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Album

09/12/14 - U-Zine

An Autumn for Crippled Children

An Autumn for Crippled Children

LabelATMF
styleShoegaze / Black metal lumineux
formatAlbum
paysPays-Bas
sortieseptembre 2011
La note de
U-Zine
8/10


U-Zine

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Et si nous offrions un nouvel automne pour les enfants handicapés hein ? Après tout, il y a presque deux ans, un jeune groupe hollandais proposait déjà, et avec générosité une ballade Black Metal sinistre, mélodique, presque doom par instants, sans trop fricoter avec son penchant extrême en sortant de nulle part un Lost très personnel, qui, sans prétendre chambouler quoi que ce soit, avait fait son petit effet par sa construction et son atmosphère poisseuse et asphyxiante.

Everything est donc le second bébé accouché du trio mystérieux sans pour autant qu’il reprenne les choses là où il les avaient laissées. An Autumn for Crippled Children a choisi la voie du changement subtil, déviant sensiblement de la ligne black metal prog' de Lost pour aborder des contours shoegaze, du meilleur effet, que ce soit dit tout de suite.
Everything correspond aux teintes plus claires de sa pochette, le traitement du son se veut plus éclatant, plus lumineux que par le passé, la voix, presque toujours hurlée et typée Black, déjà retirée dans Lost se trouve ici quasiment noyée sous un nuage de distorsion, largement dominé par une basse omniprésente, relativement répétitive mais qui s’autorise quelques escapades mélodiques plongeant l’auditeur dans une sorte de chaleur rassurante, quoique désespérée. 9 morceaux d’environ 5 minutes constitueront le parcours d’Everything, parcours plus accessible mais multi facettes, dont il vous faudra aprenter plusieurs fois les obstacles pour en percer et en apprécier tous les arcanes. Une sorte de contemplation béate émaillée de pensées aussi noires que l’abîme.

Les titres, bien que parfois moins longs que sur Lost, se répètent davantage, varient les atmosphères passant de power-chords massives à arpèges mélodieux, mais varient peu les rythmes comme cela était le cas auparavant. Nous sommes dans le mid-tempo, pas d’accélérations franches, ou juste à demi-mots, pas de réels sursauts de brutalité, An Autumn for Crippled Children privilégie la constance rythmique au relief, créant ainsi une toute autre atmosphère que celle égrainée par son illustre prédécesseur.
Très atmosphérique, la musique d’Everything pourrait se définir comme l’expression d’une belle tristesse, réconfortante par la chaleur de sa production, mais amère par la mélancolie de sa mélodie repliée sur elle-même, faisant la part-belle à l’instrument, au chant murmuré, à la nuance de notes plutôt que de structures. En somme, An Autumn for Crippled Children a effacé intelligemment le Black Metal de Lost au profit d’une atmosphère plus palpable, peut-être plus unitaire une fois l’album pris dans son ensemble mais pas forcément plus personnelle compte tenu de la claque prise par Lost et des influences supposées des excellents et défunts The Angelic Process (Le riff final de Formelessness, c’est du plagiat avec une voix black en plus).

Et c’est sans doute là que le bât blesse, car le trio Hollandais a gagné en mystère ce qu’il a perdu en pertinence. Alors certes, Everything dispose d’une force peu commune, et un groupe qui sait mettre sur bandes une musique de qualité en dépit de ses évolutions mérite largement d’être écouté. Malgré tout, Lost était une gentille baffe, qui digérait ses influences à un tel point qu’il parvenait à faire du neuf avec du vieux.
An Autumn for Crippled Children a perdu l’impact que procurait Lost, choisissant, sans doute pour des raisons ou des inspirations largement maîtrisées, une musique moins progressive, plus atmosphérique, faisant référence à bien des égards au plus emblématique des groupes de shoegaze underground (cf. plus haut).
Difficilement étiquettable, bien que ce soit indispensable pour orienter quiconque ne connaîtrait pas le groupe, j’évoquerais Everything comme une sorte de Post-Black Atmosphérique. Ça sonne toujours pompeux je vous le concède, et de toute façon, cataloguer ce type de groupe m’a toujours posé problème.
An Autumn for Crippled Children, et c’est là le plus important, reste une formation à suivre, afin de savoir vers quels horizons il va nous emmener dès son prochain effort, car en dépit de ses défauts si nous prenions Lost comme mètre-étalon, cette formation trop anonyme à mon goût évolue au dessus de la mêlée, propose une musique sensible, intelligente, construite, à défaut, en l’espèce, d’être profondément originale. Cet album est une expression d'une joie toute en retenue mais dont on percerait la carapace un peu trop fissurée pour être indiscutable.

Entre tête dans les nuages et pieds dans la tombe, voilà peut-être l'album dont avait besoin la formation pour s'extirper du drame qu'évoquait Lost.
Une question subsiste cependant, lorsque l'on est capable d'être aussi expressif que sur un Lost, pourquoi céder à autant d'évidences, et pourquoi se chercher davantage encore alors que la voie semblait être toute trouvée ?

En attendant, et avec impatience, la suite.

1. Forever Never Fails
2. Formlessness
3. Absence of Contrast
4. We All Fall
5. Nothing/Everything
6. Her Dress as a Poem, Her Death as the Night
7. I Am The Veil
8. Cold Spring
9. Rain

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