Chronique Retour

Album

05/03/15 - Romain

Acid King

Middle of Nowhere, Center of Everywhere

LabelSvart Records
styleStoner Doom
formatAlbum
paysUSA
sortieavril 2015
La note de
Romain
9/10


Romain

Drogué alcoolique aimant les amplis qui vomissent des basses bien grasses.

Ils sont enfin de retour ! On n’avait presque plus envie d’espérer, mais voilà qu’Acid King revient 10 ans après III ! Une première interrogation peut déjà être soulevée : quel va être le résultat de ce nouvel album après une attente si longue ? On a déjà vu par le passé des groupes nous faire languir d’impatience pour ensuite nous offrir des résultats médiocres. Ce Middle of Nowhere, Center of Everywhere saura-t-il combler nos attentes ?

Je vous donne déjà une partie de ma réponse : non, l’attente n’a pas été vaine. Justifiée, je n’irai pas jusque-là. Mais le contenu musical livré ici est à la hauteur de ce que je désirais. Et pourtant, quand un groupe met autant de temps avant de nous livrer un album studio, j’ai souvent peur du résultat : je place la barre très haut mais je sais au fond de moi que les chances pour que le résultat atteigne cet objectif ne sont pas énormes. Cette fois-ci, mes objectifs n’ont pas seulement été atteints mais dépassés.

On sent tout d’abord une évolution dans le style d’Acid King, plus psychédélique et plus planant (si si, ils ont réussi à faire encore plus planant). Cela est en grande partie dû à la production, assurée encore une fois par Billy Anderson, ingénieur du son depuis les premières heures du groupe. Les deux morceaux d’ouverture Intro et Silent Pictures illustrent bien ce renouveau.  On commence par une piste instrumentale calme dont le riff principal sera rappelé pour le dernier Outro, instrumental également. Le morceau suivant permet l’entrée de Lori S. au chant. On constate que le son de sa voix est proche de celui que l’on pouvait entendre en live ces dernières années : couvert de reverb, de chorus, de delay… Cependant, contrairement à d’autres formations utilisant ce genre de traitement sonore, ici la voix n’est pas masquée et écrasée par tous ces effets. Le son est parfaitement maîtrisé, la voix est mise en valeur sans tricherie. Et c’est ce son de voix si particulier qui nous accompagnera durant tout l’album, constituant en grande partie l’identité du groupe. C’est plus hypnotique que jamais.
La guitare reste durant ce morceau en clean et réverbérée, appuyée par une section rythmique bien bourrine à la basse et à la batterie, ce qui contribue grandement à l’aspect psyché du trio tout en gardant sa lourdeur. La piste se termine en faisant s’en aller les différents instruments, ne laissant que la batterie de Joey Osbourne pour conclure. Encore un peu de calme avant la tempête. L’album va réellement débuter maintenant.

Pour le reste, le changement stylistique est toujours présent mais n’est pas décontenançant. Ça reste fidèle au son d'Acid King, toujours aussi lourd, avec une construction de morceaux assez proche de ce que l'on connaît. La guitare est sur certaines compositions noyée dans le fuzz et la distorsion au point que les riffs peuvent sembler brouillons. Mais elle sert principalement à poser des lignes de chant hyper efficaces et se gravant bien profondément dans le crâne.

L’ensemble est hautement réverbéré tout en étant parfaitement dosé. Je parlais de guitares distordues, mais durant plusieurs soli, le son clean revient, harmonisé parfois par une deuxième piste. Ces soli sont alors graves et calmes, oniriques, on n’est pas là dans la prétention technique. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? On entend ce son notamment dans Laser Headlights ou Center Of Everywhere. Et là, pas besoin de guitare rythmique, Mark Lamb à la basse est amplement suffisant ! A noter au passage que bien qu’ayant intégré le groupe en 2006, c’est ici sa première participation sur un album studio du trio. Il nous offre d’ailleurs un solo de fin sympathique sur l’avant-dernier Center Of Everywhere.

Bon allez, je suis presque dithyrambique là (promis je le serai moins la prochaine fois), mettons en avant un défaut : la couverture. Tim Lehi a encore frappé. Après avoir saccagé le dernier In A Dutch Haze d’Earthless en featuring avec Heavy Blanket, voici que le tatoueur de profession s’attaque à Acid King. Bien qu’il nous nous ait déjà pondu de bien jolis covers avec Dopethrone par exemple, là c’est juste pas possible… J’espère que l’ensemble de l’artwork ne sera pas dans le même esprit. Je m’en rendrai compte lorsque j’aurai le CD version physique entre les mains (auquel cas je viendrai éditer cette chronique).

Avant de conclure, j’ai envie de m’attarder sur un dernier point : de Red River jusqu’à l’Outro final, les pistes s’enchaînent sans interruption (d’où l’intérêt d’écouter sa musique en gapless). On a alors droit à une demi-heure de lourdeur envoutante. Nous sommes en droit de nous demander si Acid King n’a pas voulu ici nous livrer une sorte de longue piste doom à l’instar d’un DopesmokerCette impression pourrait être confirmée, au vue des titres des morceaux d’ouverture et de fermeture Intro et Outro ; la boucle serait alors bouclée.

Avec ce nouvel album, Acid King a été à la hauteur de mes espérances. Très largement. Nous est offert ici ce que je considère comme étant le meilleur album du groupe. C’est lent mais c’est violent. C’est lourd mais c’est hypnotique. C’est bourrin mais c’est fin. Je n’ai qu’une hâte : voir ces nouveaux morceaux en concert ! Il n’y a plus qu’à espérer que l’attente ne sera pas aussi longue avant le prochain album. En tout cas pour l'heure, le Roi n’est pas mort, vive le Roi !

Tracklist :

1. Intro
2. Silent Pictures
3. Coming Down from Outer Space
4. Laser Headlights
5. Red River
6. Infinite Skies
7. Center Of Everywhere
8. Outro