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mardi 9 janvier 2007 - U-Zine

Agora Fidelio

Milka et Jouch

U-Zine

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Deux petites heures avant le concert d’Agora Fidelio à la Scène Bastille, j’ai pu m’entretenir une vingtaine de minutes avec Milka et Jouch, respectivement chanteur et guitariste du groupe, le temps pour moi de revenir entre autre sur leur dernier album en date ("Le Troisième Choix"), ainsi que sur Psykup, l’autre groupe de Milka.

PS : de gauche à droite sur la photo : Jouch, Milka, Pim, et Akira

Cannibal JC : Bonjour Milka et Jouch. Première question, si vous deviez classer Agora Fidelio dans un style musicale précis, quel serait-il, et comment définissez vous votre musique ?
Milka : Nous ne souhaitons pas classer Agora Fidelio, ça me casse les couilles. Ce sera ma première réponse (rires)… ça me fatigue un peu cette manie de vouloir classer les trucs. Après, c’est un groupe de Rock’n Roll qui chante en français, donc on peut dire que c’est du Rock Français. Nous ne sommes pas des enfants de la Mano Negra, des Bérurier Noir, ou de Noir Désir, mais plus de groupes Anglo-Saxons, au niveau de notre son ou l’intonation du chant.

Comment et pourquoi avez-vous choisi la pochette de votre dernier album "Le Troisième Choix" ?
Milka : Parce que Jouch est merveilleux...!! Et je le laisse répondre, parce que c’est lui qui a fait la pochette quand même.
Jouch : Comment est ce qu’on l’a choisie… si tu veux la vérité, j’ai proposé en fait aux autres du groupe exactement quarante trois visuels, et celui qui est sur la pochette est le premier que j’avais fait. On a toujours aimé le côté visuellement vaste, aéré, aquatique, aérien, etc… . Dans la mesure où c’est mon boulot, que c’est moi qui m’occupe de ça à chaque fois, je reste toujours un peu dans mon idée, en essayant de la faire valider par tout le monde après bien sûr. L’album d’avant, j’étais parti sur un visuel en rapport avec l’aéroport (ce côte voyage, élévation, éloignement, tout ça), et donc, sur « Le Troisième Choix », on a voulu gardé l’esprit Agora, c’est à dire ce côté vaste, tout en réhumanisant plus la pochette. Les ballons étaient là surtout pour créer une trace de passage humain.

En quoi ce nouveau CD se différencie des deux précédents albums, en quoi est-il meilleur peut être ?
Milka : Tout les groupes qui sortent un nouvel album disent que c’est le plus abouti, le plus machin ou machin. On va aller dans le sens du poil, et on va courir les clichés en disant ça, mais c’est le plus abouti donc parce que au niveau du son, nous sommes enfin arrivés à quelque chose qui nous ressemble et que nous recherchions depuis longtemps, sans avoir vraiment réussi à le concrétiser pour diverses raisons. Notamment une, on était pas nous même conscient de ce que l’on voulait je pense, un équilibre entre une sorte de minimalisme, une sorte de production assez éthérée, quelque chose d ‘assez simple, et en même temps, quelque chose d’assez produit (on a comme référence des albums comme certaines productions d’A Perfect Circle, de Radiohead, qui sont finalement très produits. En marge de ça, on apprécie des trucs comme Mogwai, ou comme le "Grace" de Jeff Buckley, qui est une référence, qui est très produit mais qui sonne en même temps très vrai, très brut). Au studio de la Cour des Miracles à Toulouse, Marc Dubézy nous a aidé à trouver cet équilibre entre la profusion, le minimalisme, et la fragilité. Évidement qu’il y a des écueils que personnellement on voit, et que l’on verra d’autant plus dans plusieurs années. On est très content, c’est un son qui est plus chaud, plus humain, moins clinique que ce que l’on avait fait sur Altitude Zéro.
Jouch : Hormis le son, "Altitude Zéro" était quand même beaucoup plus sur l’instant, alors que pour "Le Troisième Choix", même si on a essayé d’être simple, il a été énormément travaillé, depuis l’écriture jusqu’à l’enregistrement, le mix, etc…

Milka, sur certains morceaux du nouvel album (la fin de « Palatina », « On sème » par ex.), tu pousses des cris (de haine, de rage, de violence), tu hurles tes paroles. Est ce quelque chose qui est venu naturellement pour toi ou pas ?
Milka : Complètement. C’est bien vu de ta part dans le sens où ils n’y étaient pas sur Altitude Zéro, mais ils y étaient en live. Des morceaux comme « si tu savais comme » ou « 10h 17 » partaient vraiment dans des débordements instrumentalement plus bourrin. Sur la voix, je dépassais le cadre des notes et du chant clair pour partir dans des hurlements qui se veulent plus primaux plutôt que des choses qui s’apparentaient à du métal. Faire sortir quelque chose d’intérieur. On s’est dit que j’allais le faire sur album aussi, vu que je ressentais cette nécessité parfois de crier, d’exprimer les choses de cette manière là en live donc.

Il y a deux guests, Philippe Prohom et Emma Tissier, qui apparaissent respectivement sur « Laisses-moi me perdre » et « On sème » dans "Le Troisième Choix". Parlez-moi de cette collaboration avec ces deux personnes, ce qu’elle a apporté sur l’album ?
Jouch : Emma ressort énormément dans toute les chroniques, alors que c’est une parfaite inconnue à la base, ce qui n’enlève rien à ce qu’elle a apporté au morceau. C’est une idée de Milka à la base. Il avait écrit pour « On Sème » un texte très long, qui fonctionnait sur le principe du question/réponse. Et donc il a eu envie de partager ça avec une deuxième voix (féminine forcément, par rapport aux paroles, ça se comprend aussi). C’est en fait une amie commune, qui est plus âgée que nous tous, mais a une voix de quelqu’un de très jeune, assez enfantine, naïve. Elle n’est pas musicienne, elle a fait ça de façon très sincère, très spontanée, ce qui a amené au morceau un truc super fragile et vraiment bien.
Milka : Pour Philippe, c’est quelqu’un qu’on a croisé sur la route plusieurs fois, on a d’ailleurs partagé la scène avec Prohom (le groupe). Il y a eu des accointances qui se sont crées. Il a toujours bien apprécié la musique d’Agora Fidelio, et j’avais envie de voir mon texte chanter et dit par quelqu’un d’autre qui a du passif derrière. Emma c’était un autre délire dans le sens où elle avait rien fait du tout , tandis que Philippe il avait une très grosse expérience derrière. De voir comment lui il allait recraché tout ça, ça m’intéressait, et ça l’a intéressé également. Le résultat est très bluffant dans le sens où on a pas trop guidé Philippe, il a été très libre, et a pris beaucoup d’initiatives (on ne voulait pas exprès lui donner de fil conducteur). Les choix qu’il a pris ont été à 90 % très bons et adoptés dès la première intention.

D'où puises-tu les lyrics Milka sur "Le Troisième Choix" ?
Milka : De ce que je vis, ce que je vois, de choses interieures. Le but ensuite est de les rendre lisibles et compréhensibles par le plus grand nombre. C'est en cela que je fais exprès de faire des textes assez ouverts. J'essaye de faire ressortir des sentiments profonds, très souvent inhibés chez l'être humain. Les paroles sont pas super positives souvent, elles parlent de choses sales pour réapproprier l'interieur, pour ébranler les gens, ne pas leur parler avec des mots qu'ils ont envie d'entendre. Quand on y arrive, les gens arrivent à être touché profondément. Ils peuvent être mal à l'aise, mais du côté positif de la chose (t'es mal à l'aise, mais ça te fait du bien). Agora, c'est le psy quand ça marche.

Est ce que l'expression "Sombrer dans la poésie noire" peut caractériser quelque part les textes des chansons d'Agora Fidelio parfois ?
Milka : C'est sûr que ce que j'écris est plus noir qu'orange fluo on peut dire, mais ce n'est pas une volonté de jouer à ça, de faire du dark. Je n'ai pas envie de rentrer dans une caricature, comme Mano Solo a pu l'être à un moment donné. C'est pas que ça perdait en crédibilité, mais ça perdait peut être en impact à force de parler de la tristesse, de la "sur tristesse", de leur tristesse. Mais du coup artistiquement, quand tu en fais trop, c'est comme Pierre et le Loup par exemple, à force de crier au loup, tu y crois plus. Là pareil, il faut une certaine mesure dans cette sorte de romantisme (le romantisme étant quelque chose d'assez triste à la base, assez tourné vers l'interieur, le noir). Donc je répondrai oui, mais non.

Parlons de votre tournée française actuelle, jusqu'à quand s'étale t'elle ?
Jouch : on tourne jusqu'au mois de juin, puisqu'après Milka continue sur la route avec Psykup donc. A la différence des tournées d'avant où on tournait sur 3 semaines d'affilées, là on a peu égrainé tout ça au fil du temps.

En parlant de Psykup, tu peux me parler de l'actualité future du groupe, Milka ?
Milka : On va composer le troisième album, qui devrait sortir en octobre prochain. Entre temps, il y aura un DVD qui sortira au printemps. S'ensuivra en octobre une tournée bref. Pour le DVD, on prend le temps de bien le finaliser. Un bel objet, avec une belle réalisation, un truc béton qu’on a voulu ne surtout pas bâcler, vu qu'il va y avoir des prétentions européennes ensuite, chose qu'il n'y avait pas eu auparavant. Psykup tournera en effet en Europe, mais là ce sera plutôt sur 2008. On va se confronter à d'autres publics, et le DVD est un bon moyen de se présenter vu que Psykup est un groupe de scène. Donc voila, une année riche !

Tu joues dans deux groupes différent musicalement parlant, l'un (Agora Fidelio) plutôt rock, et l'autre (Psykup) plutôt métal, qu'est ce que ça t'apportes ?
Milka : ça m'apporte un équilibre. Entre le rock et le métal, entre le fait de jouer une musique très écrite, très pensée au millimètre chez Psykup, une musique beaucoup plus libre qu'Agora Fidelio, entre le fait de délivrer des textes plus tournés vers le social, le culturel, tandis qu'avec Agora, des choses foncièrement plus personnel, charnel et affectif. Il y a enormément de différences avec les personnes qui composent les deux groupes aussi. Pour Psykup, ce sont de grosses têtes de mule, que j'adore, qui sont des personnages à part entière, avec une forte personnalité humaine et musicale. C'est très agréable de fonder un groupe avec eux, le poursuivre, même si c'est très dur car c'est une musique qui est exigeante. Avec Agora Fidelio, c'est très différent, on partage des choses vachement fortes musicalement et humainement aussi dans un sens où on est pas là juste pour aller jouer à la Scène Bastille et ensuite "ciao, allez, va te pendre". Chacun à sa place, chacun s'apporte à l'autre, chacun est très à l'écoute de l'autre, beaucoup plus que dans un groupe de métal, beaucoup plus que dans un autre groupe où il y a une tête pensante, et tout le monde fait ce qu'il dit. Gossard (guitariste) de Pearl Jam disait "qu'un groupe de musique c'est fabuleux parce que c'est comme un couple d'amoureux, sauf qu'avec la musique t'as le droit de découcher". Tu peux avoir deux groupes en même temps bref. Du coup, je ressens jamais de lassitude avec Agora Fidelio ou avec Psykup, genre "fais chier de voir les mêmes gueules, jouer les mêmes merdes, etc..." (sic), donc c'est très bien.

Qu'est ce que vous écoutez niveau musique actuellement, y'a t'il des groupes qui vous ont influencés/inspirés pour votre dernier CD?
Jouch : influencer, inspirer, sans chercher à se placer hors de tout ça je dirais non, parce que c'est vrai que par rapport à cet album, on s'est pas mal enfermé dans notre trip pour le faire. Pendant la phase de composition, on écoutait des trucs bien sûr, mais pas en terme de création plus que ça. Après ce qu'on écoute, c'est des milliards de choses, des choses bien variées, pas mal de métal (des choses très brutales malgré les apparences), et enormément de choses très calmes aussi, qui font que dans Agora, on avait envie aussi de developper un côté calme et épuré. De la même manière que Milka, j'ai monté un petit projet à côté, qui est loin d'être viable là, mais qui j'espère le sera. J'avais besoin de la même chose aussi, ce côté plus agressif pour ce groupe, et de l'autre côté pouvoir faire de la musique très simple avec Agora Fidelio, voir très douce sur certains passages. ça se retrouve un peu dans tout ce qu'on écoute nous. C'est foncièrement rock, mais d'un autre côté on est pas fermés non plus, tu vas pouvoir retrouver du hip hop aussi dans nos trucs, beaucoup d'électro, etc...
Milka : ... Stupeflip, Black Eyed Peas, Transmission0, Sleepers, le dernier Red Hot Chili Peppers, des groupes très variés.

Une bête question allez, que peut-on attendre d’Agora Fidelio dans le futur ?
Milka : Un spilt, l’Olympia... (rires). Qu’est ce qu’on peut attendre d’Agora, c’est dur comme question... je dirais un quatrième album.

Dans les remerciements sur la pochette du Troisième Choix Milka, tu dis : “merci à la colère, à l’amour, et à la tristesse”, quel sentiment prédomine chez toi quand tu vois le monde dans lequel on vit aujourd’hui?
Milka : Le désarroi. Je veux pas sombrer non plus dans un “oui on vit dans un monde de merde”, dans une sorte de rebellion juvénile qui est très démagogique finalement. Il y a plein de trucs merdiques, et plein de trucs à sauver, parce qu’il y a tellement d’humains qui se battent sur cette terre en essayant de faire quelque chose. J’ai beaucoup de respect pour ces gens là parce que je sais que je suis tellement une merde moi même parce que je ne fais pas ces efforts là. Tous ces gens qui essayent de sauver la planète, qu’ils arrêtent d’en parler, de faire des chansons de merde sur la planète, et qu’ils le fasse au jour le jour. Des gens qui s’engagent en politique pour essayer de donner leur vie au service de la république. Il y a tellement des écarts de vision de vie, tout ça. Les écueils qu’il y a, écologiques ou politiques sont parfois tellement grands que je me dis des fois “ouaouh... que faire ?”... des fois c’est vertigineux d’essayer d’avoir un impact sur tout ça pour jouer un rôle positif, ne pas se dire : “bah de toute façon, vu que c’est perdu, allons y quoi”. Tout n’est pas perdu, faisons quelque chose, mais quoi ? C’est dur parce que j’estime avoir la franchise de dire que j’ai tout sauf la réponse à la solution et que je suis tout sauf une partie de la solution en fait, mais plutôt une partie du problême vu que je ne trie pas mes déchets... entre autre...

Un grand merci à Milka & Jouch pour leur gentillesse & le développement conséquent de leur réponses à chaque fois, à Agora Fidelio, à leur label Jerkov Musiques, et enfin, à Mathieu Artaud.