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Slipknot, rétrospective sur dix ans de folie.

jeudi 10 septembre 2009 - U-Zine
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9/9/9, date de la réédition de leur album éponyme, depuis 10 ans Slipknot est révélé au monde. L'occasion de revenir sur ces dix ans de sévice sur la jeunesse mondiale. Retour sur leur discographie et analyse de leur oeuvre.

29 Juin 1999, une tuerie sortie de nulle-part a commencée à envahir le monde. Son nom ? Slipknot. Personne ne s'attendait vraiment à ça, mais le rouleau-compresseur est en marche, un succès presque immédiat chez les jeunes metalleux, des tournées mondiales au premier album, certaines iront même jusqu'à croire au groupe créé de toute pièce dans un simple but commercial. Il n'en est pourtant rien, voilà 4 ans que Slipknot grandit dans l'underground et que son line-up évolue jusqu'à devenir celui qui est encore d'actualité de nos jours. Un line-up qui reste encore hors norme de nos jours avec ses 9 membres masqués, mais est-ce vraiment nécessaire de vous les présenter encore une fois !

Slipknot avait alors tout compris ! Une identité visuelle marquée, une brutalité primitive, autant dans les paroles que dans la musicalité, arrivée au moment ou le métal commençait à s'essouffler. Je n'ai pas peur d'affirmer que Slipknot fait partie de ses groupes qui ont remis la jeunesse au métal et qui ont contribué à faire de ce genre ce qu'il est aujourd'hui. Ce premier album avait quelque chose d'incontrôlable en lui, la même sensation qui apparraissait sur scène à cette époque, aucune prévision, tout à l'instinct. On se souvient des fréquentes bastons entre le Clown et Sid (dj), les sauts impressionants de ce dernier, toute la scène bougeait et vivait et à chaque instant il se passait quelque chose. Cette sensation de manque de contrôle est palpable sur album, la violence est omniprésente, quoi qu'en disent les détracteurs qui les comparent volontiers à des groupes de brutal death quand il s'agit de parler de brutalité. Mais ce n'est pas là que se trouve la brutalité justement, ni dans la rapidité, ni dans l'extrêmisme musical. Elle se trouve plutôt dans le flot presque ininterrompu de sons distordus, avec un tempo restant humain et compréhensible, qui ne va pas dans la surenchère. C'est là aussi que Slipknot a marqué beaucoup de points, dans l'humanité de sa musique brutale, et son improbable accessibilité.

Slipknot, alors devenu la coqueluche de la jeunesse en mal de sensations fortes, sort son deuxième album, Iowa, le 28 Août 2001.Un peu moins fou et mieux maîtrisé que son grand frère, Iowa reste la pièce maîtresse de l'hydre à 9 têtes. La recette étant à peu de choses près la même, ce deuxième opus est un peu une version « plus » de l'album éponyme, excepté l'effet de surprise et aussi la petite touche de folie. Ce qu'on retrouve égalemet sur scène, immortalisé lors du DVD Disasterpieces, le groupe reste un groupe ultra efficace en live, mais perds petit à petit sa folie, et les shows deviennent les mêmes chaques soirs.

3 ans passent et le 3e opus de Slipknot voit le jour. Vol. 3 : The Subliminal Verses fut un réel choc pour la plupart des gens qui connaissaient les deux premiers opus, qu'ils les aimaient ou pas. Slipknot s'est assagit, le chaos a laissé place à l'ordre et à la sérénité. Sans toutefois oublier son passé, le groupe a voulu aller de l'avant, et ne pas faire « qu'un album de plus », ce qui est tout à leur honneur. Mais ce changement de direction a engendré un album malheureusement moins interessant, même si plus diversifié. Slipknot cherchait à aller autre part et ils n'y sont pas forcément arrivés. Quand à la retranscription sur scène, Slipknot reste toujours un groupe très efficace mais leurs shows ont perdu leur puissance avec leur impulsivité.

2008, les 9 sont de retour avec un très attendu 4e album, All Hope is Gone. Moins surprenant que son prédécesseur, il représente en quelque sorte le chaînons manquant entre Iowa et Subliminal Verses. Très propre et énergique, cet album est probablement le plus accessible du groupe en combinant des morceaux brutaux et d'autres plus mélodiques et radiophoniques, mais la patte Slipknot est bel et bien là. Quant aux concerts, c'est le même constat depuis 2004. L'avenir devrait nous réserver un nouvel album rapidement avec des chutes de studio d'All Hope is Gone !

L'oeuvre complète de Slipknot a un sens. On entend souvent dire à droite à gauche qu'il y a deux Slipknot, un avant et un après 2003. Mais ce groupe n'est pas fait pour stagner, un troisième album dans la veine de l'éponyme n'aurait pas eu de sens et aurait été inutile. Slipknot est une bête, un animal qui a fini par grandir, se calmer, mûrir. Une entité à part entière, qui change au fil du temps et des évènements qu'il traverse. Le suivre ou pas et une autre histoire, mais il faut admettre que la bête a fini par être domptée et que sa rage n'est probablement plus là, ou alors bien enfouis.

De l'inesthétisme de People = Shit, à la beauté de Vermilion pt. 2, la musique de Slipknot est variée et changeante. Chaque album ayant une identité propre, une couleur bien à lui, les deux premiers opus étant plus sales et les deux suivants plus ordonnés, mais chacun d'entre-eux ayant son lot d'hymnes, de « singles », et de chansons plus intimistes. Si les hymnes et les singles ont sensiblement la même ambiance suivant les albums, les morceaux plus intimistes sont souvent bien plus représentatifs de l'album que les morceaux les plus rapides. Ainsi, Wait & Bleed, My Plague, Duality ou Psychosocial aurait très bien put se faufiler dans des albums différents sans que cela ne choque vraiment (bien-sûr, avec le son caractèristique de chaque album, imaginer Duality avec la puissance sonore d'Iowa fait rêver non ?). Ces titres plus mélodiques (on peut aussi parler de Left Behind, ou de Dead Memories) sont souvent utilisés pour caractériser le groupe de « vendu », à mon humble avis, ces morceaux, souvent très réussis, font partie d'une certaine manoeuvre commerciale conduite d'une main de maître par un groupe virtuose et talentueux pour attirer un tout autre public vers sa musique, et le convertir peu à peu.

Mais le succès de Slipknot se retrouve souvent dans ces morceaux plus « vénères » et aux refrains terriblement accrocheurs. Prenez un People = Shit et vous retrouverez l'hymne parfaite pour une jeunesse en rebellion ! Eyeless, (sic) et No Life représentant un coté plus chaotique, The Blister Exists et Pulse of The Maggots un coté plus optimistes et fédérateur, et Gematria, All Hope is Gone et This Cold Black faisant le lien entre ces deux périodes. Disasterpiece fait sans aucun doute partie des meilleurs morceau qu'ait composer Slipknot. Une énergie fulgurane et haineuse, un titre misanthrope et suicidaire, avec un pont mélodique du plus bel effet et une reprise fatale sur une phrase qui prend tout son sens parmis ce chaos sonore organisé : « tue-moi juste au cas où ». Ultime.

Comme je le disait plus haut, chaque album dispose de morceau plutôt intimistes, et c'est souvent dans ces moments là que Slipknot excellent. Prenons ça en séparant les périodes. Tiré des premiers opus, Tattered & Torn, Prosthetics, Scissors, Gently, Skin Ticket et Iowa représentent la face la plus sombre des 9 de Des Moines. Si Tattered & Torn ne semble être qu'un hommage à la distortion, les cinq autres titres vont bien plus loin que ça, représentant chacun la folie d'une manière différente et nous emmenant très loin dans la noirceur. La basse et les samples ayant une importance capitale dans l'ambiance de ces morceaux à la structure progressive. Scissors est un concentré de crasse et de noirceur, Gently est plutôt comme une drogue, plaisante et planante au début et qui finit par une addiction violente. Iowa fait figure de pièce maîtresse dans l'oeuvre de Slipknot, long titre de 15 minutes, nous plongeant doucement vers un monde d'amour ultra-violent, un viol auditif et langoureux, un titre magistral qui nous rapproche de l'enfer, brulant mais tellement attirant.

Les deux albums suivant comportent des morceaux beaucoup moins torturés, montrant un Slipknot plus serein, prêt à faire face à son humanité, The Virus of Life n'étant qu'un lien avec son passé torturé, preuve que Slipknot n'était pas encore débarassé de ses démons. Vermilion est un morceau très coloré, qui fait presque figure d'ovni dans l'oeuvre du groupe, il n'en reste pas moins un très bon titre qui met en avant un Slipknot tout à fait humain et décomplexé. Snuff, Circle et Vermilion pt.2, trois titres acoustiques plus ou moins réussi. Snuff regroupant divers cliché pop, son existence est pour moi une erreur et une énigme complète. Vermilion pt. 2 est, à l'inverse, une perle, à la structure classique mais à la beauté touchante. Et on trouve un Slipknot très intime avec Gehenna, Prelude 3.0 et Danger – Keep Away, ne parlant qu'à nous seuls dans une chaleur très confortable et plaisante. A noter que la version longue de ce dernier montre un Slipknot très expérimental et... inclassable.

Pour finir sur les morceaux marquants, on peut citer Get This et Eeyore qui représentent la face la plus brutale du groupe, The Nameless, alternant passages acoustiques et mélodiques avec d'autres plus brutaux, le tout en quelques secondes. Et il faut bien sûr parler aussi des intros, 742617000027, [515] et .execute qui ont également une grande importance quand il s'agit de s'imprégner de l'ambiance d'un album !

Il y a décidément peu de gens qui comprennent l'oeuvre de Slipknot. Les détracteurs s'en donnent à coeur joie en accusant le groupe de ne pas être interessant, de n'être qu'une énorme opération commerciale pour adolescents. De l'autre coté, beaucoup de jeunes fans aveugles croyant être devant le groupe le plus brutal et méchant du monde les idolâtres et se masturbent sur leur masques, mettant finalement la musique au second plan. Le clown à déclaré ceci récemment : « J'ai toujours pensé qu'on était des gens que tu viens écouter, pas forcément que tu viens regarder. Et ce qui s'est passé c'est qu'en supprimant l'apparence, on est devenus encore plus que ça, c'est comme si c'était la pièce manquante. On n'a pas envie d'être résumés à une coupe de cheveux ou ce genre de choses qui ne sont pas importantes pour nous. L'important c'est de faire sortir notre douleur à travers notre musique et notre art. ». Ces quatres phrases résument assez bien l'esprit de Slipknot qui est bel et bien toujours présent, la musique est bien plus importante que le reste. La vie privée des membres, leurs noms, leurs visages et même leurs side-project n'ont aucune espèce d'importance lorsqu'il s'agit de parler de leur oeuvre. Un groupe définitivement à part dans le paysage métallique.

« T’es humain, tu vois cet arbre et tu as envie de l’abattre. Tu vois, tu bouffes, tu chies, on est faits comme ça, mec. On est des parasites. Pourquoi abattre un arbre pour en faire une chaise ? Tu peux pas t’asseoir par terre ? Regarde ce qu’on fait, on épuise toutes nos ressources sans réfléchir. Ce monde ne nous appartient pas, on n’a pas le droit de le détruire. On est des entités dégueulasses, tout ce qu’on voit, on veut le détruire. [...] Le remède ? Que tout le monde disparaisse. Il nous faut un bon gros météore pour tout raser. Moi, je serai avec ma famille. Je les prendrai dans mes bras, toutes nos énergies se rassembleront et on partira ensemble. Ce monde est trop pathétique. Ça me fait gerber quand un type déverse son pétrole dans l’océan, pas une fois, mais trente, et personne ne l’en empêche ! Et moi, on me montre du doigt parce que je dis : « fuck this world » ? On oublie les choses vraiment importantes dont on a besoin pour survivre, comme le plancton, le premier élément de la chaîne alimentaire. »#6 Clown
 

Discographie :
Mate.Feed.Kill.Repeat (1996)
Slipknot (1999)
Iowa (2001)
Vol. 3 The Subliminal Verses (2004)
9.0 Live (2005)
All Hope is Gone (2008)

Videographie :
Welcome to Our Neighborhood (1999)
Disasterpieces (2002)
Voliminal : Inside The Nine (2006)

Clips :
Wait & Bleed
Spit it Out
Left Behind
My Plague
Duality
Vermilion
Before I Forget
Vermilion pt. 2
The Blister Exists
Psychosocial
Dead Memories
Sulfur

Lives :
The Blister Exists @ Paris 2008
Get This @ Paris 2008
Duality @ Rock in Rio Lisboa 2004
Eyeless @ London Arena 2002
Gently @ London Arena 2002
Spit it Out @ Dynamo 2000
(sic) @ Dynamo 2000

Liens :
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