production des studios suscités.

Mais c'est la scène voisine qui nous intéresse aujourd'hui. En effet, le Death Metal s'est également développé en Finlande, et ce dès la fin des années 80. Pour diverses raisons (époque, diversité, distribution...), cette école si particulière de Death Metal est toujours restée dans l'ombre de sa frangine suédoise. Pourtant, l'école finlandaise est, selon moi, bien plus intéressante que cette dernière musicalement parlant. Je vais donc tenter de décrypter dans cet article les différentes facettes de ce que l'on nomme généralement le ''FinnDeath''.
À l'inverse de son homologue suédois, le Death Metal finlandais n'a pas immédiatement défini des caractéristiques sonores particulières. Son approche musicale met plus l'accent sur l'atmosphère et le feeling plutôt que sur l'efficacité et la puissance.

Mais le Death finlandais comporte plusieurs courants différents qu'il convient de discerner. J'ai choisi de ne m'intéresser qu'aux deux principales écoles :

  • l'école dite ''classique'' (représentée par Demigod, Abhorrence et consorts)

  • et l'école d'influence Carcass (popularisée par Xysma et Disgrace)

  • j'aborderai enfin les quelques groupes qui sortent du lot (dans un registre plus technique)

Cette rétrospective sera donc découpée en trois articles axés sur chacune des trois branches listées ci-dessus.

 

Par ailleurs, cette rétrospective est surtout rédigée à l'occasion de mon récent voyage en Finlande pour assister au Finnish Death Metal Maniacs Festival (10, 11 et 12 septembre 2015).
J'ai donc tenté de rédiger un live report (le plus complet possible) de cet unique festival que je vous proposerai de lire à la fin de cette rétrospective. Et histoire de fignoler le tableau, j'ai également eu la chance d'interviewer les deux organisateurs pour leur poser quelques questions sur le festival mais également sur la scène finlandaise en général (liens disponibles en partie 3). Mais pour l'heure, attaquons la première partie...

 

Embrace the Darkness

 

Comme je l'évoquais un peu plus haut, plusieurs années ont été nécessaires pour définir pleinement le Death Metal finlandais. Tout d'abord influencées par la vélocité du Speed et la férocité du Thrash, de nombreuses formations de la fin des 80s effleuraient déjà du bout des doigts les prémices d'une certaine forme de Death Metal. À l'instar des Suédois de Merciless, des groupes tels que Protected Illusion, Sacred Crucifix, Lycantrophy ou encore Phlegethon constituaient déjà une sorte de transition entre le Thrash et le Death Metal à venir.

Mais c'est lors des années 1990 et 1991 que les contours de que l'on appellerait plus tard le ''FinnDeath'' se dessinent véritablement, avec entre autres les premières sorties de Abhorrence, Funebre, Demigod, Convulse, Sentenced ou Amorphis. Ces différentes réalisations établissent déjà les principales caractéristiques du style :

  • des rythmiques certes soutenues mais laissant plus de place aux passages lourds et écrasants

  • des guitares accordées très bas mais avec un son plus doux que celui, très granuleux, des Suédois

  • de nombreux leads et mélodies tourmentés qui viennent magnifier la lourdeur oppressante du riffing rythmique (sans rendre le tout forcément mélodique)

  • et parfois quelques nappes de synthé (là encore dans un but purement atmosphérique et non mélodique)

  • il en résulte donc une lourdeur et une noirceur quasi-omniprésentes

Voici donc une petite liste des principaux acteurs de cette scène finlandaise du début des 90s. J'aborderai brièvement les biographies pour me concentrer plus spécifiquement sur les sorties les plus importantes, leurs caractéristiques et leur impact sur la scène.

Demigod

Bien qu'il ne figure pas parmi les tout premiers groupes du genre, Demigod va pourtant marquer au fer rouge l'histoire du Death finlandais. Formé par Esa Linden en 1990 dans la ville de Loimaa, le groupe enregistre quelques demos, dont la terrible Unholy Domain (parue en 1991). Celle-ci attire l'attention du label américain Seraphic Decay qui décide de la rééditer l'année suivante sous forme de split 12'' avec la demo éponyme des autres finlandais de Necropsy.

La qualité indéniable de cette première sortie (quasi)officielle permet au groupe de décrocher un contrat avec Dave Rotten de Drowned Productions (rebaptisé Repulse Records puis Xtreem Music) afin de sortir son premier full-length en décembre 1992 : Slumber of Sullen Eyes.

Dès lors, ce premier album de Demigod fait figure de chef-d'œuvre dans le paysage Death finlandais de l'époque. Et pour cause, les compositions d'Esa Linden sont d'une qualité irréprochable. Le riffing est tantôt lourd et plombant, tantôt plus rapide et groovy, souvent soutenu par un tapis de double pédale (en témoigne le ''tube'' As I Behold I Despise). Mais le jeu de batterie de Seppo Taatila se fait également plus subtil. Les nombreux breaks et interludes lui permettent d'aérer la rythmique avec notamment quelques roulements ou passages aux cymbales du plus bel effet. Les morceaux comportent un grand nombre de plans différents, tous plus prenants les uns que les autres, tout en gardant une atmosphère sombre et sépulcrale d'un bout à l'autre. Le tout est magnifié par des leads de guitare mélancoliques ou angoissants et même quelques nappes de synthé (comme sur Tears of God) qui s'imposent déjà comme des éléments récurrents du Death finlandais. L'album regorge également de mélodies hypnotiques à l'image du riffing circulaire qui clôt le titre éponyme, véritable spirale de laquelle l'auditeur ne peut s'extirper. On ajoute à cela des vocaux profonds de la part de Linden ainsi qu'une production épaisse des fameux Tico Tico Studios (Impaled Nazarene, Sentenced, Belial...) qui participent au rendu lourd et obscur de l'album.

Demigod s'impose donc en cette fin d'année 1992 avec un album à la fois massif et subtil qui réunit absolument tous les ingrédients de ce Death Metal estampillé ''Finlande''. Slumber of Sullen Eyes est donc une œuvre charnière dans l'histoire du FinnDeath, et il reste à ce jour l'album le plus emblématique de ce courant.

Abhorrence

L'histoire d'Abhorrence ne durera qu'à peine 2 ans, et pourtant le combo d'Helsinki va frapper un grand coup dans la sphère Death Metal nationale. Dès février 1990, le quintette enregistre ce qui va être l'une des sorties fondatrices du mouvement FinnDeath : Vulgar Necrolatry. Auto-production parue en format tape, cette demo de 4 titres surprend par sa noirceur et sa lourdeur encore inédites dans la scène de l'époque. L'intro démoniaque, qui pourrait rappeler les incantations de Hell Awaits, laisse place à une déferlante Death Metal tout aussi occulte. La violence des parties rapides alterne avec des passages d'une lourdeur abyssale sublimés par des leads aussi angoissants qu'entêtants (ceux du titre éponyme figurent parmi les plus fameux de toute l'histoire du Death finlandais). Le son de basse fantomatique et les vocaux cryptiques (parfois scandés de façon terrifiante) rendent le tout encore plus sinistre.

L'impact de cette première réalisation incite donc le groupe à continuer dans cette voie avec une seconde demo enregistrée en mai '90 (mais jamais sortie). Et cela débouche sur la parution d'un EP 5 titres dès juillet de la même année. Enregistré aux TTT Studios de Timo Tolkki (oui oui, le frontman de Stratovarius), l'EP éponyme paraît dans un premier temps sous la forme d'un vinyle 7'', légèrement plus court que la première demo. Cependant, son contenu va s'avérer tout aussi poignant que celui de Vulgar Necrolatry. L'intro, plus courte et mystérieuse, annonce l'arrivée de Pestilential Mists et son riffing lancinant si typique. Là encore, l'alternance entre accès brutaux et moments obsédants est parfaitement dosée, mais on compte également un peu plus de passages catchies (comme le riffing très groovy de Holy Laws of Pain). La production est un peu plus claire mais ne dénature pas le coté grésillant et obscur de l'instrumentation. Elle permet également d'ajouter quelques samples qui renforcent l'atmosphère lugubre du disque (l'intro de Caught in a Vortex ou les coups de cloche sur Pestilential Mists par exemple). Le label Seraphic Decay réédite d'ailleurs cet EP l'année suivante sous la forme d'une compilation CD (avec, entre autres, les finlandais de Disgrace).

Mais malgré l'admirable qualité de ces deux réalisations, Abhorrence se séparent malheureusement dans le courant de l'année 1990. En quelques mois d'activité et deux uniques sorties, le combo d'Helsinki aura donc posé les bases de ce feeling ''à la finlandaise''. Il restera, aux cotés de Funebre, l'un des pionniers de cette frange si particulière de Death Metal.

Amorphis

Après avoir parlé des deux groupes les plus représentatifs du ''son'' finlandais, abordons maintenant ceux qui ont connu le plus de succès. J'ai choisi de parler en premier lieu d'Amorphis car la carrière du groupe est intrinsèquement liée à celle d'Abhorrence. En effet, peu de temps après le split de ces derniers, Tomi Koivusaari (guitariste et membre fondateur) rejoint l'entité Amorphis tout juste formée par d'anciens collègues musiciens. Le jeune label Relapse Records, voulant signer feu Abhorrence, accepte finalement de sortir la première réalisation d'Amoprhis, à condition que celle-ci comporte une reprise du groupe susnommé.

Même s'il ne paraitra finalement qu'après le premier album, l'EP Privilege of Evil est le premier enregistrement officiel d'Amorphis. Les 6 titres sont achevés aux alentours de mai '91 (eux aussi aux TTT Studios de Timo Tolkki !) et on retrouve donc parmi eux la reprise de l'atemporel Vulgar Necrolatry. Bénéficiant d'un son bien plus puissant que du temps d'Abhorrence, la bande à Koivusaari nous livre ici l'une des sorties les plus marquantes de sa carrière. Outre l'excellente reprise, on retrouve toute la sauvagerie et la noirceur d'Abhorrence dans tous les autres morceaux. La lourdeur omniprésente, le son de basse boueux, les leads mortuaires de Misery Path, les nappes de clavier de Excursing From Existence... tout y est. Et histoire de parachever cette atmosphère sombre et oppressante, on a droit à de nombreux samples tout au long de l'EP. On retrouve notamment sur Black Embrace le thème du fameux film Phantasm (déjà repris l'année précédente sur le célèbre Left Hand Path des voisins d'Entombed). D'une massiveté et d'une noirceur à toute épreuve, Privilege of Evil est incontestablement la réalisation la plus Death Metal d'Amorphis mais également l'une des œuvres majeures du Death Metal finlandais. Supposé sortir dès 1991 sous forme de split avec le terrible Blasphemous Cremation d'Incantation, l'enregistrement est finalement remisé pour ne paraître qu'en 1993 sous forme d'EP (tranchant ainsi avec le style plus mélo et atmosphérique des deux premiers full-lengths).

Et ces deux full-lengths, parlons-en ! Comme évoqué un peu plus haut, Amorphis aura finalement accouché de son premier album avant que The Privilege of Evil ne voie le jour. Cette première sortie, intitulée The Karelian Isthmus, est finalement enregistrée aux fameux Sunlight Studios de Tomas Skogsberg. Mais, tout comme Xysma quelques temps auparavant, le groupe ne va pas opter pour la recette ''suédoise'' au niveau de la production. On ne retrouve donc pas cette rugosité si chère à Entombed, Carnage et consorts, ce qui préserve l'identité d'Amorphis, déjà bien affirmée. Les leads à la finlandaise se font en revanche plus mélodiques, le son plus doux et les claviers plus présents. Certains titres repris des sessions de Privilege of Evil (Black Embrace, Pilgrimage ou Misery Path) sont donc radicalement différents sur ce premier effort, bien plus accessible.

Le succès de ce debut-album permet au groupe de retourner aux Sunlight Studios dès septembre '93 pour les sessions du second full-length : Tales from the Thousand Lakes. C'est avec cet album qu'Amorphis confirme sa nouvelle direction musicale. Bien que la base soit toujours Death Metal, le groupe met l'accent sur le coté atmosphérique et mélodique avec un clavériste à part entière : Kasper Mårtenson. Après une magnifique intro, le groupe développe une ambiance bien plus mélancolique qu'auparavant à l'aide d'une structure Death Doom et de nombreux leads cette fois-ci clairement mélodiques. Des relents orientaux sont même perceptibles dans des morceaux comme Into Hiding ou The Castaway. Avec ce penchant pour la mélancolie Doom, les mélodies enchanteresses et les ambiances éthérées aux claviers, ce second album est celui de la consécration pour le groupe d'Helsinki. Leur approche du Death Metal, encore quasi-inédite, mêlée à des textes sur la mythologie finnoise (thèmes assez rares à l'époque) en font l'un des groupes les plus atypiques de la scène finlandaise. Malheureusement, cette orientation mélodique et progressive se marquera de plus en plus au fil des années jusqu'à occulter complètement l'aspect Death Metal initial. Mais ces trois premières réalisations d'Amorphis demeureront toujours parmi les œuvres les plus riches et poignantes que la sphère FinnDeath ait enfanté.

Sentenced

À l'instar d'Amoprhis, Sentenced ont eux aussi contribué à l'essor du Death finlandais au début des 90s avant de s'orienter vers une musique plus accessible (emboitant le pas aux Paradise Lost et autres Tiamat). Né des cendres du groupe de Thrash Deformity, le combo d'Oulu enregistre quelques demos entre fin '90 et début '91 avant de décrocher un deal avec la fameuse écurie française Thrash Records (spécialisée dans les 7'' de Death Metal) pour la sortie de son premier full-length : Shadows of the Past.

Tous les morceaux de la demo Rotting ways to Misery sont présents et retravaillés, la plupart dépassant allègrement les 5 minutes. On ne retrouve pas encore cette atmosphère sombre et lugubre instaurée par Abhorrence et consorts, mais ce premier effort renferme tout de même quelques leads et nappes de clavier typiquement FinnDeath (notamment sur le final Descending Curtain Of Death). Au delà de ça, les influences sont plutôt à situer du coté des premiers Death, Pestilence (ces soli !) ou encore Bolt Thrower (ce groove !). En plus d'un travail de composition exemplaire, Miika Tenkula possède des vocaux hargneux, à mi-chemin entre un Karl Willetts (Bolt Thrower) et un John Tardy (Obituary). Enregistré aux Tico Tico Studios, cet album bénéficie d'une production claire et solide qui met autant en valeur les remarquables riffs et leads que l'assise rythmique lourde et percutante. Du groove (Disengagement), des soli magistraux (The Truth), des interludes et ralentissements poignants (Beyond the Distant Valleys), bref... Shadows of the Past comporte toutes les qualités d'un pur album de Death Metal early 90s.
Malheureusement, son léger manque d'identité, sa faible distribution et l'orientation plus mélo et gothique du groupe par la suite, n'érigeront pas ce premier Sentenced au rang de chef-d'œuvre du genre. Mais le groupe nous aura tout de même offert un album d'une efficacité redoutable, pour plus d'informations le concernant, je vous renvoie à la chronique de mon collègue DarkMorue ici.

Funebre

Abordons à présent le cas de Funebre, comportant quelques similitudes avec celui de Sentenced. Formé dès 1988, le combo de Paimio fait partie des toutes premières formations Death Metal du pays. Mais ses deux demos, auto-produites en '89 et '90, ne figurent pas parmi les véritables pierres angulaires du genre (contrairement aux premières réalisations d'Abhorrence). En effet, le Death Metal de Funebre est encore trop brut, gras et groovy, il ne comporte pas pour l'instant les quelques éléments essentiels du style.

C'est avec la signature du groupe chez Spinefarm Records un an plus tard que les choses vont changer. Le célèbre label finlandais (tristement connu pour ses groupes Nightwish, Children of Bodom ou Ensiferum) n'avait alors qu'un groupe dans son roaster : les Punks furax de Rytmihäiriö. Avec Children of the Scorn, le Death Metal de Funebre se fait beaucoup plus travaillé. Dès les premières secondes de Waiting for Arrival, on constate la richesse musicale de ce premier album. Une structure bien plus diversifiée avec de nombreux passages lourds et poisseux, des leads glauques typiques de cette école de Death Metal en plein essor, des accélérations fulgurantes... Le jeu de guitare est également bien au dessus des précédentes réalisations, les superpositions de riffs créent une épaisseur toute particulière (et quels soli !). La qualité de la production (encore une fois de la part de Timo Tolkki de Stratovarius !) est exemplaire. Le son rugueux rend les compositions de Funebre encore plus lourdes et sombres. Mention spéciale au son de basse, moins grésillant que d'habitude mais tout de même bien puissant. L'un des autres points forts du groupe est la voix d'outre-tombe de Jari Heinonen, un growl caverneux et gras, parmi les plus terrifiants de la scène. En plus du rendu sombre, des fameux leads et de l'atmosphère globale, quelques autres éléments plus discrets viennent renforcer l'aspect obscur du Death Metal de Funebre. Des samples de cloche (Waiting for Arrival), des nappes de clavier horrifiques (Blood on White ou Congenital Defeat) mais également des riffs évocateurs (comme l'intro de Blood on White tirée du célèbre film City of the Living Dead)...

Malheureusement, le dédain et le désintéressement progressif des membres pour le Death Metal conduiront le groupe à splitter cette même année 1991. Laissant derrière lui cet excellent Children of the Scorn, Funebre restera l'un des groupes les plus marquants de la scène finlandaise, autant pour son statut de pionnier que pour la qualité de sa musique.

Convulse

Tout comme Funebre, les membres de Convulse débutent leur activité en 1988 pour sortir leur premier full-length durant l'été '91. D'abord actifs sous le nom de S.D.S., Rami Jämsä et sa bande délaissent peu à peu le Speed Metal pour s'orienter vers la sphère Death naissante à l'époque.

Après écoute de la très bonne demo Resuscitation of Evilness, le label français Thrash Records (se lançant à l'époque dans la distribution de full-lengths) propose un deal aux Finlandais pour la parution de leur premier LP World without God. Enregistré aux MSL Studios courant '91, ce premier album est l'un des tout premiers du genre à l'époque. Assez mature, le Death Metal de Convulse s'inscrit parfaitement dans la veine obscure instaurée par Abhorrence un an plus tôt. Des leads de guitare tantôt plaintifs et mélancoliques (Putrid Intercourse), tantôt inquiétants et glauques (Godless Truth), ainsi que de nombreux passages plombants et lourds qui viennent casser la fulgurance skank beat et le groove initiaux. Enfin, on retrouve ça et là de petites touches raffinées qui donnent un cachet supplémentaire aux compositions : des intros ou interludes acoustiques poignants comme sur World without God, False Religion ou Powerstruggle of Belief, des effets de distorsions couplés à des samples démoniaques sur Incantation of Restoration, ou encore la magnifique intro solennelle au piano qui ouvre majestueusement bien l'album.

D'une qualité certaine, ce World without God figure indéniablement parmi les albums phares de ce courant FinnDeath. Malheureusement, le combo de Nokia s'oriente bien vite vers des sphères plus groovies et modernes (avec un ex-membre de Purtenance) qui conduisent au split du groupe vers le milieu des années 90.

Purtenance

Formé à Nokia (tout comme Convulse), Purtenance nait en 1991 des cendres de Purtenance Avulsion. Après deux demos tapes sorties sous cet ancien patronyme, le groupe décroche un contrat avec le fameux Dave Rotten pour la parution de son premier EP intitulé Crown waits the Immortal (toute première sortie 7'' de Drowned Productions). Également enregistré aux TTT Studios par Timo « Stratovarius » Tolkki (décidément), cet EP bénéficie d'une prod aussi rugueuse que les premières réalisations d'Abhorrence ou d'Amorphis. Après l'expéditif Apparition of the Mist, les deux titres Dark Cloud Arises et Crown waits the Immortal confirment l'orientation particulièrement violente de la musique de Purtenance. Les nombreuses parties véloces et les rythmiques proto-blast beat ne laissent que peu de répit à l'auditeur.

C'est avec le premier full-length Member of Immortal Damnation que le groupe va diversifier son style. Muni d'une magnifique illustration (colorée !) de Chris Moyen, l'album est enregistré début 1992 aux MDM Studios d'Erkki Salo (qui s'occupera plus tard des sorties de Depravity et As Serenity Fades). Cela desservira malheureusement le groupe, la faute à un mixage assez discutable. Le son de batterie est franchement faible, et la voix (bien que plus fantomatique) est bien trop en retrait. Le groupe fait heureusement beaucoup d'efforts au niveau de la composition. Il sait maintenant ralentir le tempo et nous offrir de lourds passages très sombres magnifiés de leads glaçants, en témoignent les excellents Black Vision ou Reality isn't Disappeared (ces claviers !).

Ainsi, malgré l'enregistrement assez médiocre de ce premier album, Purtenance confirme tout de même sa place au sein de la scène finlandaise de ce début des 90s. Les compositions très violentes et obscures de son premier EP, et celles, plus lourdes et ambiancées de l'album suivant en font l'un des groupes typiques du FinnDeath de l'époque.

Depravity

Depravity se forme à Pirkkala en 1990 et prend le train du Death finlandais en marche (mais quasiment au départ). Dès les premières demos de 1991, leur appartenance à la sphère FinnDeath n'est même pas à prouver. Bien que les compositions soient pour la plupart brutes et rentre-dedans, le groupe développe déjà une atmosphère sombre et inquiétante. L'intro aux cloches de The Harnessed Dice, le lead horrifique de Sceptic Attitudes, les mystérieux samples d'interlude de Castrated ou encore le magnifique instrumental Obsessed by Reality...

Repéré par une autre écurie française célèbre, Adipocere (travaillant entre autres avec Adramelech et God Forsaken), le combo de Pirkkala sort sa réalisation la plus aboutie en mai '93 : Silence of the Centuries. Ce MCD renferme 5 titres d'une qualité remarquable, mêlant tous les éléments qui définissent à la perfection le Death finlandais. Les leads figurent notamment parmi les plus marquants de toute l'histoire du style. En effet, le mixage met particulièrement en valeur la guitare lead à l'inverse de la guitare rythmique, qui se fait plus éthérée et lointaine. Les riffs lancinants de Sleepy Ocean, les enchevêtrements du titre éponyme, les soli torturés des ultimes Remasquerade et Phantasmagoria, tous ces aspects font de la guitare un élément clé de la musique de Depravity. La production des MDM Studios est cette fois-ci beaucoup plus réussie que pour l'album de Purtenance un an plus tôt. Le seul défaut est finalement la trop courte durée de ce disque, qui à mon sens, pourrait presque rivaliser avec le terrible Slumber of Sullen Eyes de Demigod.

Malheureusement, le quintette se sépare durant cette même année 1993, certains membres rejoignant plus tard des formations aussi diverses que Sonata Arctica ou Korpiklaani (oui, oui)... Depravity laisse derrière lui ces quelques demos et cet unique EP qui laissent un goût d'inachevé à la discographie du groupe, d'une qualité pourtant irréprochable.

Adramelech

Bien que la renommée d'Adramelech dans la scène finlandaise soit un peu plus tardive, le groupe s'inscrit pourtant dans ce courant dès sa formation en 1991 par Jarkko Rantanen. La première demo rehearsal du groupe, parue cette même année, transpire déjà le FinnDeath par tous les pores. Une intro aux accents Doom rehaussée de délicieux leads oppressants, des morceaux à la fois sombres et brutaux, et même une reprise de l'ultime Pestilential Mists d'Abhorrence en final.

La parfaite maitrise de son sujet conduit donc le groupe à signer avec le label de Christian Bivel, Adipocere, pour son premier EP Spring of Recovery. Enregistré aux AMR Studios en aout '92, ce 7'' est l'une des toutes premières sorties du fameux label français. Intro incantatoire démoniaque, production puissante mais qui conserve le rendu putride des compos, passages skank beat frénétiques alternant avec parties plus lentes et lancinantes, nappes de claviers (Mortal God), leads fantomatiques (Dethroned), final acoustique inquiétant (Revived), tout y est... Mais la particularité du combo de Loimaa réside dans la voix de Jarkko : des éructations putrides et dégoulinantes qui rappellent évidemment celles d'Antti Boman (Demilich).

C'est avec la signature chez Dave Rotten de Repulse Records (ex-Drowned Productions) pour le second EP The Fall en 1995 que les choses sérieuses commencent pour Adramelech. L'arrivée à la guitare de Seppo Taatila (batteur de Demigod), l'enregistrement aux fameux Tico Tico Studios, la qualité de composition et d'exécution toujours grandissante... Tout cela aboutit finalement à la sortie du premier full-length Psychostasia un an plus tard (toujours chez Repulse). C'est avec cet album que Jarkko Rantanen et sa bande démontrent toute l'étendue de leur talent. Les compos sont tantôt groovies (Heroes in Godly Blaze), tantôt frénétiques (Mythic Descendant), mais également plus riches et ambiancées à l'image du titre central The Book of the Worm, devenu un véritable monument du FinnDeath à lui tout seul. Muni d'un artwork de Turkka Rantanen, le frère de Jarkko (ayant déjà réalisé les pochettes d'albums de Demigod, Demilich, Depravity ou Funebre), Psychostasia prouve donc en cette année '96 que le Death finlandais n'est pas tout à fait mort, et que la scène compte encore en ses rangs d'excellentes formations prêtes à en découdre.

Rippikoulu

Tout comme de nombreuses autres formations de l'époque, l'entité Rippikoulu a d'abord débuté sa carrière dans un registre Punk avant de s'orienter vers le Death Metal au début des 90s. Dès lors, il s'agit du premier groupe de Death Metal avec des paroles exclusivement en finnois. Après une première demo capturée en 1992, le groupe prend la direction des AMR Studios (ayant notamment produit Adramelech) pour l'enregistrement de sa seconde demo : Musta Seremonia.

Parfois considérée comme le véritable album du groupe, cette deuxième demo de '93 (magnifiquement illustrée par la peinture de 1798 The Vision of the White Horse de Philip James de Loutherbourg) s'impose comme l'une des sorties les plus lourdes et denses que la Finlande ait connu. En effet, alors que cette scène FinnDeath connait son apogée en cette année 1993 à coup de sorties Death Metal sombres, lourdes et emplies de feeling, le combo de Valkeakoski repousse les limites du genre avec cette seconde réalisation. Les compositions plombantes et profondes de Musta Seremonia octroient aisément à Rippikoulu le qualificatif de Doom Death. Le riffing saturé et extrêmement grave soutenu par cette rythmique pesante instaure un climat des plus oppressants tout au long de cette demi-heure. Mais le tempo majoritairement lent est parfois ponctué de sursauts ravageurs à l'image des accélérations skank beat de Kuolematon Totuus. Le rythme se fait parfois plus groovy (Anteeksiannon Synkkä Varjo) et les nombreux tapis de double kick renforcent également la lourdeur de certains passages (Ikuinen Piina). Le rendu grésillant des guitares, le son claquant de la batterie et les vocaux très profonds sont densifié par la production monolithique des studios de Viiala. On ajoute à cela des nappes de synthé et des vocaux féminins envoutants qui donnent aux deux derniers titres des colorations presque Funeral Doom (en particulier Pimeys Yllä Jumalan Maan).

Avec cette seule demo d'une intensité et d'une profondeur quasi-inédites à l'époque, Rippikoulu s'impose en cette année '93 comme l'un des groupes les plus prometteurs de la scène Death finlandaise. Malheureusement, le décès du guitariste Marko Henriksson en '95 entrainera le split du groupe cette même année. Musta Seremonia reste encore à ce jour l'une des réalisations les plus marquantes de la scène, mais également l'une des meilleures sorties Death Doom de tous les temps.

Voilà les principaux groupes de l'école finlandaise classique que je voulais évoquer. Pour les plus curieux, je conseille également les quelques suivants :

  • God Forsaken : Toujours dans le registre Doom Death, le premier album de God Forsaken est certainement l'un des plus marquants de l'année 1992. Après une courte période purement Death Metal sous le nom de Putrid, le groupe change de patronyme pour s'aventurer vers des contrées plus Doom. Il en résulte ce Dismal Gleams of Desolation, premier album de très bonne facture sorti en automne '92 sous la houlette d'Adipocere (cocorico). On est cependant bien loin du Doom Death à la finlandaise que Rippikoulu sublimera l'année suivante avec Musta Seremonia. Les influences sont plutôt à chercher du coté de l'école anglaise classique de Paradise Lost et My Dying Bride. Pas autant d'orchestrations et des passages romantiques, mais une voix aussi éraillée et une atmosphère presque contemplative par moments.

  • Phlegethon : Le combo de Joensuu est assez particulier. À l'instar d'un Oppression, le groupe combine Deathrash primaire avec passages plus lents, presque Doom. Les vocaux sont tantôt arrachés, tantôt caverneux, et il y a également quelques passages en voix claire ou même chuchotés qui renforcent l'atmosphère glauque de leurs réalisations (l'EP Fresco Lungs en tête). Les quelques samples, soli tordus, et lignes de basse prédominantes y contribuent aussi. S'aventurant sur des terrains divers dès la fin des années 80, Phlegethon est surement l'un des combos les plus particuliers que la sphère FinnDeath ait connu.

  • Vomiturition : Là encore, un groupe assez particulier dans le paysage finlandais du début des 90s. Après deux EP enregistrés aux studios AMR puis aux Tico Tico, le combo de Vaasa sort finalement son premier et unique album courant '95 chez Invasion Records. Ce mystérieux A Leftover représente parfaitement le caractère atypique de Vomiturition. En effet, la musique du groupe se situe à cheval entre le Death lourd et oppressant de la scène nationale et le coté plus mélodique de la scène suédoise. Tantôt frénétique, tantôt plombante, la rythmique est souvent nimbée de double kick, et le riffing très grave est sublimé par les nombreux leads très mélodiques. Ceux-ci rappellent évidemment Dismember mais parfois aussi le late-Bolt Thrower avec ce petit coté nostalgique. Vomiturition développe ainsi une musique assez ''posée'' aux ambiances raffinées mais sans jamais franchir la frontière du Death mélodique.

  • Cartilage : Formé en 1991 par des membres de Vomiturition, le groupe Cartilage connait une carrière d'à peine 2 ans. Je lui consacre tout de même un paragraphe à part entière car le quintette est, selon moi, l'auteur d'un des meilleurs splits de Death Metal du début des 90s : Ex Oblivione / The Fragile Concept of Affection. La partie Altar est enregistrée chez le fameux Dan Swanö (qui participe d'ailleurs pour quelques back vocals et nappes de clavier) tandis que la partie Cartilage est capturée dans un studio de Vaasa, leur ville natale. Sombre et morbide, le Death Metal de Cartilage est typique de l'école finlandaise. Un riffing lourd, des leads angoissants, des samples mystérieux, des vocaux rugueux (très puissants), tout y est. Mais les lignes de basse très marquées rappellent également Autopsy comme sur l'intro de The Underworld. Malgré un mixage approximatif, les compos de Cartilage renferment tous les éléments du FinnDeath traditionnel tout en gardant une certaine singularité. Et il en est de même pour la partie Altar (pas si suédoise que ça). Un split album d'une quarantaine de minutes qui mérite, selon moi, autant d'éloges que les full-lengths finlandais de la même période !

  • Necropsy : Ayant connu une seconde jeunesse au début des années 2010 avec leur premier full-length, Necropsy ont d'abord fait partie du paysage Death Metal du début des 90s. Avec une série de demos tapes enregistrées en 1990 et 1991, le combo de Lahti se fait remarquer par Seraphic Decay pour la sortie d'un split avec Demigod suivi d'un EP 7'' en 1992. Leur style est cependant encore trop éloigné des standards du Death finlandais. Beaucoup plus brut et rentre-dedans, Necropsy mise plutôt sur le groove et la violence que sur l'atmosphère et le feeling. On a tout de même quelques interludes, leads sensibles et passages plus travaillés mais ce groupe est plutôt à conseiller aux amateurs de Death Metal simple et efficace.

  • Interment : Tout le monde connait les Interment suédois, mais les Finlandais ont eux aussi eu leur petite heure de gloire. Toute proportion gardée bien entendu, la carrière du groupe fut très brève. En effet, le combo de Paimio n'enregistre que 3 petits titres courant décembre '90 pour une sortie demo tape qui attire l'attention de l'éphémère écurie ComeBack Records. Le label de Turku décide de rééditer cette demo sous forme d'EP 7'' en octobre '91. Ce sera la seule sortie officielle d'Interment mais également la seule sortie du label hors Xysma. Intitulé Lie Here After, cet EP bénéficie d'une bien meilleure production que sa précédente incarnation en demo. Cela atténue d'ailleurs un peu le coté gras et putride de la musique du groupe, mais la qualité est là. Composé en partie par Samppa Haapio (premier guitariste de Funebre), le style de Interment est foncièrement ancré dans la sphère FinnDeath mais possède ce groove si typique du groupe susmentionné. Le premier titre Development Defect résume très bien mon propos, intercalant passages blastés et parties ultra groovies en y incorporant des leads finlandais typiques et des vocaux putrides et extrêmement gras. Haapio va même jusqu'à ajouter quelques soli du plus bel effet (Development Defect, Negative Rapture). Malheureusement, le manque de reconnaissance dans cette sphère Death finlandaise en plein essor ne pousse pas le groupe à continuer. Interment splitte donc quelques temps plus tard, laissant derrière lui ces trois titres d'un Finnish Death Metal des plus prometteurs...

D'autres réalisations plus anecdotiques comme la demo Gods... de Agonized, l'EP Scorched de Excrement, les demos de Festerday ou les travaux de As Serenity Fades, Paraxism ou Wings (tous dans un registre différent) sont également à conseiller aux plus archéologues d'entre vous.

 

L'explosion du Death Metal aux quatre coins du globe à la toute fin des années 80 n'aura donc pas épargné la Finlande. Et ce petit pays, en plus de nous révéler d'excellents groupes musicaux, aura en plus bénéficié d'une unité et d'une certaine homogénéité au sein de sa scène extrême. Cette ''patte'' finlandaise se sera donc de plus en plus affirmée au fil des années, ce qui aura aboutit plus tard à cette appellation de Death Metal ''finlandais''.

Mais d'autres courants se sont également développés au sein de cette scène. Et notamment dans la veine Death Grind. C'est ce que nous verrons dans la partie 2 de cette rétrospective...

Partie 2 ici.

Partie 3 ici.

Live report.

Interview.