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Album

28/03/15 - DarkMorue

The Monolith Deathcult

Bloodcvlts

LabelSeason of Mist
styleTrololol Pouet Pouet Death Metal
formatEP
paysPays-Bas
sortiemars 2015
La note de
DarkMorue
7/10


DarkMorue

Un mec qui écrit des trucs.

Se foutre ouvertement de la gueule de tout le monde avec classe et panache n'est pas toujours une chose aisée. The Monolith Deathcult sont pour moi les plus grands trolls de la scène Metal actuelle, sans aucune forme d'hésitation. Quand on joue sur des terrains si glissants, il est facile de tomber dans la beauferie ultime, céder à la facilité et gerber connement sur tout ce qui nous tombe sous la main. Mais nos Hollandais savent faire, ils ont ce putain d'art sur le fil qui change tout. Depuis 2008 le projet part un peu en couille, et leur dernier "Tetragrammaton" en date avait outrepassé toutes les limites tendancieuses qu'ils s'étaient fixées. Pas du tout leur meilleur opus, mais assurément ce qu'on peut trouver de plus grinçant sur le marché. Samples second degré total, paroles aberrantes, trailers géniaux, interviews titanesques, mais malgré tout une musique qui suit quand elle tente de le faire, en bon gros blockbuster testostéronné over-the-top (tout ce qu'on attend d'un groupe qui a revendiqué avoir vendu son cul pour la masse et fournit désormais ce que les gens attendent de ce genre de conneries superficielles). Bref, à grands coups d'Indus, de Transformers et de voix off qui arrive pas à prononcer le nom de l'album, on avait rien compris en 2013, ça égalait pas les chefs d’œuvres qu'ont été l'énorme "The White Crematorium" et la virée un siècle en avant qu'est le titanesque "Trivmvirate", mais avoir de cette manière un groupe totalement à part et troll dans le paysage morne du Death, ça fait pas de mal.

Et là, en 2015, les voilà avec ce faux nouvel EP. Nouveau car proposant du matos tout juste enregistré, mais faux parce que ce sont des réenregistrements à moitié cachés. Ils nous avaient prévenus en décembre sur le contenu de l'EP, maintenant la promo se fait de manière plus discrète, sarcastique et grinçante comme à leur habitude. Ce "Bloodcvlts" n'est en vrai que nouvelles versions et remixes, avec six premiers titres consistant en fait en des versions actualisées de morceaux issus de leur premier album de 2003, "The Apotheosis", désormais totalement sold out partout, ainsi que deux versions alternatives de titres plus récents. Et comment dire. C'est exactement ce dont on a l'habitude chez eux maintenant. Du pur Haters Gonna Hate Metal. On reprend de vieux titres et on en fait n'importe quoi, on les allonge, on les dope, on les bourre de samples et on les défigure dans des nouvelles versions totalement méconnaissables si ce n'est les riffs principaux. Quand "The Apotheosis" est sorti, le groupe était considéré comme un des plus brillants suiveurs de NILE, blastant sa race et transpirant d'une humilité dont on ne trouve plus aucune trace aujourd'hui. Et pris dans cette optique, "Bloodcvlts" est juste une énorme quenelle glissée à cette époque révolue. Pour changer.

Et fallait bien modifier les titres des morceaux aussi hein, sinon c'est pas drôle, les gens se rendraient plus vite compte de la supercherie et on verrait des chroniques pertinentes se pointer sur le net (nan mais les fourbes quoi). "The Malleus Maleficarum Maniscrit" devient "Der Hexenhammer", "The Desecration of the Black Stone" se transforme en "Reign of Hell" et se voit d'office jonché des samples technoïdes ornant "Wrath of the Baath", enfin voilà, on joue à cache cache quand on a pigé le truc. Mais merde, une fois digéré le bordel, y'a de quoi prendre son pied là dedans. Parce qu'on a juste affaire au son de The Monolith Deathcult tel qu'il est désormais, avec son armada de samples grandiloquents et sa dimension épique aberrante et abusée, mais sur des compos qui arrachent la tronche et foncent droit devant, chose qu'on avait totalement oublié venant d'eux. Et pis, le carnage qu'est "Doom of the Tawusé Melek" qui transforme "The Deserved Reputation of Cruelty" en un joyeux bordel de Metal de teuffeur avec des beats dégueulasses de partout entre les blasts est juste jouissif quand on a pas d'honneur. Certains hurleront au massacre d'un album qu'ils ont aimé, déformé par les conneries habituelles typiques de la manière dont ils ont viré, d'autres dont je fais partie écouteront ça avec autant de plaisir que les pistes originales, nettement plus Trues et Brutales mais tellement moins croustillantes... Enfin voilà. Disons que pour du réenregistrement et de la transposition, le taff est fait avec sérieux tant c'est un carnage intégral pour le meilleur ou pour le pire suivant vos goûts. On reprend la même chose, on le dope aux chœurs et au Pouet Pouet, on passe de pyramides de sang à la BO d'un Gladiator ayant Jim Carrey dans le rôle principal, et ceux à qui ça plaît pas peuvent bien se la carrer profond. Par contres les deux dernières pistes, j'hésite entre le génie et le foutage de gueule tellement c'est impardonnable.

Bon, d'accord, la version acoustique de "Den Ensomme Nordens Dronning" passe. Ce morceau, monumentale pièce épique et meilleur titre du groupe, y trouve une nouvelle couleur de par son dépouillement et ses vocaux incantatoires, mais c'eut été une composition originale qu'elle aurait été décrite comme nulle à chier de la part de tout le monde, qu'on soit d'accord. Par contre. La réinterprétation remix électro de "Todesnacht Von Stammheim". Juste. Sérieusement les mecs. Un remix électro pourri de votre pire morceau (revendiqué) détesté à l'unanimité. Transformer une catastrophe ressemblant à du sous-Rammstein en EBM du pauvre juste bon à danser la tecktonik électrogoth est un pari risqué dont je n'ai aucune idée des objectifs. C'est comme si Morbid Angel fournissait un remix Dubstep de "Radikult". Genre juste. Non. Le résultat est fluo, camé et profondément nul à chier, bon à passer en fin de teuf dans la forêt avec trois grammes dans le pif, de quoi rigoler un bon coup et se trémousser comme une merde, mais... Mais sérieusement les gars quoi. Non. Juste non. Vous pouvez pas vendre ça aux gens contre de l'argent. C'est juste pas possible. Vous visez pas Jacky Tunning comme public, ce genre de trucs est juste une blague d'un mauvais goût typiquement Germanique, mais ça a pas sa place sur quelque chose qui est pas gratuit quoi. Sérieusement les gars. Vous êtes des génies, je vous aime.

Donc voilà. Ce truc vaut pour ce qu'il vaut. Quelques 40 minutes au compteur, ce qui fait beaucoup pour un EP, aucun inédit mais uniquement des morceaux transformés, bref, y'a de quoi faire. On reconnaît tout mais on le redécouvre en même temps, avec une chute libre du bon goût par rapport à tous les originaux qui laissera sur le carreau tous ceux qui ne les suivent plus depuis une petite décennie. Bref, exactement ce qu'on en attendait. Et donc, moi qui doit encore mettre une note à un énorme foutage de gueule incroyablement bien branlé et plaisant à écouter, je suis encore bien emmerdé. On va dire que j'ai foutu un chiffre par défaut, mais qu'en vrai ça vaut bien LOL/10. Vous savez désormais où vous mettez les pieds, All Hail the Deathcult.

Tracklist

1. Reign of Hell
2. I Conquistador
3. Der Hexenhammer
4. Doom of the Tawusê Melek
5. Hangmen Also Die
6. GeneSYS
7. Die Waffe Mensch RMX (Schwarzblut Remix)
8. Den Ensomme Nordens Dronning (Acoustique)

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