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lundi 6 juillet 2015 - Nostalmaniac

Tentation

Patrice "Darquos" Rôhée et Laurent Metivier

Nostalmaniac

Le Max de l'ombre. 29 ans. Rédacteur en chef de Horns Up (2015-2020) / Fondateur de Heavy / Thrash Nostalmania (2013)

Du haut des Pyrénées, Tentation compte bien faire flotter l'étendard du Heavy Metal tricolore. Un premier EP 6 titres vient de sortir chez Infernö Records et Impious Desecration Records
Entretien avec le vocaliste Patrice "Darquos" Rôhée et le batteur Laurent Metivier.
Notre chronique est disponible en cliquant par ici.

Salut Patrice et Laurent. Pour commencer, pouvez-vous nous faire l'historique de Tentation ? Qui a eu l'idée de fonder ce groupe ?

Patrice : Salut à toi et aux lecteurs de Horns Up. Tout d'abord, merci pour ta chronique, nous avons été touchés par ta sensibilité. Le groupe a été fondé en 2012. Après pas mal d'années d'inactivité musicale, l'idée de monter un groupe de Heavy Metal avec des zikos de Torreilles commençait à me trotter dans la tête. Après discussions, je me retrouvais derrière les fûts, Guillaume P., avec qui je partageais déjà des activités communes au sein de l'association PYRENEAN METAL, au chant et Guillaume D . à la guitare. Ils jouaient également tout les deux dans O.C.D, un groupe de Heavy Metal des Pyrénées-Orientales. C'est avec ce line-up que nous avons commencé nos répétitions sans trop savoir vers quoi ça allait nous mener... Comme beaucoup de groupes à leurs débuts, nous travaillions des reprises en attendant d'avoir nos propres compositions. Le premier titre que le groupe avait réussi à caler était « Heavy Metal Queen » de Trance... Puis est venu le moment de la composition de notre premier titre. Je m'y suis collé en m'enfermant dans la chambre de ma fille (rires). Le morceau « Bruixes » était sur les rails. Mon beau frère, Moya B. est un musicien vraiment doué. Nous lui avons présenté ce premier jet et l'avons retravaillé ensemble afin de faire un premier enregistrement « brouillon » qui servirait de base de travail. Comme j'avais une idée précise de ce que je voulais au chant, j'ai aidé Guillaume P. à l’enregistrer. Le résultat fut qu'au final, après avoir fait écouter le son à nos amis métalleux, tous accrochaient sur mon chant. On a donc revu le lineup en plaçant Guillaume P. à la basse et moi au chant et à la batterie. Un deuxième morceau (Spectre de lumière) a vu le jour mais je commençais à me rendre compte de mes limites au chant. Il faut dire que je n'avais jamais chanté, ni même pensé le faire un jour... Il me fallait donc pouvoir me concentrer sur ce nouvel instrument. Laurent, qui venait de nous rejoindre dans l'aventure PYRENEAN METAL, a accepté notre proposition d'intégrer le groupe en tant que batteur. Le lineup actuel était alors en place. Après quelques cours de chants avec Xavier Mena, j'ai commencé à mieux maîtriser les techniques vocales. L'expérience de Laurent acquise dans ses différentes formations passées et présentes (Höly Ghözt, Sex God Missy, Bullshit Inc) a beaucoup apporté et les compos ont commencé, à notre rythme tout de même, à voir le jour. Pour conclure ce long historique, TENTATION c'est une histoire de potes, fans de Hard, qui ne souhaitent qu'une seule chose : s'amuser avec la musique qui leur brûle les tripes.

Votre premier mini vient donc de sortir chez Infernö Records et Impious Desecration Records. Comment s'est déroulé son enregistrement ? Vous aviez une idée précise du résultat ?

Patrice : Les avis ont divergé au départ. La toute première version de « Bruixes » a été enregistrée chez Moya B. J'en étais personnellement satisfait et nous avons donc enregistré de la même façon « Spectre de lumière ». L'idée était de mettre sur un 45 tours nos deux premiers titres. C'était en quelque sorte l'objectif principal du groupe. « Spectre de Lumière » a donc été enregistré mais Laurent, que je peux comprendre, n'était pas satisfait du résultat. Batterie électronique, amplis virtuels, etc... Pour lui, le résultat final manquait de feeling, de naturel. Il a donc proposé de tout reprendre en live au local de répétition avec du matos plus traditionnel. En mars dernier, on enregistrait, avec Laurent et Guillaume P. aux manettes et quitte à le faire, autant en profiter pour tout enregistrer. Ce sont donc 6 titres qui ont été mis sur pistes. Un travail énorme ensuite pour Laurent qui s'est occupé des premiers mixes avant de remettre les morceaux entre les mains de David Genet du Studio Cochise (USA) qui en a fait ce que vous pouvez entendre aujourd'hui. Je tenais à le féliciter pour son travail. Nous n'avons pas été simples car en effet, nous savions précisément ce que nous voulions : sonner comme nos groupes préférés de Hard français ou plutôt comme la musique que l'on écoute depuis des années. La collaboration avec Fabien de Infernö Records et Olivier de Impious Desecration Records s'est ensuite faite très naturellement... Quand des passionnés parlent avec d'autres passionnés, l'alchimie prend et la magie opère. On les remercie vivement de la confiance qu'ils ont donnée au projet.

Il semble évident que Sortilège et ADX, la fine fleur du Heavy Bleu-Blanc-Rouge, vous ont influencés mais une grande sincérité se dégage à l'écoute de ce premier EP. Néanmoins, n'avez vous pas peur d'être catalogué comme un simple groupe « revival » ?

Patrice : Il y a dix ans nous parlions déjà de « revival » ... J'ai l'impression que pas mal de gens (surtout en France), se réveillent en 2015 ! Ce n'est pas un reproche, bien au contraire, j'en suis le premier ravi car les choses évoluent mais c'est vrai que l'on écoute du Heavy Français partout dans le monde depuis de nombreuses années ! Je me rappelle avoir, il y a une dizaine d'années, perdu beaucoup de temps sur les forums à expliquer à des « fans » de Metal que certains pays avaient leur propre tradition du Heavy Metal. On connaît la singulière vague anglaise, le son allemand, la couleur particulière du Heavy scandinave, le Heavy espagnol, celui des pays de l'Est, US, etc... Ces personnes restaient butées dans un discours prônant l'ouverture d'esprit, qui leur faisait penser qu'il ne fallait surtout pas ranger la musique dans des cases... Après quelques années, j'ai stoppé le débat... Ce qui me fait plaisir aujourd’hui c'est que cela semble être une évidence pour tout le monde et c'est tant mieux. C'est que la culture du Metal s'est démocratisée et qu'elle commence à faire son chemin. La France se débarrasse enfin des lourds clichés qui ont causé la mort du Hard dans l'hexagone. Le Metal c'est bien, le metal c'est culturel, le metal attire beaucoup de gens bien placés dans notre société. Donc revival pour certains ou groupe traditionnel pour d'autres, ça n'a pas vraiment d'importance.

Quelles sont vos autres influences ?

Patrice : Cela résulte de l'attention avec laquelle nous écoutons tous notre stock de LP de Heavy Metal. Je pense que ça devait marcher comme ça également dans les années 80, d'où le nombre impressionnant de groupes sortis rien qu'en France. A l'époque, les jeunes étaient encouragés par les MJC et lycées pour s'exprimer par le biais de la musique. C'est quelque chose qui a disparu... Pour l’anecdote, j'ai été animateur au Point Jeunes de Torreilles. J'y avais créé un atelier de musique et les gamins jouaient ensuite sur scène à l'occasion d'une fête locale. Guillaume P. a commencé la musique de cette façon. Pour en revenir à l'époque, les jeunes devaient vouloir tous faire comme les grands qui jouaient à l'US FESTIVAL (Ndlr : un gros festival américain début 80 qui réunissait des groupes Rock, New Wave et Heavy Metal) par exemple, et, entraînés par la motivation, ils montaient un groupe avec leurs potes. Musicalement je pense que Guillaume D. se laisse guider par les groupes dont il est fan (Judas Priest et Enforcer). Laurent adore le son et l'attaque à l'allemande. De mon côté et celui de Guillaume P. ce sera plutôt Ponce Pilate pour son ambiance occulte, Blasphème, Sortilège et Voodoo Child pour le chant.

On peut dire, sans vous faire injure, que la moyenne d'âge de Tentation n'est pas vraiment de 18 ans. Est-ce un atout ?

Patrice : Ni un atout, ni un inconvénient. Tout comme le jazz, on peut dire aujourd'hui avec fierté que le Metal n'a plus d'âge.

Laurent : On va dire qu'on a trouvé une formule assez spéciale dans le groupe puisque les « gamins », comme je les appelle affectueusement, ont un peu plus de 20 ans, Patrice fera ses 40 en août et j'ai moi-même 42 ans, nous ne sommes donc pas du tout de la même génération mais avons tous les quatres une réelle passion pour le Heavy Metal, pas depuis le même nombre d'années mais elle est réellement sincère. Personnellement, je trouve que c'est un atout d' avoir ces jeunes loups à nos côtés, pleins de vie et de hargne. De plus, les plus jeunes se servent aussi de notre expérience antérieure, on peut les conseiller sur certaines choses, les erreurs à ne pas faire (et que nous avons faites à leur âge), j'ai par exemple beaucoup guidé Guillaume Dousse sur ses prises de guitare, surtout au niveau de certains solos pour qu'il soit un plus fou dans son jeu, qu'il prenne certains risque en ayant une vision nouvelle. Après, je peux t'assurer que les plus vieux ne sont pas les derniers pour la déconne non plus et que les gamins n'ont qu'à bien se tenir ! 



Justement, de quel œil voyez-vous toutes ces jeunes formations comme Enforcer, Air Raid et Skull Fist. Ce regain d'intérêt pour le Heavy Metal dit traditionnel ne te paraît-il pas opportuniste ?

Patrice : Bien au contraire, je les suis de prêt et les fais même jouer dans le cadre de nos organisations. Opportuniste non, à partir du moment où la démarche est sincère. Il y a bien sur un revers à la médaille de tout cet enthousiasme. Tout comme le Thrash et le Death il y a peu, le Heavy voit apparaître de nombreuses formations. Difficile pour le fans de tout suivre et les bons groupes sont noyés dans la masse. Résultat, on s'y intéresse moins jusqu'à laisser tomber le style pour un autre. Heureusement, les vrais passionnés maintiennent les styles en vie ce qui leur permet de revenir un jour.

Comment se porte le Metal dans les Pyrénées ? Les concerts en particulier ?

Patrice : Certaines associations se bougent et mettent en place des concerts intéressants. Je ne parlerai que de la voie traditionnelle, car les autres je ne les connais pas, mais nous avons par exemple les HEAVY METAL RITUAL sur Tarbes, le METAL COVA à Barcelone, le Secret Place de Montpellier qui accueille de temps en temps de bonnes tournées et TOULOUSE CRUST qui se démène pour le milieu de l'underground depuis pas mal d'années. De notre côté, nous organisons depuis 2007 des concerts sur les Pyrenées-Orientales avec l'association PYRENEAN METAL et, nouveauté 2015, la mise en place d'un festival de Heavy Metal Traditionnel le PYRENEAN WARRIORS OPEN AIR.

Vous pouvez nous parler un peu plus du Pyrenean Warriors Open Air ?

Oui ! Il se déroulera le 12 septembre 2015 à Torreilles. Sur le site de Juhègues, à 4km de la plage, en pleine nature avec un espace camping gratuit pour les festivaliers. Sept groupes sont à l'affiche : Tokyo Blade, Iron Angel, Atlantean Kodex, Lonewolf, Hitten, Witchtower et Iron Slaught. Nous avons misé gros sur ce festival avec le soutien heureusement, de la mairie de Torreilles et de nos partenaires. C'est une grande aventure humaine et nous espérons que les résultats seront positifs afin d'envisager la seconde édition ! Nous avons plus que jamais besoin de soutien !

Question de passionné : quelles sont vos préférences en Heavy Metal français ?

Patrice : Comme je ne vais citer que des vieux groupes je vais pouvoir en mettre plus que cinq, ils ne m'en voudront pas hé hé. Il n'y pas d'ordre de préférence mis à part pour Sortilège qui, comme Iron Maiden à l’international, gardera toujours sa place de numéro un. Sinon, Métamorphose de Sortilège, Les enfants du cimetière de Ponce Pilate, Condamnés de Malédiction, Danger de vie de Killers et Attaque de H-Bomb.

Laurent : Je citerai également Condamnés de Malediction, cet album est bougrement redoutable, et à tous les niveaux, textes, constructions des morceaux puis aussi Métamorphose de Sortilège qui est un momument du Heavy Metal français.

Revenons-en à votre mini, on peut y trouver quelques références à la culture catalane. Comptez-vous développer cela à l'avenir ? Un peu comme le fait Killers avec des paroles en basque.

Patrice : J'aurai aimé mais je ne peux chanter qu'en français. C'est la seule langue que je maîtrise assez. Pas question pour moi de chanter dans une langue qui ne m'est pas naturelle. Au moment de l'écriture des paroles, j'essaye de trouver des histoires issues de nos légendes pyrénéennes. Pour le moment l'inspiration n'a pas été assez.... convaincante ! (rires)

Qui s'est chargé de la cover assez réussie ?

Patrice : La prise de vue et le travail d’infographie ont été réalisés par une amie, Mylène (http://www.blacksshark.com). J’avais une idée assez précise de ce à quoi devait ressembler la pochette et c’est avec une totale confiance que je lui ai confié la mission de la réaliser. Faut dire que ses travaux sur des séries comme « Memento Memori » ou « Ritual Initiation » collaient parfaitement à ce que je cherchais. Je savais donc que le résultat serait à la hauteur de mes attentes. Elle a une vision et une sensibilité occulte dans son art qui me parlent beaucoup. Je lui ai juste demandé de ne pas abuser des effets « Photoshop » qui auraient donné une approche trop « moderne ». J’aime quand le graphisme reste simple et efficace, sans fioritures. Mylène avait déjà travaillé pour l’association Pyrenean Metal en réalisant son logo. J’en profite également pour remercier Charlène, la modèle.



Il vous paraissait important de reprendre un morceau de H-Bomb (Double-Bang) ?

Patrice : Important non, ce n'est pas le terme. Nous aimons tous sans exception ce titre et le groupe, voilà tout. Dizzie (Ndlr : Didier Izard, vocaliste historique de H-Bomb) a été adorable en nous laissant la possibilité de le faire. On l'en remercie d'ailleurs.

Quels sont vos projets pour le futur ? Un premier album est déjà en préparation ?

Patrice : Nous avons une nouvelle composition sur les rails. Après, on verra. Pas de pression, c'est la règle d'or du groupe. Chacun à son rythme, le groupe y compris.

Un festival comme le Keep It True, en Allemagne, ça vous parle ?

Patrice : Oui bien entendu ! Je m'y rends chaque année depuis 2008, Laurent et Guillaume P. ont suivi peu après. C'est un superbe festival qui laisse des souvenirs impérissables dans la tête. Je pense que Oliver (Ndlr : Weinsheimer, organisateur du festival) a énormément contribué au regain d'intérêt du Heavy dans le monde.

Je vous laisse le mot de la fin ! Merci à vous.

Patrice : C'est moi qui te remercie. Nous continuerons à travailler avec le même feeling, dans le même esprit. Si ce n'était pas le cas, nous arrêterions le projet sans regret. C'est déjà tellement incroyable d'avoir sorti ce MLP ! Merci aux personnes qui nous ont suivis et à celles qui nous soutiennent ! Merci aux bigourdans sans qui, le Metal par chez nous n'en serait pas là aujourd'hui !

Laurent : Je remercie aussi tous ceux qui nous soutiennent depuis la sortie du EP, nous sommes très reconnaissants de cet enthousiasme assez étonnant pour notre part, merci enfin à Olivier d' Impious Desecration et Fabien d'Infernö.

Propos recueillis les 4 et 6 juillet.