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vendredi 2 octobre 2015 - Dolorès

Amenra + Regarde Les Hommes Tomber

L'Astrolabe - Orléans

Dolorès

Non.

L'Astrolabe, c'est une petite salle fort sympathique à Orléans assez peu simple à trouver. Après avoir tourné autour de la patinoire du coin pendant un bon moment, on se retrouve avec mes compagnons nantais devant, puisqu'il semblerait que la salle soit bien localisée dans le même bâtiment. Une bonne surprise tout de même lorsque, une fois montés des escaliers sans fin, on découvre un espace franchement pas mal agencé. Un grand couloir avec vestiaire et compagnie, un petit espace merch, une salle d'une capacité d'environ 180 personnes, un peu plus grande (en réalité, plus large) que la Scène Michelet pour ceux qui connaissent nos salles nantaises. Une scène juste assez haute pour surplomber l'ensemble. Reste le souci du bar, où il faut apparemment payer l'adhésion à l'association pour pouvoir consommer quoi que ce soit, même du soft...

 

REGARDE LES HOMMES TOMBER
 

C'est au premier rang que j'assiste à la performance de RLHT. Pour placer le cadre, je ne les ai vus qu'une seule fois à Nantes dans une salle blindée et présentant un album qui me plaisait peu. J'ai entre temps changé d'avis sur le groupe qui nous propose aujourd'hui un nouvel album pire qu'excellent avec un nouveau frontman face à nous. Le show laisse présager une bonne majorité de titres tirés du nouvel opus, mais pas que. S'il est évident que le concert s'ouvre sur "L'Exil", bien plus explosive en live que sur album par ailleurs, et s'enchaîne sans temps mort sur "A Sheep Among The Wolves" ou le tube du groupe, RLHT n'hésite pas à incorporer quelques titres de l'album précédent. Sans hésitation, j'ai une préférence pour les titres de "Exile", mais il faut avouer que tous passent indéniablement très bien en live, sans qu'on ait aucun souci de cohérence. Les différences de son ou de chanteur, propres à chaque album, ne sont plus un problème une fois que les morceaux gagnent la scène. Le nouveau chanteur assure son rôle à la perfection, jouant à la fois avec une attitude très imposante et les jeux de lumière qu'il commande à ses pieds. On alterne alors entre un groupe massif, noir et sale sur des passages lourds, peu éclairés, et des élans beaucoup plus agressifs et haineux, martelés de stroboscopes.

A ma grande surprise pour une salle de cette taille, le son est excellent et permet de s'immerger totalement dans les compositions solennelles du groupe. Que dire de la cloture hallucinante de la prestation sur un "The Incandescent March" maîtrisé et que le public se reçoit en pleine face, avec une puissance monstrueuse ? On notera que les musiciens ne semblent pas déstabilisés par ce qui semble être une coupure liée à une alarme de la salle, ou encore "regarde les cymbales tomber" en plein morceau.
Reste que le public n'est absolument pas adapté. Ca se pousse dans tous les sens, on dirait une bande de lycéens qui découvrent la musique un peu extrême et n'ont jamais expérimenté le fait d'être complètement absorbé intérieurement par un groupe. Selon moi, RLHT ce n'est absolument pas ça, et encore moins Amenra. On finit le concert à moitié handicapée à force de me faire écraser contre la scène, mais malheureusement l'irrespect débute seulement.

Setlist :
1. L'Exil
2. A Sheep Among The Wolves
3. Wanderer Of Eternity
4. Ov Flames, Flesh And Sins
5. Embrace The Flames
6. The Fall
7. Thou Shall Lie Down
8. The Incandescent March


 

AMENRA

C'est devant un public qui se permet toutes sortes de discussions et de rires très sonores qu'Amenra ose tout de même débuter son set. Malgré l'effet très prenant et ritualiste de l'intro de "Boden", débutée par le chanteur à genoux et le batteur cognant des barres métalliques sur un rythme lancinant, ainsi que les remarques qui demandent à certains de se taire, une bonne partie du public ne semble pas se sentir concernée par l'idée de manifester un minimum de respect au groupe qui tente de nous faire entrer dans son univers.

Si cela durera une bonne partie du set pour quelques cas isolés, la plupart comprendront très rapidement qu'on est absolument pas là pour s'amuser lorsque "Boden" écrase tout à coup toute l'assemblée, nous offrant un son absolument monstrueux qui absorbe en l'espace d'une demi-seconde tous les esprits présents. Sincèrement, je n'ai jamais vu un son aussi prenant pour une salle de ce type. C'est bien plus qu'appréciable pour un groupe comme Amenra qui nécessite de sentir complètement plongé dans leur univers, hypnotisé par les gesticulations du chanteur qui nous tourne le dos pendant les 3/4 du concert, pris dans l'atmosphère froide des projections en noir & blanc qui encadrent le groupe.

On pourrait résumer cette prestation par "voilà la définition même de ce que c'est de jouer avec ses tripes". Les choix réalisés pour constituer de la setlist sont tout à fait pertinents, on a uniquement des titres qui fonctionnent bien entre eux, des plus connus aux plus intenses. Je reste déçue de voir qu'ils ne jouent pas l'intro de "Nowena | 9.10" qu'ils entament sans prévenir, ou encore qu'ils laissent de côté un titre comme "De Dodenakker". Ils jouent tout de même trois titres issus de "Mass IIII", et pas n'importe lesquels. Entre le final sur un "Silver Needle. Golden Nail" torturé, le début de set marqué par "Razoreater" et ses explosions constantes, et le favori d'un grand nombre de fan "Aorte. Nous Sommes Du Même Sang"... Que peut-on reprocher à Amenra ? Même l'attitude haineuse du chanteur envers le public est plus que compréhensible dans les conditions présentées plus haut.

Le départ hâtif du groupe sur scène, sans rappel au bout de moins d'une heure, et la colère du chanteur contre une partie du public, a donné l'impression à beaucoup de monde que la setlist avait été amputée d'un titre. Ca n'a finalement pas été le cas, mais il est tout de même difficile de retourner à la réalité, et aux musiques d'ambiance de la salle après un tel set complètement surnaturel. Il s'agit, pour moi, d'un de mes meilleurs concerts de l'année, grâce à ces deux excellentes prestations qui se complètent à merveille.

Setlist :
1. Boden
2. Razoreater
3. Terziele
4. Nowena | 9.10
5. Aorte. Nous sommes du même sang
6. Am Kreuz
7. Silver Needle. Golden Nail



Certains sont venus des Pays-Bas pour ce concert et en sont ressortis avec autant d'étoiles dans les yeux que les autres. Finalement, un Nantes-Orléans ce n'est pas grand chose à côté, 3 à 4h pour assister à une telle soirée (un peu plus lorsqu'on n'est pas loin de mourir à cause d'un sanglier qui traverse la route ou qu'on tombe en panne 2h au Mans, mais c'est une autre histoire).

Chronique : Regarde Les Hommes Tomber - Exile

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