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dimanche 20 juin 2010 - U-Zine

The Dillinger Escape Plan

Jeff Tuttle (guitare) & Billy Rymer (batterie)

U-Zine

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Les américains de The Dillinger Escape Plan, véritables fous furieux schizophréniques créateurs du mathcore, sont devenus en quelques années la figure de proue de toute une nouvelle vision du métal. Celle d’une musique sans limites, sans frontières, à la technicité impressionnante, sans structures traditionnelles et à la violence allant parfois à la limite du soutenable. Une furie humaine, mais qui aura pris le temps de murir, de s’ouvrir et de s’aérer avec le temps. Une évolution naturelle arrivée à maturation avec un quatrième opus « Option Paralysis », flirtant parfois avec la folie d’une autre icône dont les membres ne renie pas l’influence : Mike Patton.
C’est donc au Hellfest, quelques heures avant leur énorme prestation, que nous avons trouvé quelques minutes dans un créneau horaire surbooké pour poser ces petites questions à un Jeff Tuttle (guitare) très bavard et un Billy Rymer (batterie) quelques peu plus furtif…

[Par Eternalis]

1 – Vous êtes assez rare en France. Le Hellfest est un bon moyen pour jouer devant un plus grand auditoire que d’habitude. Comment vous sentez-vous à quelques heures du concert ?

Jeff : Nous sommes vraiment très heureux de jouer ici. Nous allons tenter de donner le meilleur de nous-mêmes, nous jouons en dernier sur cette scène et allons faire honneur à cette place.

2 – Revenons un peu sur « Option Paralysis ». Il continu sur le chemin de « Ire Works ». Je le trouve moins violent mais vraiment très très riche, très varié…comment le vois-tu quelques semaines après sa sortie ?

Jeff : je pense qu’Option Paralysis est le pas suivant de notre évolution. Il est vraiment très différent de nos prédécesseurs, il va dans différentes directions comparés aux autres qui se voulaient plus linéaires. Je pense que OP est l’origine de nos prochaines pérégrinations musicales, vers où nous partirons dans nos prochains albums studios. Nous en sommes vraiment très fiers, nous avons élaboré un matériel vraiment original, différent, avec beaucoup d’expérimentations pour nous, nous avons fait des choses que nous n’aurions jamais osé avant. C’est vraiment notre meilleur album selon moi…

3 – Greg est encore plus impressionnant sur ce disque. Il semble pouvoir faire ce qu’il veut de sa voix…Comment travaille-t-il ses parties vocales en studio ?

Jeff : Je ne peux pas réellement parler pour lui mais je sais qu’il ne prépare pas vraiment ses parties. Il est très naturel, il arrive en studio, est tout de suite à fond et se veut très très spontané. Tout ce qui lui passe par la tête est enregistré et ensuite, il fait le tri et nous travaillons sur ce qui colle vis-à-vis de la musique.

4 – « Widower » est un morceau très particulier pour The Dillinger. On croirait une chanson de crooner, c’est ma préférée du disque. Comment l’avez-vous composée ?

Billy : Merci pour ton compliment. « Widower » est un morceau très intéressant pour nous. Je me suis posé devant le piano et ai improvisé une partie en ajoutant ensuite quelque chose de très lent pour nous, d’émotionnel et de dérangeant…c’est en tout cas mon morceau préféré du disque.

5 – « Miss Machine » a été un énorme succès critique et commercial. Avez-vous la pression à chaque nouvel album aujourd’hui ?

Jeff : Je dirais que nous sommes des musiciens et que nous ne devons pas suivre constamment ce que disent les critiques : c’est la mort de la musique. Certains disent que nous faisons de la merde, d’autres que nous sommes géniaux mais nous devons continuer droit devant nous pour creuser le sillon et ne pas trop s’éparpiller entre les fans et les détracteurs. Nous ne cherchons pas à être compris par tous, nous voulons avant tout être fiers de ce que nous faisons, de tout ce que nous vivons. Nous continuons à créer la musique que nous aimons et vivons…depuis le début.

6 – Avec Meshuggah, vous êtes parmi les premiers à avoir intellectualisé votre musique. Vous avez créé ce qu’on appelle le mathcore et énormément de groupes vous plagient. Que penses-tu de ça ? De ces groupes qui vous copient…

Jeff : Je suis un énorme fan de Meshuggah et beaucoup de fans les copient c’est clair, mais ça depuis déjà beaucoup d’années. Je pense que nous sommes arrivés derrière et sommes finalement moins important qu’eux, qui ont apporté de nombreuses choses à la musique.
Après…que dire ? Des groupes s’influencent des sons que nous produisons, de notre travail, je ne sais pas trop quoi en penser. C’est flatteur mais je ne sais pas si je dois vraiment être contre ça. C’est très spécial de composer, nous avons aussi nos influences, ces groupes doivent murir pour créer leur propre personnalité.

7 – Dans le passé, pensais-tu qu’un jour ton groupe deviendrais si important ?

Jeff : jamais (rires). C’est tellement énorme ce qui nous arrive à tous. Nous avons une très forte connexion avec nos fans et avec d’autres groupes, avec qui nous sommes amis. Nous sommes partis de rien et les premiers échos de nos premiers morceaux n’étaient pas très positifs.
Aujourd’hui, nous ne pensons qu’à continuer notre route, en espérant le meilleur futur possible pour The Dillinger Escape Plan.

8 – Vous êtes complètement fous sur scène (rires). Où allez-vous puisez une telle énergie ?

Jeff : (rires) C’est juste une partie de nous, notre énergie vient de notre musique et est la raison de tout. Nous avons le feu lorsque nous montons sur scène et c’est une chose naturelle de notre musique je pense, il serait stupide de jouer nos morceaux en étant mous (rires). Lorsque nous prenons nos guitares, nous jouons et donnons tout ce que nous avons et espérons que le public sera réceptif. S’il l’est, cela nous motive pour encore plus tout défoncer et lui donner ce qu’il semble vouloir. Au contraire, s’il est amorphe…nous tenons à mettre le bordel pour qu’il se réveille (sourire). Nous sommes donc toujours « fous » quelque part…

9 – Vous êtes sur Season of Mist, un label français ! La communication est-elle simple ? Vous êtes américain, eux français…

Jeff : Yeah, beaucoup. Michael, de Season, comprend parfaitement ce que nous voulons faire pour le groupe. Nous communiquons souvent, ils travaillent sur des éditions limitées très fouillées et rares, ils nous offrent des moyens très appréciables pour enregistrer nos albums, tout est parfait. Un groupe comme The Dillinger Escape Plan, à notre niveau, pour produire un disque, ne pourrait pas rêver mieux. Ils ne pensent pas à l’argent. C’est de loin la meilleure relation que j’ai eu avec un label depuis le début de ma carrière, nous sommes sur la même longueur d’ondes. Ils sont parfaits.

10 – Comment vois-tu le futur du groupe ?

Billy : Nous allons continuer à tourner et à produire des albums qui, j’espère, amèneront de nouveaux fans. Nous voulons continuer d’évoluer et d’expérimenter et en ce sens, aucuns de nos albums ne se ressembleront.

11 – Le concept de OP sont les médias et leurs omniprésences dans le monde actuel. A ce sujet, quelle est ton opinion à propos d’internet ?

Jeff : il est très difficile de parler d’internet aujourd’hui, c’est la nature actuelle qui veut ça, tout passe par internet. On peut produire et se faire connaitre par internet, c’était impossible avant, nous n’en serions sans doute pas là sans ça. C’est aussi le choix de la simplicité car on peut rapidement provoquer un buzz.

Billy : c’est là que ça devient mauvais. Tout le monde en parle et on commence à parler de phénomène de mode. Ensuite, le fait de tout pouvoir posséder dans l’instant détruit l’attente et finalement, le plaisir de la découverte. Les radios n’ont plus aucuns pouvoirs ni privilèges avec internet, elles sont en retard sur tout et s’écroulent de plus en plus.

Jeff : Internet existe et nous devons faire avec, avec ses qualités et ses inconvénients. Je découvre énormément de groupes et de disques grace à internet, c’est donc vraiment dur d’en dire uniquement du mal comme il est de mode de le faire aujourd’hui…

[ndlr : le gars de Season of Mist me fait signe d'abréger car d'autres médias attendent...]
12 – Nous arrivons à la fin du temps. Bonne chance pour ce soir…je vous laisse les derniers mots pour les fans français…

Billy : merci beaucoup à toi.

Jeff : merci beaucoup pour l’interview. J’espère que tu t’éclateras ce soir et que tu prendras du plaisir à nous voir sur scène. A bientôt !


Season of Mist pour l'interview et leur sympathie, et évidemment les deux membres pour leur bonne humeur malgré les interviews qui s'enchainaient.
J'en profite pour remercier l'organisation du Hellfest, le coin VIP et l'accueil vraiment impeccable !