Chronique Retour

Album

09/12/14 - U-Zine

Carach Angren

Where The Corpses Sink Forever

LabelSeason Of Mist
styleBlack Métal Symphonique
formatAlbum
sortiemai 2012
La note de
U-Zine
10/10


U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Carach Angren ou les mâchoires d'aciers ont encore frappé!

2012, les maitres de l’horreur sont de retour. Après une entrée fulgurante sur la scène Black métal à la suite du mémorable « Lammendam » (déformation de « La Madame ») en 2008, suivi de près par « Death Came Through A Phantom Ship » en 2010, le groupe a su trouver son propre style et prouver sa valeur aussi bien techniquement que musicalement. Un succès croissant d’album en album dans ce genre tant apprécié de nos jours qu’est le Black Symphonique. Pourtant il va s’en dire qu’on en a mangé à toutes les sauces ! Et en particulier pour ce qui est du genre symphonique seul. Que l’on évoque Epica ou Within Temptation, les plus mélomanes d’entre nous ont largement de quoi être satisfait. Et pourtant… La remarquable musicalité du groupe, certes, attire, mais il y a ce petit plus, simple et terriblement efficace. Un mélange effroyable et impitoyable d’univers d’horreurs. Répulsion tournant instantanément en fascination. Des paroles le fantastique est souverain. Et l’on est littéralement submergé par l’album.

Le dernier en date « Where The Corpses Sink Forever » marque le public. Le groupe revient en force avec un nouveau label (Season Of Mist), une mise en scène renforcée et des textes toujours plus effrayants. L’album se révèle à nous tel un livre de contes construit en plusieurs chapitres, non-recommandé pour les esprits instables cependant. Le thème de la guerre est constamment présent, ainsi que celui de la mort, des spectres, du suicide, de la démence… Le premier chapitre et le dernier se rejoignent avec l’histoire d’un homme hanté par sept prisonniers, ou plutôt… Sept démons. Inutile de résister. D’emblée le premier chapitre (première piste) nous bouleverse, la curiosité nous pousse toujours plus loin. Les compositions nous entraînent dans un Black joliment maitrisé, mêlés de redoutables arrangements orchestraux. Bref, c’est un théâtre continu d’atrocités habilement harmonisé par des riffs et mélodies poignants. Carach Angren ou les mâchoires d’aciers se referment impitoyablement sur nous. Charmé ou non, nous sommes prisonniers…

Premier chapitre : An Ominous Recording. Nous sommes le dimanche 3 octobre. C’est le soir. Il pleut… L’atmosphère est sombre, lugubre. Les claviers d’Ardek introduisent l’enregistrement maudit, puis la voix claire et impassible de Seregor ouvre le dialogue. Les instruments à cordes renforcent l’ambiance sinistre aussitôt suivis par le bruit d’un fusil que l’on recharge. Sept coups de feu retentissent, la malédiction est annoncée. Puis viennent les percussions, des grunts s’élèvent, lointains, comme des chuchotements de fantômes, et enfin, la piste enchaîne directement sur le chapitre deux : Lingering in an Imprint Haunting. Les claviers peuvent enfin se déchaîner, nous n’avons plus le choix à présent, les mâchoires se sont refermés sur un seul et unique mot : « Kill ! » Le ton est donné, coups de tomes, de cymbales et blasts à volonté. Le grunt de Seregor s’élève haineux, relatant les horreurs de la guerre, toujours pourvu de sa clarté typique permettant une compréhension relativement aisée des textes.

Chapitre quatre : The Funerary Dirge of a Violinist. Certainement LE chef-d’œuvre de l’album. Et la présence des solos de violon n’y est pas pour rien. On tend l’oreille. Et on écoute cette « folle symphonie » de riffs, de blasts, d’instruments à corde toujours adroitement accompagné des claviers. La triste histoire d’un violoniste nous est relatée. Un virtuose trop idéaliste, piégé malgré lui dans un monde de violence et de dureté. C’est un chant funéraire en l’honneur de sa propre mort. Les compositions parfois saccadée, dévastatrice, à l’image des champs de batailles, parfois mélodieuse au plus haut point, impressionnent l’auditeur. On a même droit à un break d’une minute où la batterie accompagne doucement une harmonieuse partie de piano, le chant crié, parlé, black nous introduit le final du morceau, progressif, lancinant puis l’on retrouve le riff de départ. Emotion, brutalité, rapidité, ralentissement, breaks, tout y est ! Cette chanson est un véritable festin musical à elle toute seule. Malgré le fantasmagorique, les paroles demeurent réalistes si on y réfléchit bien, et cela nous permet d’imaginer à la perfection chaque scène. Et enfin l’histoire s’achève tout comme les mélodies du violoniste.

Les chapitres trois, cinq, sept et huit se veulent à l’image du reste de l’album. Une composition toute particulièrement soignée, une guitare et batterie rapides, des riffs mélodieux. Sur « Bitte Tötet Mich » on apprécie cette belle intro réunissant chaque instrument, puis la batterie et guitare continuent seuls, un duo énergique mélodique qui n’est pas pour déplaire. On retrouve les claviers et c’est parti pour un « autre conte de tragédie ». La vie d’un homme tourmenté par les affres de la guerre prend fin sur le cri déchirant du chanteur. Tuer et mourir. Tel fut l’existence de ces soldats. Puis, on découvre au chapitre cinq l’histoire de Sir John, un homme fou devenu cannibale, ainsi que celle d’un colonel Français sur « General Nightmare » dont les batailles l’ont transformé en homme insensible et sanguinaire. Et enfin, le chapitre huit, la légende du petit Hector, la plus frissonnante sans doute ! Le plus, propre à ces contes, est l’apport de paroles en Français et Allemand. Nous l’aurons bien compris, la créativité est toujours de mise chez Carach Angren. La guitare ne cesse de nous délecter de shreds, les excellentes orchestrations d’Ardek se révèlent à la hauteur de bande son de film. Bref, on apprécie chaque instrument à leur juste valeur. La diversité présente dans le chant (grunt, growl, crié, parlé, chuchoté) permet de ressentir chaque émotion venant des personnages, et on ne s’en lasse pas ! On attend toujours avec impatience le dénouement de chaque histoire. Il est clair et net que les néerlandais se sont fait plaisir ! Et ce délice musical et manuscrit a peu de chance de laisser l’auditeur sur sa fin.

« Spectral Infantry Battalions » la chanson favorite lors des lives du groupe, c’est le moment tant attendu ou le chanteur exhibe son fameux masque de spectre. En effet, cette sixième piste se démarque par son côté théâtral plus poussé. La mise en scène est plus développée. La chanson perd toute sonorité black et seul le grunt de Seregor demeure. Les notes graves du piano résonnent inquiétantes, c’est une parfaite composition de film d’horreur. La guitare s’efface complètement au profit de la batterie et des claviers. Une interruption fantomatique de deux minutes presque trop courtes qui ne font qu’accroître l’intérêt pour la suite… Mais enfin ! Le chapitre final du conte : « These Fields Are Lurking (Seven Pairs of Demon Eyes) », singulier et énigmatique, se révèle être le fil conducteur de l’album. C’est la suite du tout premier chapitre, l’explication de l’enregistrement maudit. Les riffs sont toujours aussi saccadés et mélodieux à la fois, et enfin, on réentend le début de l’enregistrement, les claviers se chargent d’achever l’histoire. Comble de l’épouvante, d’incessants cris résonnent, effroyables et tourmentés.

L’œuvre se termine sur les mêmes bruits de pluie qu’au début. Pas de doute, les Néerlandais nous ont montré là une œuvre magistrale. Un infatigable mélange de Black, d’arrangements orchestraux, de diversités venant de toute part dans le chant, de contes toujours plus violent et angoissant les uns que les autres… Les histoires de fantômes ont toujours plu! Et tout le monde en redemande. « Where The Corpses Sink Forever » fut un coup de force ! Mais en attendant, le cauchemar s’est estompé, et ne fait que commencer…

1. An Ominous Recording
2. Lingering in an Imprint Haunting
3. Bitte Tötet Mich
4. The Funerary Dirge of a Violinist
5. Sir John
6. Spectral Infantry Battalions
7. General Nightmare
8. Little Hector What Have You Done?
9. These Fields Are Lurking (Seven Pairs of Demon Eyes)

Les autres chroniques