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jeudi 5 mars 2015 - Gazag

Death DTA + Loudblast + Abysmal Dawn

Trabendo - Paris

Gazag

GazaG : En ce Jeudi 5 Mars, la capitale accueille une affiche résolument Death Metal. Après deux années sans avoir foulé les planches Parisiennes, Death DTA revient au Trabendo pour rendre hommage, une fois encore, à l’oeuvre de Chuck Schuldiner. Pour cette tournée, ils sont accompagnés de Loudblast, d'Abysmal Dawn, et de Massacre. Rétrospective d’une soirée paradoxalement calme et brutale.

Sleap : Cela fait maintenant plus de 3 ans que le projet Death to All a été mis sur pieds grâce à Eric Grief, manager de Death, et la plupart des membres ayant œuvré aux cotés du dieu Chuck Schuldiner. Me voilà donc de retour à Paris après un an d'absence pour assister à mon quatrième show de Death to All. Le line up regroupe cette fois-ci Gene Hoglan (batterie), Bobby Koelble (guitare), Steve Di Giorgio (basse) et Max Phelps (guitare / chant), tous réunis pour nous interpréter (en plus de nombreux autres classiques) l'atemporel album Symbolic dans sa quasi-intégralité, une tournée très spéciale donc inratable !

Pour cette occasion, le groupe est également accompagné d'Abysmal Dawn et de Loudblast. Je suis, comme beaucoup, un peu déçu du split de Massacre, qui étaient initialement prévu sur cette tournée, mais les ayant déjà vu l'an dernier (et vu la qualité de leur album comeback), je ne pense pas que leur prestation aurait été bien mémorable, surtout en première partie.

Dommage quand même, mais quoi qu'il en soit, c'est une bien belle soirée qui nous attend !

 

Abysmal Dawn

 

Sleap : La présence d'Abysmal Dawn sur cette tournée n'est, selon moi, pas anodine puisque Charles Eliott, le frontman du groupe, a lui-même officié en tant que chanteur / guitariste pour la toute première tournée de Death to All en 2012 ! Hélas, c'est à mon grand regret que j'apprends que les californiens jouent en premier ce soir, et mon train n'arrivant que relativement tard (et qui plus est avec une heure de retard), leur show (ainsi que celui de Loudblast) me passe donc sous le nez. Je relativise tout de même en voyant que leur setlist sera exclusivement composée de titres des deux derniers albums (qui sont ceux que j'aime le moins), mais bon, dommage tout de même !

 

GazaG : Et merde. Les horaires Parisiens sont, comme à l’accoutumée, très difficile à tenir. La montre affiche 19h30 et Abysmal Dawn a déjà fini son set. L’affiche annonçait Massacre en premier groupe, mais ces derniers ont annulé. Ainsi les Américains se doivent d’ouvrir en pôle position à 19h00, Dommage. Par les temps qui courent, il est rare d’avoir l’opportunité d’assister à des concerts de Death Technique. On repassera.

Pendant les balances de Loudblast, la salle reste bien remplie. Du daron affublé d’un T-shirt Voivod, au jeunot arborant des groupes de Thrash Death, en passant par le fan invétéré de Death approchant la quarantaine, on constate que la masse de spectateurs est très hétérogène.

Loudblast termine lui-même ses derniers réglages. Le groupe fait un aller-retour backstage pour virer les hoodies, et véritablement monter sur scène.

 

Loudblast

 

Sleap : Nos français ont bien de la chance d'être à l'affiche ce soir ! En effet, le groupe a dû mettre en place une opération de financement participatif (à hauteur de 4000 euros !) pour pouvoir participer à cette tournée. Au-delà de mon avis assez neutre sur Loudblast, je trouve tout de même cette initiative très osée de leur part. Comme si les fans, en plus de payer leurs places de concerts, le merch et la musique, devaient aussi financer le groupe pour qu'il puisse se produire en première partie de DTA. Si on a pas assez d'argent pour des dates aussi chères, on n'y participe pas et on se contente d'autres concerts... D'autant que Loudblast est assez renommé dans la scène Death Metal internationale et a largement la possibilité de se produire en festival ou même en tête d'affiche à divers endroits. Enfin bon, il faut croire que ça marche puisque le groupe a récolté quasiment 9000 euros...

Mais trêve de coups de gueule, venons-en au concert... Je laisse l'ami GazaG vous en parler d'ailleurs (eh oui, mon train n'est toujours pas arrivé à Paris)...

GazaG : La venue de Loudblast pour cette tournée était hypothétique. Ainsi le public Parisien s’en donne à coeur joie pour accueillir les vétérans Français. La formation, pionnière du Death Metal en France depuis 85, ne dégage aucune nostalgie quand elle monte sur les planches du Trabendo. Comme un bon vin qui se bonnifie avec le temps, Loudblast est toujours plein d’envie et d’euphorie sur scène. C’est pour cette raison que votre serviteur les préfère en live plutôt que sur skeud. Leur dernier passage au Hellfest avait confirmé l’efficacité de leur dernière galette en date : Burial Ground, bien que la configuration sous l’Altar diffusait un son dégeulasse. Ce soir, le show allait être de bien meilleure facture. 

Stéphane Buriez et ses potes entrent en piste et haranguent la foule, qui leur revoit les encouragements. Loudblast débute son set avec A Bloody Oath, qui affiche directement la couleur du concert avec ses tempos tantôt speedy et incisifs, tantôt lents et crades. Les premiers rangs martèlent les barrières de sécurité et moulinent de la tête. The Bitter Seed et The Abstract God enchainent et démontrent la constance du groupe à proposer des compositions toujours efficaces et rentre dedans.

A l’image du front-man déversant sa haine sur le public, on est porté par l’envie de casser des murs, à défaut de casser ses voisins dans la fosse. Le pubic est en effet assez calme en ce début de set. Ca se chamaille gentillement devant la scène, mais aucun départ de flamme à signaler. L’ambiance est plus à l’écoute et au headbanging, à l’opposé du divertissement proposé par le groupe.

Car assurément, Loudblast est très en forme ce soir. Cette date se situant au début de leur tournée, les musiciens sont frais et remplis d’énergie, qu’ils diffusent à l’audience. Le bassiste s’agite et le gratteux oscille entre heandbang frénétique et communion avec le public, un pied fiché sur l’ampli de retour. Quant au père Buriez, ses mimiques vindicatives contrastent avec ses salves de sourires envoyées à la fosse. Cependant, la médaille du plus motivé est décernée au batteur, Junior Rodriguez, véritable ressort sur pattes. Pour quel motif ? Le gars passera la quasi-totalité du concert à se trémousser derrière ses futs. Ses cheveux virevoltent au rythme des riffs, le jeu est ample et passionné. Quand l’opportunité de discerner un visage derrière son rideau capillaire se présente, on entrevoit un visage enjoué et déjanté. La performance est d’autant plus louable : en quatre répet's, ce dernier a mémorisé tous les morceaux !

Mais revenons à la musique avec le combo Presumption of Survival / Emptiness Crushes My Soul qui apporte un côté plus sombre aux coups de marteau qui nous sont envoyés. C’est noir, c’est lourd. Notons la constance de la formation à exécuter ses titres sans le moindre pain : la rançon de l’expérience. 

Loudblast opère une très courte pause, histoire de ne pas casser l’inertie violente du show. Disquieting Beliefs débarque avec ses riffs un poil plus mélodiques, qui nous renvoient à l’époque où mister Buriez avait encore les cheveux longs. Les premiers slams apparaissent et la hype gagne le batteur qui fait tomber le T-shirt. Bien qu’assez petit, le pit arrive à maturité et peut se regarder dans la glace. Le groupe quant à lui est très satisfait de l’ambiance qui se dégage du Trabendo.

Cross the Threshold et My Last Journey sont toujours aussi efficaces, et clôturent cette seconde moitié du set placée sous le signe de l’old-school. Les musiciens quittent la scène. Les trois quarts d’heure sont passés à toute vitesse.

Sous le drapeau austère et inquisiteur à l’effigie du défunt Death, les Francais n’ont pas à rougir. Loudblast ne semble pas atteint par le poids des années. Stéphane Buriez et ses larons conservent leurs lettres de noblesse en continuant de délivrer des prestations de qualité, avec enthousiasme et énergie.

Setlist :

A Bloody Oath
The Bitter Seed
The Abstract God
From Dried Bones
Presumption of Survival
Emptiness Crushes My Soul
Disquieting Beliefs
Cross the Threshold
My Last Journey

 
 

Death to All

 

Ce concert a été vécu depuis les seconds rangs de la salle, pour une version plus proche des musiciens et du pit, c’est avec l’ami Sleap juste après !

GazaG : Changement radical d’ambiance. Retenue et hommage sont de mise. Nous ne ferons pas l’affront de présenter Death. Sur scène, le drap noir couvrant la batterie vient d’être retiré. Des tiges d’encens sont fichées sur les amplis. Le lineup de ce soir est constitué de Gene Hoglan, Bobby Koelble, Steve Di Giorgio et Max Phelps. Des musiciens ayant officié au sein de Death, ou de projets liés (Cynic pour Max Phelps). La commémoration peut débuter. 

Death DTA se fait attendre et la fosse l’exprime en beuglant. Cette dernière est plus dense que pour Loudblast. Le Trabendo affiche à présent complet. Le groupe entre enfin sur scène, sous des lumières résolument sobres, et qui le resteront durant tout le concert. L’ambiance diffusée par les lampes oscillera entre des atmosphères tamisées et obscures.

A gauche de la scène, la basse fretless groove. The Philosopher est envoyé, tout comme le premier slameur. Les musiciens s’agitent, mais restent dans la retenue. Le duo Leprosy / Left To Die sonne comme un hymne, les zikos prononçant les paroles, même sans micro à portée. L’occasion de souligner que Max Phelps rend parfaitement hommage aux parties vocales et guitare du défunt Chuck, cité en cette fin de Left To Die et harangué par la foule. Trapped In a Corner se resent comme le témoignage du génie de composition qu’est Individual Thought Patterns. Cependant, autant qu’avec Loudblast, la voix aurait gagné à être mise plus en avant. 

De loin, le pit semble gagner en intensité. On remarque que la quasi totalité des slams ont été effectués par le même gus, ce qui agace les videurs. Dans les rangs du fond, on sent le public lié à la musique, mais dénudé de pulsions violentes, comme pris par le recueillement. 

1000 Eyes et son rythme en dents de scie envoie une énorme mandale au Trabendo. Steve Di Giorgio en profite pour ne pas oublier les deux extrêmes de la scène. Il est vrai qu’entre le bassiste viking, le guitariste dreadé et le batteur affublé de lunettes d’aviateur, le groupe forme un patchwork incongru. Reste Mr Phelps, dans un style plus classique, pour apporter un semblant de normalité à la composition. 

Faux départ des zikos pour Without Judgment, permettant au public de sourire et de sortir de l’atmosphère hypnotique regnant dans la salle. Qu’à cela ne tienne, les riffs au couperet du morceau nous remettent la tête la première dans l’ambiance. La reprise d’après break déboite tellement en live que cela devient hors de propos. Certaines compos de Death sont indéniablement intemporelles.

Le couple Spiritual Healing / Within the Mind est un vrai coup de massue, bien lourd et brutal. Les éclairages s’excitent un brin, mettant en lumière Gene Hoglan, martelant ses fûts avec décontraction, le style TopGun toujours affiché. Ce concert nous offre une large palette d’émotions.

On enchaîne avec Lack Of Comprehension qui, sans de bonnes balances, peut tourner au fiasco. Il n’en est rien. Le public reprend en coeur le refrain d’un titre technique qui prend à contre-pied avec plaisir, même en live et quand on connait le titre. Le patrimoine de Human est une nouvelle fois mis en valeur avec l’incisive Flattening of Emotion. Le pit s’active et augmente en intensité. Fini le recueillement, place à la violence. Max Phelps, planté dans le plancher depuis le début du concert, en profite pour se lâcher sur scène.

Il quitte d’ailleurs cette dernière pour laisser place à Steffen Kummerer, leader d’Obscura. La voix de ce dernier colle beaucoup plus avec celle de Chuck (période The Sound Of Perseverance). Sans crier gare, Symbolic est joué. La fosse devient folle. Les 6 minutes de ce morceau culte ravagent le Trabendo. Le public scande même certains riffs, à l’instar d’un Fear Of The Dark. Résolument un des moments forts de ce concert. Zero Tolerance justifie l’arrivée de Steffen et permet de se reposer après la claque de Symbolic. Bite The Pain est exécutée juste derrière et apporte un peu de fraicheur à une salle pendue aux riffs et descentes de fûts appliqués avec brio par les quatre zikos.

Fin. Death To All se retire. Mais personne n’est dupe. Après quelques minutes, le groupe fait son come-back-pas-du-tout-prémédité avec le retour de Max au chant. Zombie Ritual / Baptized in Blood sont exhumés de l’album Scream Bloody Gore et donnent au pit une dernière chance de s’exprimer. En effet, la violence va se faire beaucoup moins présente, car arrive Crystal Mountain. Ce petit bijou tient le public en haleine et élève l’ambiance du Trabendo au rang de mystique … jusqu’à l’inconditionnelle Pull the Plug de Leprosy, clôturant le concert en rappellant les origines de Death. La foule en redemande. Le groupe revient, non pas pour jouer mais pour remercier le public du Trabendo. Classe. L’insatisfait aurait rajouté Spirit Crusher à la setlist, mais ne commençons pas à pinailler.

Un concert de Death DTA est un concert spécial. Pas d’effusion de sang, pas de gros moshpits. Non. L’intérêt est ailleurs. Chuck Schuldiner, votre oeuvre à été brillamment célébrée ce soir. La messe est dite.

Sleap : Je déboule donc en courant dans la salle lors du solo de Trapped in a Corner et m'aperçois donc que le set a déjà débuté depuis plus de vingt minutes. Moi qui me réjouissais du retour d'Overactive Imagination dans la setlist, c'est râpé... J'arrive néanmoins à me faufiler jusque derrière le pit (assez mouvementé il faut le dire) et savoure les derniers instants de cette doublette extraite d'Individual Thought Patterns que je n'avais pas entendu depuis la toute première date européenne au Neurotic Deathfest 2013.

Steve DiGiorgio prend alors le micro pour annoncer la première doublette extraite de Symbolic, et dès le premier riff de 1000 Eyes c'est la liesse générale. Malgré le piètre agencement de la salle et la compression du public au centre de celle-ci, le pit est relativement grand et très agité. Une audience qui semble donc beaucoup plus réceptive qu'au précédent concert du groupe ici-même un an plus tôt. L'enchainement sur l'extrêmement rare Without Judgement (et je pèse mes mots, je ne suis même pas sur que Death l'ait déjà joué en live !), ne fait pas baisser la tension et ajoute même une forte dose d'émotion notamment grâce à son interlude mélodique si culte.

Je pense ne plus avoir besoin de décrire la dextérité du légendaire Di Giorgio, ni le jeu de batterie du père Hoglan (qui ne retirera ses Ray-Bans qu'à la toute fin du concert pour saluer le public, toujours aussi marrant !). Ce dernier nous démontre, en plus de sa fougue et de sa vitesse habituelle, un jeu tout en finesse et en subtilité lors des morceaux des derniers albums, Maestria !

Je constate peu à peu que le groupe ne compte finalement pas jouer l'album en entier puisque les autres morceaux de la setlist restent globalement les mêmes que lors du dernier concert, avec entre autres les medleys Spiritual Healing / Within the Mind et Zombie Ritual / Baptized in Blood (joué en rappel). Le public est néanmoins réceptif aux autres morceaux de la discographie (peut-être même plus que ceux de Symbolic), en témoigne l'intro de Lack of Comprehension ou le break catchy de Bite the Pain chantés à tue-tête par la foule.

Et alors que le groupe s'apprête à entamer la seconde doublette Symbolic / Zero Tolerance, Max Phelps se retire et laisse place à... surprise... Steffen Kummerer ! Encore... Décidément le leader d'Obscura rôde toujours dans le coin quand il s'agit de Death to All... Non pas que ça me déplaise, le bougre a quand même un timbre qui se rapproche franchement de celui de Chuck dernière période, mais bon je commence à être quelque peu lassé (d'autant plus lorsque celui-ci est en retard au niveau du débit sur plusieurs couplets).

Tous mes espoirs d'entendre Perennial Quest en live s'envolent définitivement lors du rappel sur Crystal Mountain, dernier titre de Symbolic joué ce soir. Je ne boude pas mon plaisir bien évidemment, surtout que l'ambiance est totalement folle en cette fin de concert, mais pour une tournée très attendue intitulée « Symbolic tour », je reste un peu sur ma faim. L'éternel Pull the Plug pour finir le show me fera (presque) passer cette frustration.

Ainsi s'achève mon quatrième concert de Death to All... Et bien que l'absence dans la setlist de Empty Words / Sacred Serenity et surtout Misanthrope / Perennial Quest (!!!) me soit resté en travers de la gorge, j'ai une nouvelle fois passé un très bon moment.

Même si elles sont loin d'égaler la mythique première fois au Neurotic 2013, je pense avoir apprécié cette date autant que la précédente fois au Trabendo (novembre 2013) et bien plus que celle du Hellfest 2014. Mais chaque show de DTA reste bien évidemment mémorable.

À tous ceux qui n'ont pas encore eu la chance de voir Death ou Death to All (pour les plus jeunes) en concert, ne loupez pas les dernières occasions car l'aventure se terminera probablement d'ici la fin de l'année, d'après Eric Grief ! Pour ma part, j'ai déjà hâte d'en reprendre une dose cet été au Brutal Assault et au Motocultor... L'expérience Death to All figurera à n'en point douter parmi les souvenirs de concerts les plus inoubliables de toute ma vie.

Merci à Garmonbozia, et au public venu en masse en ce jeudi soir. Merci à Mr Grief ainsi qu'aux nombreux musiciens ayant participé au projet, et bien entendu, merci à Chuck !

 

Setlist :

The Philosopher 

Leprosy / Left to Die
Suicide Machine 
Overactive Imagination 
Trapped in a Corner 
1,000 Eyes 
Without Judgement 
Spiritual Healing / Within the Mind 
Lack of Comprehension 
Flattening of Emotions
Symbolic 
Zero Tolerance 
Bite the Pain 

Zombie Ritual / Baptized in Blood 
Crystal Mountain 
Pull the Plug

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