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Album

09/12/14 - U-Zine

Delain

We Are the Others

LabelRoadrunner
styleMetal/Rock à chant féminin
formatAlbum
paysPays-Bas
sortiejuin 2012
La note de
U-Zine
7/10


U-Zine

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Il a parfois de belles histoires.
Des histoires qui, lorsqu’elles embrasent le monde de leur éclat noir et maléfiques, parviennent à contrebalancer l’obscurité ambiante pour reprendre le dessus sur la vie.
Car quand Martijn Westerholt a fondé, avec son frère, ce qui allait devenir l’un des plus gros groupes de metal symphonique au monde, Within Temptation, il était peu évident de savoir la suite des évènements. Mais voilà, l’orchestrateur en chef était atteint d’une maladie génétique très rare (1 cas sur 100 000), appelé Syndrome de Pfeiffer. Dans certains cas, cela provoque des retards mentaux desquels Martijn fut protégé mais des crises fréquentes ainsi que certaines malformations des doigts ou des pieds (élargissement anormaux des doigts) s’avèrent des plus problématiques lorsque l’on joue du piano, qui plus est dans un groupe enchainant les concerts comme Within Temptation. La mort dans l’âme, il quitte le groupe, laissant son frère et Sharon Del Adel maitres du navire…

C’est ainsi que Delain sonne comme une victoire, une renaissance et une revanche sur une vie qui avait décidé de lui ôter son rêve mais qui n’a jamais réussi à ébranler sa foi et son talent dans ce qu’il fait.
Rapidement rejoint par de nombreuses personnalités de groupes reconnus (Epica, Leave’s Eyes, Nightwish…), Martijn trouve une chanteuse, Charlotte Wessels et signe un contrat avec Roadrunner qui flaire un futur carton commercial. Pari réussi avec "Lucidity" en 2006, puis "April Rain" qui place Delain comme un véritable groupe solide et non un simple projet, collaboration de multiples musiciens renommés.

Pourtant, après le succès très important d’"April Rain", c’est sans une très importante promotion (Gojira aurait-il pris toute l’attention de Roadrunner ?) que sort "We Are the Others". Patronyme énigmatique pour ce troisième album laissant de plus apparaitre un nouveau logo très dépouillé et un artwork à l’esthétisme « hippie » des années 70 très loin de la modernité de la pochette précédente. Où les hollandais vont-ils donc nous emmener… ?

Et bien, force est d’admettre que, musicalement, Delain ne surprend pas autant que graphiquement car "We Are the Others" reste dans la droite lignée de ce que nous connaissons d’eux, délaissant peut-être encore plus les ambiances orchestrales pour s’orienter vers une musique plus rock et directe, très accessible et simple d’accroche. Il suffit d’écouter un morceau comme "Electricity" pour comprendre la nouvelle direction des hollandais, au finale relativement proche de celle de Within Temptation, mais avec le timbre de Charlotte qui, de toute évidence, se trouve bien plus à l’aise dans ce style avec son timbre chaud et naturellement puissant mais peu lyrique. Les riffs se font simple, le refrain est immédiat et très facilement mémorisable pendant que d’agréables, envoutantes et caressantes nappes de claviers enveloppent l’ensemble sans pour autant l’aseptiser, le laissant respirer juste ce qu’il faut. La production, très organique, empêche d’ailleurs le groupe de tomber dans un stéréotype traditionnel du formatage actuel dans lequel Lacuna Coil a malheureusement sombré depuis "Shallow Life".

L’introduction du morceau éponyme et ses claviers très new-wave peut initialement faire peur mais il colle finalement très bien à l’esprit et à l’image de ce nouvel album ; positif et enthousiaste avec la vie. Ce refrain, cette âme qui en émane est comme un vent frais qui balaie le visage et lui offre une fraicheur revigorante. Il n’apporte rien de spécial, ne change rien mais rassure, procure un certain plaisir et c’est, sans s’en apercevoir, qu’un léger sourire parcourt nos lèvres et grave notre visage d’une illumination gracieuse et ensoleillée. Certes, le fond est pop mais qu’importe ?
Il faut les trouver ce refrain et cette mélodie de "Hit Me with your Best Shot" qui, bien que simples (simplistes ?) et très accessibles rentrent si bien en tête qu’une demi-écoute suffit pour déjà fredonner la chanson et la retenir complètement dès la deuxième écoute. Certes, le travail de composition n’est pas des plus ambitieux mais il faut reconnaitre un talent non négligeable dans l’art de trouver la mélodie qui tue et le refrain (un énorme travail ayant été réalisé sur eux) qui transforme chacune de ces compositions en tubes en puissance.

Très mélodique, "We Are the Others" durcit parfois un peu le ton pour rappeler ses origines. "Mother Machine" procure donc une dose plus forte d’adrénaline malgré une mélodie très en avant mais surtout un riff bien plus imposant que l’énormité de la production met parfaitement à l’honneur. Paradoxalement, c’est ici que le refrain se pare d’une plus tendre mélancolie, la caresse se faisant plus songeuse, moins immédiate, dans l’expectative.
En revanche, le chant masculin se fait désormais très rare, mis à part sur le curieusement raté "Where is the Blood" où Charlotte partage le chant avec Burton C.Bell (Fear Factory), sorte de mauvais remake du Lacuna Coil actuel où Burton se veut méconnaissable, très peu en voix et pas convaincant du tout. A l’inverse, "Babylon" renoue le visage plus symphonique du groupe, doté d’arrangements classieux, d’un riff épuré et simple et d’un refrain qui, une fois de plus, est déconcertant de simplicité et de facilité d’apprentissage. Cette vision sera probablement critiquée mais Charlotte excelle tellement dans ses parties, dans son chant et le placement de ses lignes vocales qu’il serait cruel de lui reprocher cette impact immédiat au profit d’une complexité qu’elle n’aurait peut-être pas maitrisée.

Concrètement, "We Are the Others" est un album de metal/rock avec la force de ses défauts ; à savoir une certaine linéarité dans le propos, des schémas répétitifs de morceaux mais une énorme maitrise du propos et surtout (le plus rare) un album qui ne lasse pas au bout de trois titres mais qui tient en haleine malgré le fait que l’on sache constamment où l’on va (le refrain de "Are you Done with Me" aurait pu apparaitre dans une comédie musicale mais qu’importe, une fois de plus ?). Delain est fidèle et honnête envers lui-même, ne cherchant pas à se montrer ce qu’il n’est pas. Il est vrai et sincère, même si cette sincérité n’est pas la facette la plus créative que l’on aurait pu attendre d’un artiste comme Martijn. Mais cette vérité n’est-il pas le plus cadeau que la vie lui ait fait ? Le plus bel hommage d’une revanche bien méritée ?
Écoutez. Profitez. Vivez. Staying Alive.

1. Mother Machine
2. Electricity
3. We Are the Others
4. Milk and Honey
5. Hit Me with Your Best Shot
6. I Want You
7. Where Is the Blood (ft. Burton C. Bell)
8. Generation Me
9. Babylon
10. Are You Done with Me
11. Get the Devil Out of Me
12. Not Enough

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