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Album

09/12/14 - U-Zine

Kartikeya

Mahayuga

LabelGrailight Productions
styleBrutal Death Folk
formatAlbum
paysRussie
sortieavril 2011
La note de
U-Zine
9/10


U-Zine

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L'Homme est un éternel insatisfait. Très vite l'Homme se lasse de toute chose, aussi bonne soit-elle. L'Homme cherche alors une nouveauté pour égayer ses journées. Fatigué fus-je d'écouter toujours les mêmes groupes, toujours les mêmes consonances sans aucune nouvelle identité. Les groupes de Death Metal se ramassent à la pelle, vibrent de la même façon, racontent les mêmes choses, de la même manière. Peu nombreux sont les groupes à l'identité affermie qui ne sonnent qu'eux-mêmes mais ceux-ci sont les plus grands d'aujourd'hui: Dying Fetus, Suffocation, Krisiun, Immolation, Nile et quelques autres, références de toute une scène qui marche dans leurs ombres. Au détour des chemins, quelques ovnis musicaux s'approchent. Ils pointent le bout de leur nez avec timidité. Ils sont pourtant très vite reconnus, soit par leur audace (Septic Flesh, Rotting Christ, Melechesh...), soit par leur son (The Berzerker...) mais seront très vite rattrapés par leurs nouveaux clones et la lassitude revient alors. Mais comme tout phénomène cyclique, une nouvelle force émergera, une nouvelle démence. Parmi celles-ci, 2011 portera fièrement le nom de Kartikeya au dessus du lot. Kartikeya ou le pari le plus osé depuis Nile, Kartikeya ou le renouveau du Death Metal tout simplement.

Kartikeya est un groupe à admirer sous deux angles différents. L'angle conceptuel qui résonne sur sa musique et l'angle purement metal. Mais tous deux fusionnent admirablement bien comme Septic Flesh a tout aussi admirablement bien fait fusionner éléments orchestraux et Death Metal. Kartikeya dans son concept nous a donné un nouveau souffle et il serait honteux de ne pas en parler. Signant ici leur second album intitulé « Mahayuga », les russes ont réussi un tour de force musical tout simplement exquis.

Kartikeya (Kârttikeya en romanisation ouest-européenne), fils de Shiva et de Pârvatî, est le dieu de la guerre dans le Panthéon indien, de manière beaucoup moins viril, il est d'ailleurs représenté enfourchant un paon. Le mot Mahayuga se réfère aux quatre yugas que sont Satya Yuga, Treta Yuga, Dvapara Yuga et Kali Yuga (par ailleurs les titres des quatre dernières pistes de l'album). Un yuga est un « âge » ou une époque dans un cycle de quatre yugas. Selon la cosmogonie hindoue, le monde existe sur une durée de 4 320 000 années solaires (le fameux Mahâyuga) avant de se dissoudre et d'être recréé à nouveau. Le premier Yuga, Satya, est un âge d'or et le déclin se poursuit jusqu'à l'âge sombre de Kali, dans lequel nous serions actuellement, et qui précède la dissolution (Pralaya, merci whiskypedia). A l'aide de cette douce mise en haleine, le plus aguerri des lecteurs aura compris le ton que prend Kartikeya, le groupe, sur cette excellente galette que nous discutons.

Kartikeya a deux facettes, comme notifié précédemment. La première facette, celle qui marque les esprits au premier abord, est l'influence de la musique folklorique indienne tout au long de la galette. A l'instar d'un album de Nile, celui de Kartikeya est parsemé d'instrumentalisations traditionnelles qui prennent part de manière forcenée tout le long du recueil. Comme on a pu le remarquer lors de cette très riche année 2011 avec des groupes comme Septic Flesh et son « The Great Mass » ou Fleshgod Apocalypse avec « Agony », Kartikeya suit ses grands frères et propose le premier et néanmoins grandiloquent album de Death Metal Folk Indien. Les instrumentalisations ne se font pas simplement accessoires des intro ou outro mais quadrillent le Death Metal de part en part. Les instruments ethniques sont trop variés pour être tous cités (et je ne les identifie pas tous) mais authentiques. Les ambiances sont bien entendu appuyées par un clavier mais aussi un set de percussion détonnant ainsi qu'un violon pour citer des instruments moins exogènes pour nous.
La galette jouit de nombreux morceaux simplement instrumentaux (« Moksha », « Exile », « Satya Yuga », « Treta Yuga ») ce qui pourrait passer pour un étrange pari concernant une production qui se veut plutôt brutale. Le résultat n'en est que plus dément et l'ambiance apposée davantage renforcée.
Gardez à l'idée que les sonorités traditionnelles sont utilisées comme n'importe-quel instrument tout au long de l'album comme le ferez Arkona par exemple et vous aurez déjà compris une partie de ce qu'est Kartikeya.

Néanmoins, Kartikeya reste un groupe de Death Metal, limite Brutal Death, et ne pas parler de leur autre facette musicale serait un second crime. Seulement, c'est ici que la musique de Kartikeya touche sa limite, et encore, limite technique tout au plus. Sa limite n'est pas atteinte dans les mélodies, qui au contraire s'accordent admirablement bien avec l'idée du skeud. Les riffs répondent juste parfaitement à l'écho lancé par les instrumentalisations traditionnelles. Ils ne sont pas ultra techniques, mais juste exactement comme il faut, où il faut. Sa limite se trouverait peut-être dans la batterie qui n'est pas ultra brutale. Elle est bien faite avec pas mal de blast et une bonne double mais pas aussi monstrueuse que sur un album de Nile. Et encore, est-ce un défaut pour ce type de production ? La limite de Kartikeya est peut-être que ses ambiances, son identité est tellement forte que le metal très classique passe pratiquement inaperçu à côté. Autrement dit, c'est une limite qu'on voit que si on décide de la voir. Pour ne rien gâcher, la prod' est impeccable et l'album bénéficie du gros son qui lui était dû.

Le résultat d'un système est très souvent plus important que l'addition simple de ses composantes. Cette règle mathématique s'applique en Physique ou en Biologie, alors pourquoi pas en Musique. Kartikeya ne déroge pas à cette règle qui prend en compte les interactions entre les composantes. Alors l'agencement de son Deah Metal traditionnel avec une inspiration ethnique aboutit à un étonnant résultat. Les rythmes s'en trouvent modifiés pour correspondre à l'identité indienne voulue par le groupe à l'instar de l'album « Emissaries » de Melechesh et de son ambiance orientale correspondante. Ainsi, l'auditeur perçoit plaisamment une sorte de groove incongru qui l’entraîne dans une ballade rythmique qui peut aller jusqu'à l'incartade sur des morceaux ingénieux comme « Fields of Kurukshetra », morceau qui représente à mon goût la perle des 1h11 que dure l'ouvrage.

J'escompte que vous aurez compris ce que je pense de ce nouvel album de Kartikeya. Il représente à mes yeux une des pièces maîtresses de 2011 et peut très largement loger à côté des meilleures sorties de cette année. Si le groupe continue dans cette lancée, il sera bientôt sur les devants de la scène et le groupe ouvrira pour le prochain Kumbhamela (littéralement « la fête de la cruche » en sanskrit), le plus grand pèlerinage hindou. Procurez vous l'album sans plus attendre et laissez vous porter par un doux soufflement hindouiste ; une belle ballade vous attend, brutale, mais néanmoins appréciable.

1. Sarva Mangalam
2. He Who Carries the Head of Brahma
3. The Path
4. Fields of Kurukshetra
5. Moksha
6. Neverborn
7. Surya Jayanti
8. Exile
9. Choirs of Oblivion
10. Utpavana
11. Satya Yuga
12. Treta Yuga
13. Dvapara Yuga
14. Kali Yuga

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