Chronique Retour

Album

09/12/14 - U-Zine

Pensées Nocturnes

Nom d'une Pipe !

LabelLes Acteurs de l'Ombre
styleAvant-garde
formatAlbum
sortiemars 2013
La note de
U-Zine
8/10


U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

En dépit des déclarations grandiloquentes de sa tête pensante, Vaerohn, qui nous sert souvent, depuis la sortie de Ceci est de la Musique, le plat de l’artiste maudit incompris par ces cons de journalistes, qui n’ont décidément rien capté à ses bidouillages excessifs en termes de musique, j’ai toujours eu de l’affection pour Pensées Nocturnes.

Soufflé par la sincérité d’un Vacuum, et ébahi devant l’aboutissement d’un Grotesque, ce n’est que depuis, justement, la sortie de Ceci est de la Musique que j’ai commencé à décrocher, en dépit du salut sincère que l’on offrira à la démarche de sortir un skeud sans promo, et sans aucune volonté de bénéfices.
Sans jamais remettre en question la singularité de l’Artiste qu’est Vaerohn, on a vite le sentiment qu’à vouloir à tout prix évacuer son trop plein créatif, le solitaire perd au passage son auditeur, en livrant une musique que lui seul arrive à capter, ne lui en déplaise, et n’en déplaise à ceux qui n’auront pas fait l’effort d’écouter l’album une fois ou qui se forcent à accrocher mais qui hurlent au génie, parce que c’est complexe. Pensées Nocturnes vaut mieux que ça.

Ceci est de la Musique n’étant constitué que d’une seule piste de près d’une heure, Nom d’une Pipe !, c’est un peu son successeur, mais en version fragmentée cette fois-ci, et plus aboutie, surtout.

La première chose qui frappe, laissant le spectateur sans voix, c’est l’artwork. Rarement on aura eu l’occasion de tenir un objet aussi abouti et complet, dégustant le livret comme un bouquin, admirant les couleurs et le travail de cohérence qui lient tous deux l’image à la musique. Impossible donc de passer ce point sous silence, et quand bien même nous ne comprendrions pas les actes de la pièce obscure qui y est (fort bien) écrite, on prend un plaisir non feint à savourer l’œuvre.

Et du côté musique, pas de doute, on continue la route entamée par Grotesque, en radicalisant un peu moins le propos que Ceci est de la Musique. Comme d’habitude, la première écoute ne permet pas à l’auditeur de ressortir quelque chose de précis, dans cet amas d’orchestrations dissonantes, cette mise en musique d’un bal névrosé aux acteurs cyniques et inquiétants. On palpe néanmoins immédiatement un univers fantasque, étrange et bien personnel, sans en percer les tenants et aboutissant. Ainsi vous faudra-t-il répéter encore et encore les écoutes pour que votre caboche parvienne à assembler tout ça, passer par delà le rejet initial et persévérer.

Et une fois l’effort fait, ça fonctionne indubitablement. On pense au dernier Peste Noire pour l’insolence et l’audace de l’instrumentation, qui n’hésite jamais à sortir des codes du metal pour explorer des thèmes plus franchouillards, mais l’on retrouve également un filigrane de mélancolie dans les nombreuses et superbes orchestrations qui évoquent Il était une Forêt de Gris.
La voix de Vaerohn, qui divise, est égale à elle-même, grandiloquente en clair, déchirante lorsqu’elle est hurlée, colle à merveille à cette débauche de structures qui passent aussi bien du Black Metal au jazz, en passant par du symphonique et j’en passe. L’impression de se balader dans un Montmartre aux artistes accros aux psychotropes est saisissante, et la liberté de ton constitue clairement la force de cet album que l’on aurait même du mal à taxer d’avant-garde.

Musique burlesque, extrême, douce et fantasque, la musique de Pensées Nocturnes ne peut pas franchement se définir, elle évolue dans un univers qui n’appartient qu’à son géniteur, qui vous invite à l’explorer, sans pour autant vous forcer la main.

Un album riche et dense, clairement hermétique, une ambiance singulière entre rêve et cauchemar qui s’écoute d’une traite ou pas du tout, véhiculant une image de perfectionnisme presque inquiétante, voilà ce qu’est Nom d’une Pipe !

Libre à vous d’accrocher ou de détester, mais on ne peut que saluer la démarche et l’inventivité de Vaerohn, particulièrement abstraite certes, mais qui vaut le détour dès lors que l’on accepte que l’écoute d’un album soit parfois synonyme d’effort.

1. Il a Mangé le Soleil
2. Le Marionnettiste
3. Les Hommes à la Moustache
4. Le Berger
5. La Chimère
6. L'Androgyne
7. La Sirène
8. Le Choeur des Valseurs
9. Bonne Bière et Bonne Chère

Les autres chroniques

Album

avr. 2009 U-Zine

Pensées Nocturnes

Vacuum

Album

mars 2010 U-Zine

Pensées Nocturnes

Grotesque

Album

févr. 2019 Schifeul

Pensées Nocturnes

Grand Guignol Orchestra