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Album

02/11/15 - S.A.D.E

Shining

International Blackjazz Society

LabelSpinefarm
styleBlackjazz
formatAlbum
paysNorvège
sortieoctobre 2015
La note de
S.A.D.E
9/10


S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Déjà cinq ans que Munkeby et sa bande sont entrés dans le cycle blackjazz avec l'album du même nom et en cinq ans, Shining est devenu un incontournable de l'avant-garde dans la scène metal. Si le Live Blackjazz avait encore poussé plus loin l'aspect freejazz chaotique, l'album studio suivant, One One One, avait tapé dans le format hit en puissance pour un résultat toujours aussi intéressant. Et nous voilà donc en 2015, avec International Blackjazz Society qui sort après un changement de label (passage de Indie Records à Spinefarm) et de line-up (nouveau claviériste et nouveau batteur), et qui, comme l'indique son titre, perpétue le cycle blackjazz.

Pour entrer dans le club, il faut bien évidemment passer l'admission et c'est ce que propose le titre d'intro, Admittance, une épreuve qui, si elle rebute l'auditeur par son côté freejazz total, fera son boulot de videur à l'entrée de la boîte. Mais dès The Last Stand, on retrouve une rythmique plus carrée et une bonne grosse batterie comme le groupe les aime. Ca claque bien fort et bien lourd. Déjà les synthés s'affolent en arrière plan, pendant que les guitares font monter la tension jusqu'au refrain. Ici c'est groove total, impossible de ne pas se prendre au jeu. Avec ce premier titre, Shining repart sur le format de One One One, du tube efficace qui ne peut que faire mouche. Le sax de Munkeby vient faire partir le tout en sucette sur un pont encore une fois assez barré. On se retrouve dans ce International Blackjazz Society en terrain connu, pas de surprise monstrueuse, Shining fait ce qu'il sait faire de mieux et ça fonctionne toujours aussi bien.

Que ce soient les passages bien énervés où la pulsation est entrainante (The Last Stand, Burn It All, Need) ou sur les morceaux vraiment orientés freejazz bordélique (House Of Warship, Thousand Eyes), c'est la branlée permanente. Techniquement c'est toujours aussi impressionnant, les parties de synthés retournent le cerveau, la batterie arrive à surprendre régulièrement et puis l'arme fatale, la botte secrète, le talent caché, appelez-le comme vous voulez : ce foutu sax, mais qu'est ce que c'est jouissif, bordel ! Chaque fois que débarque l'instrument c'est le délire total, Munkeby s'appuie sur le propos dense qui l'accompagne pour se propulser dans la stratosphère à grand coup de soli délirants. La production, de Sean Beavan cette fois, est, comme toujours, un point très fort de l'album et fait montre d'une précision absolument nécessaire pour qu'une musique aussi riche et complexe puisse vivre et être vécue pleinement.

Si les moments grandioses se comptent par pelletés sur cet album, ma préférence va à l'enchaînement Thousand Eyes/House Of Warship. Le premier démarre sur les chapeaux de roue dans un bordel débridé avant de se calmer un temps pour lâcher un riff en béton sur les curieux qui traînent. Tout au long du morceau, hors de ce riff monolithe et mono-note, on sent le chaos qui affleure, prêt à sortir de sa tanière quand le moment sera le plus opportun. Encore une fois le sax fait des miracles en milieu de morceau, puis solo de batterie qui pète la barque, purement jazz dans l'esprit, bien lourd dans sa réalisation, excellent avant-goût du bordel qui vous attend sur la fin du titre. Les synthés saturent, la guitare lâche des accords gros comme des camions et un dernier larsen nous mène jusqu'à House Of Warship. Et là les enfants, mangez vos cerveaux, gardez vos tympans et attachez vos ceintures : quatre minute trente de pure expérimentation freejazz où c'est la surprise à chaque instant, on ne sait pas ce que nous réserve la seconde suivante. La batterie est complètement déstructurée, le sax plane à des années-lumière de chez nous et on voyage dans cette instabilité précaire qui vous entraine malgré vous dans la folie totale. Eprouvant et orgasmique.

Une guitare en retrait et le chant mis en avant, le début de House Of Controle laisse planer un malaise, avant un refrain qui sonnerait presque pop en désépaississant le son de guitare et de batterie. Ce morceau reste sur un tempo constant et plutôt lent, l'ambiance est vraiment différente du reste de l'album et de ce fait un peu surprenante. Aux premières écoutes il peut même sembler un peu déplacé mais au fil du temps il trouve largement sa place, offrant un espace (un peu) plus aéré pour reprendre son souffle.

International Blackjazz Society est un peu le chaînon manquant entre Blackjazz et One One One. L'aspect complètement taré du premier album est présent, tout comme l'efficacité immédiate du deuxième, pour un résultat équilibré et réussi. Toujours à la pointe de l'avant-garde, Shining arrive à composer des hits en faisant les choix qu'il faut pour que ça claque (cette cloche au début de Need, ultime !). Si le terrain de jeu du groupe est maintenant balisé par les efforts précédents, les limites sont tellement larges que la surprise est presque intrinsèque à la musique et c'est ce qui fait tout l'intérêt de Shining.

Tracklist : 

1. Admittance
2. The Last Stand
3. Burn It All
4. Last Day
5. Thousand Eyes
6. House Of Warship
7. House Of Control
8. Church Of Endurance
9. Need

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