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jeudi 4 décembre 2008 - U-Zine

Dysfunctional By Choice

Vinz et Julien

U-Zine

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Que ceux, ayant vu disparaître de leurs écrans de contrôle les DYSBY, se rassurent. Après un Travelling In Travel de très bon aloi et un univers toujours aussi soigné et confiné, les Parisiens sont de retour et font preuve d’une intégrité et d’une générosité sans limites.
Il demeurait alors indispensable de faire le point avec un groupe aussi énigmatique qu’enivrant, pour leur tirer les lombrics du nez.
Rencontre avec Vinz et Julien, respectivement guitariste et chanteur de la formation pour nous susurrer de bien jolis mots.

1) Bonjour à tous les deux et merci de m'accorder votre précieux temps. J'imagine bien que votre emploi du temps doit être bien plus chargé qu’auparavant.
À ce propos qu'est ce qui a changé pour vous depuis vos débuts ? Quelles sont les choses qui vous ont le plus marqué ?


Vinz : On a enfin sorti un album comme tu peux le voir et cela a pris pas mal de temps entre la sortie des maxis et nos différentes tournées. On a suivi une évolution naturelle et pris beaucoup de temps pour pouvoir sortir cet album, mais on est super fier du résultat. Particulièrement car ce dernier est sorti récemment en Europe en plus de la France et voit le jour dans 13 pays différents. C’est un peu un aboutissement pour nous d’enfin pouvoir exister « commercialement », à savoir que les gens peuvent trouver notre CD dans les Fnacs et autres réseaux. Et puis, on est toujours rester dans une optique « amateur » tout en jouant à notre rythme, tout en composant à notre rythme et on ne suit pas forcément les cycles obligatoires de la production musicale. Maquettes, enregistrement, tournées … on fait un peu tout en même temps.
Julien : En fait, on a la chance de pouvoir faire ce que l’on veut, un peu comme on veut. On a tous un travail à coté, ce qui implique que l’on a pas tout investit sur le court terme.
Vinz : On a pas de relation commerciale avec le fait de faire de la musique, ce qui nous permet d’avoir pas mal de liberté artistiquement, une liberté d’affranchissement et de ce fait, on ne suit aucune obligation.

2) Ce côté libéré et fortement mature, on le ressent dès les débuts du groupe avec votre premier album. Ca fait bientôt dix ans que vous existez, quelle est votre recette sur Travelling In Travel ?

Julien : Cet album, c’est un le fruit d’un travail de plusieurs années qui s’est déroulé après tous les maxis. C’est une période où l’on a tous mûri personnellement d’une part, mais c’est aussi le fruit d’une collaboration avec plusieurs musiciens qui ont tous plus ou moins apporter leur patte.
Vinz : Il y a un petit peu de mouvement depuis le début du groupe. Notre guitariste Max qui était là depuis le début est parti de Paris et on a été contraint de le remplacer et si tu regardes bien sur l’album, tu as bien deux ou trois personnes crédités à la guitare et idem pour la basse. Il y a eu beaucoup de monde qui a circulé sur les prises et cela se ressent pas mal sur les prises et sur la richesse de l’ensemble.

3) Vous avez l'habitude de passer beaucoup de temps en studio ? On vous a vu faire une pause après et un peu disparaître des écrans après le triptyque Beta, Gamma, Delta. C'était pour revenir plus fort que jamais ?

Vinz : En fait, nous n’avons pas fait vraiment de pause. En termes de sorties oui, mais on s’est pas du tout arrêté de jouer, répété, composer et maquetter. Et le fait de répéter dans le studio dont Francis notre batteur est propriétaire (Francis Caste), c’était une véritable opportunité. Dans le sens, où l’on a pas bloqué un mois pour ne faire que de l’enregistrement. On était la majeure partie du temps en studio et l’on pouvait se permettre d’y aller quand on voulait sans réelles contraintes. Donc finalement, ce studio c’est un peu le centre de gravité de ces deux années de travail.
Julien : Et puis cette période, ça été aussi l’occasion pour nous de tester des formations, des types de compositions et pas mal de recherches et d’expérimentation pour le résultat que tu peux voir. Donc en résumé il ne s’est pas rien passé, car on n’a jamais cessé de travailler.

4) Travelling In Travel a été très bien reçu par les fans et la critique. Avec du recul et les dates que vous avez effectué, auriez-vous des choses à rectifier ou tout simplement que garderez-vous pour vos prochains morceaux ?

Julien : Par rapport à l’environnement extérieur, il est vrai que l’on sent aucune obligation et nous n’avons pas l’intention de changer quoi que ce soit en fonction de ce qui a été exprimé sur cet album. On a plutôt cette envie d’avancer perpétuellement.
Vinz : On suit une évolution naturelle et on ne s’est jamais dit à un moment donné qu’il fallait changer tel point ou tel sonorité.
Julien : Après effectivement, il y a des critiques qui sont très louables du type : l’album est trop court. Et là, on ne se dit pas on va faire un album long ou suivre ce que l’on entend, il est normal que l’on ne se mette pas de limites.

5) C’est peut-être l’explication au caractère organique de votre album ?

Julien : L’album est très condensé et il a même un petit côté spontané. Au départ, c’était une facette qu’il n’y avait pas et que l’on a vraiment travaillé en production pour révéler ce côté urgent, direct et organique.

6) On vous assimile souvent à la fougue de Helmet, à l'esprit de Faith No More ou encore à Sleepers pour le côté noisy de votre musique. Chez lequel de ces artistes vous sentez-vous le mieux ?

Julien : Sleepers, on nous le dit tout le temps ! Mais à vrai dire on les connaît pas du tout. On ne les a jamais croisé sur la route, mais j’ai écouté un morceau et dans l’ensemble, c’est plutôt cool. Pour ce qui est du Faith No More, c’est peut-être des influences inconscientes car il y a certains d’entre-nous qui sont assez fans, mais pas la plupart donc c’est plutôt drôle.
Vinz : Helmet, encore une fois c’est pareil. Je pense que cela fait partie de l’inconscient collectif du groupe et que l’on a tous écouté.
Julien : Indéniablement, on a énormément d’influences qui ont eux-mêmes des bases communes d’influences. Et du coup, on se retrouve avec un énorme arbre généalogique d’influences diverses et variées.

7) Vous avez d'autres influences avec qui vus aimeriez collaborer ? Avec des membres influents de la scène rock ou metal parisienne ?

Julien : On croise le plus souvent des groupes, mais on n’a pas spécialement l’intention de faire des collaborations particulières sauf si on a une idée précise dans la tête.
Vinz : Mais dans ce cas là, tout cela sera spontané ! Hey les gars, faut que l’on fasse un featuring …
Julien : On y a déjà réfléchi et on eu déjà eu des idées avec des groupes dans l’absolu, mais rien de concret donc ce n’est pas pour l’instant un objectif pour le groupe. Si l’envie nous prend, on n’aura bien entendu aucune limites et on passera à l’acte. Après si ta question c’est de savoir avec qui on fricotte plus ou moins, c’est plutôt des amis et un réseau de connexions.
C’est Snä-fu, Daisy, The Arrs et tous les groupes qui traînent plus ou moins dans le studio de Francis.

8) Aqme également, non ?

Vinz : Oui, Aqme qui nous a également supporté et toute cette frange de mecs qui ont commencé à avoir des groupes dans les années 2000 et qui sont de notre génération. On a un peu tous les mêmes influences. Chacun a fait son chemin de son côté et finalement, on est toute une bande à être resté.

9) En parlant de cette fameuse scène française, comment ressentez l'état actuel de cette scène rock aujourd'hui et celle des musiques plus extrêmes ?

Julien : Ca évolue vraiment beaucoup par rapport à ce que l’on connaissait à l’époque. Tu sais, la grande époque du néo.
Vinz : Oui, le néo et sa série des Nowhere. Mais maintenant plus personne n’a suivi.
Julien : Tout cela, c’est un peu terminé. Et maintenant, il y a des plus jeunes qui reprennent un peu le relais et pour le moment on ne les croise pas beaucoup encore …
Vinz : Et je ne suis même pas sûr qu’on les connaisse tous
Julien : Mais sur ce qui se passe aujourd’hui, c’est un peu flou. Il y a énormément de groupes que l’on connaît qui ont arrêté.
Vinz : Ceci dit, on ne voit pas vraiment se dégager un mouvement général. Peut-être du côté de l’électro davantage .

10) Le contexte actuel n’aidant pas …

Vinz : Comme je l’évoquais tout à l’heure, si jamais tu comptes dessus pour en vivre, tu ne vas pas aller loin. C’est cela aussi qui a écrémer la scène et que certains de notre époque ont jeté l’éponge. Quand tu consacres toute ton énergie et que tu lâches ton boulot pour faire cela et qu’au final il ne se passe rien. Tu sors un album et tu en vends 300, c’est normal que les mecs s’arrêtent.

11) La Trilogie Beta-Gamma-Delta, accessible à partir d'un code est désormais disponible en téléchargement légal. Pourquoi cet élan de générosité. Doit-on le voir comme une réponse à la numérisation de la musique ?

Julien : Depuis toujours, comme nous n’avions pas de labels et que l’on pressait les quatre titres comme on pouvait en CD, mais que l’on avait pas de réseau de distribution et que l’on faisait tout en autoproduction, on s’est dit que l’on allait redonner vie à ces titres sur Internet.
Vinz : On les a mis dès le début en téléchargement libre sur notre site car c’était légitime, mais bien sûr si tu voulais le quatre titre physique tu pouvais toujours te le procurer via le merchandising ou par correspondance
Julien : Après ça, le mettre en téléchargement c’était également une suite logique vis à vis de notre progression. Nous n’avions pas assez d’argent pour le ressortir via une édition limitée donc nous avons généreusement décidé de l’offrir en mp3 après l’achat de Travelling In Travel.
Vinz : On voulait faire un double album à la base. On voulait sortir une face avec le nouvel album et une face regroupant la réédition et les réalités économiques ont fait que l’on a pu concrétiser cette idée. C’est bien trop cher de presser un double album et personne ne peut mettre 25 euros voir 30 dans un CD. Donc d’où cette notion de gratuité des 3 Eps.

12) Et vous pensez que l’on va vers la mort du support physique ?

Julien : Dans la suite logique des choses très probablement. Rien qu’en terme d’avancée technologique le cd est amené à disparaître puisque la qualité du support sera dans quelques années équivalente, voir largement mieux.
Vinz : Par contre, il reste ce côté matériel de l’objet. Si tu veux garder un bel objet comme un vynil ou un cd avec une belle pochette, cela ne remplacera pas le côté affectif que l’on peut placer dans chaque production.
Julien : L’avenir de la musique passe également par des méthodes poussées de merchandising. On ne vendra plus un cd à part, mais également un tshirt voir un objet créatif autour de l’univers du groupe. Cela fait à la fois peur, mais c’est assez excitant puisque que l’on doit se surpasser au niveau de la créativité.

13) C'est également le moyen de vous faire connaître hors de nos frontières …

Vinz : Absolument et c’est bien ça l’idée principale. En ce moment, c’est tellement bouché en France, qui plus est pour notre style de musique, que l’on doit s’exporter ailleurs vis à vis d’autres pays d’Europe où ils sont largement plus réceptifs avec l’Allemagne et les Pays-Bas. C’est vrai que c’est un excellent moyen de passer outre toutes les frontières et de toucher un maximum de personne.
Julien : C’est quelque chose que l’on apprécie, car au-delà d’être gratifiant, s’exporter c’est aussi s’ouvrir aux autres cultures et de sillonner l’Europe.
Vinz : C’est vraiment un truc de Français de refuser de s’exporter, surtout dans ces milieux-là, alors que tu vois certains groupes qui n’existent pas dans leurs frontières et excellent à l’extérieur.

14) Et alors, vous avez des dates de planifiés sur le vieux continent après cette date parisienne ?

Vinz : Je ne peux pas malheureusement t’en parler, mais on a bel et bien un projet de tournée en support d’un groupe que l’on aime vraiment beaucoup pour le printemps prochain.
Julien : On est en fait en attente de la confirmation, mais on vous tiendra au courant soyez en sûr. On va profiter du temps qui reste pour aller travailler en studio pour composer des nouveaux titres et bosser la scène.
Vinz : On a quelques dates en France qui viendront également se greffer d’ici peu , mais comme on le disait on a pas un rythme pré-établi où on fait que de la tournée, que du live et inversement.

15) Je sais que l'on a beaucoup l'habitude de vous questionner sur votre nom, sur votre rencontre, mais pour changer, j'aimerais également me focaliser sur votre univers graphique. Quelle est la signification de votre personnage accompagnant chacun de vos albums ?

Julien : Pour commencer, c’est quelque chose qui a été choisi avec notre « directeur artistique ». C’est à dire un pote graphiste qui fait nos pochettes depuis le début et c’est un personnage qui a une signification très forte pour nous. Visuellement et métaphoriquement, puisqu’il représente pour nous l’état d’évolution du monde aujourd’hui et c’est un peu l’ide de la chute dans fin. Un également personnage figé mais en vitesse constante pour exprimer le fait que l’on est constamment en train d’avancer tout en restant dans notre bulle.

16) Et le digipack, simple effet créatif ou vous vouliez faire de l'ombre au Death Magnetic de Metallica, façonné également avec cet effet de 3D sur la pochette ?

Julien : C’est le même créatif qui a façonné notre pochette et c’est une volonté de se démarquer et d’être créatif. Il paraît que l’on a devancé Metallica, mais je ne pense pas que ce soit un critère de comparaison avec eux (rires).

17) Je vous laisse le mot de la fin pour adresser un petit message à nos lecteurs.

Vinz : Et bien venez nous voir sur scène si vous avez l’opportunité, achetez l’album si vous en avez également l’opportunité et un peu de sous. Ouvrez nous artistiquement, écoutez ce qu’il se fait et rebondissez sur les influences des artistes que vous appréciez.
Julien : Pour le mot de la fin, je dirais d’aller chercher le plus loin la musique et pas forcément attendre qu’elle arrive dans les oreilles.

Un grand merci à DISBY pour leur accueil et leur générosité et à Biquet pour la tenue de cette interview.