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Album

09/12/14 - U-Zine

Nami

Fragile Alignments

LabelKlonosphere
styleMetal Progressif Extrême
formatAlbum
paysAndorre
sortiemai 2011
La note de
U-Zine
9/10


U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Paysages désolés des astres morts ; explosion ésotérique de particules dans l’infiniment petit et l’infiniment grand de l’univers ; alpha et omega d’étoiles…l’existence baigne dans un cosmos irréel et insondable à qui nous devons tout, autant vivre que mourir.
Évoquer la terre, l’air, le feu et l’eau apparait comme la moindre reconnaissance d’une vie ayant accueilli dans son berceau des millions d’êtres vivants.

De la douce quiétude de l’éveil peut néanmoins surgir la sauvagerie d’une conquête existentielle. Comme une épopée…la traduction d’une existence en sons et en images…d’une vie de la naissance au retour à la terre…d’un cycle se bouclant finalement parfaitement. Sans pollution, sans infrastructures vaines, sans affrontements élitistes ou matériel superflu…omega nous guette…mais commençons par le commencement…

"Awakening from Lethargy"…douce léthargie dont Nami nous tire délicatement, avec douceur et poésie presque. Nami est inconnu, pour le moment tout du moins, mais explore des paysages musicaux d’un aventurier conquérant et sur de sa force et de son audace. Originaire d’Andorre, la peur ne fait visiblement pas partie de leur vocabulaire…et c’est sous le patronyme songeur et métaphysique de "Fragile Alignments" qu’ils décident de nous conter leur histoire.

"Awakening from Lethargy"…le souffle d’un être nous accueille, puis une douce mélodie acoustique, peuplée de sons naturels et des bruissements du vent. Doucement, la caisse claire fait son apparition pour nous amener vers un lieu non pas plus hostile mais plus vivant, prenant rapidement sa dimension plus imposante. Les mélodies commencent à s’entremêler, une nappe de claviers planante fait son apparition et les éléments explosent les uns dans les autres dans un magma organique superbement mis en valeur grâce à un travail sonore délicat, puissant et d’une finesse rare. La virtuosité émotionnelle d’un Devin Townsend n’est pas très loin, tout autant que l’émotion d’un Opeth ne serait pas forcément différente.

Mais la vie est violence, et la violence se matérialise sous la forme d’un premier véritable morceau dantesque : "The Inner Man : Materia". Balançant des riffs alambiqués et polyharmoniques techniques et sauvages, Sergi "Bobby" Verdeguer lance la composition sur un travail de batterie impressionnant, avant de voir surgir la bête. Le chant de Roger Andreu, très primaire dans sa forme growl, évoluera lui aussi tout au long du périple initiatique que se veut être "Fragile Alignments". La puissance progressive de la musique de Nami tire sa force d’un travail de guitare très inspiré et technique sans jamais tomber dans une démonstration stérile de ressenti. La musique du quintette ne cesse jamais de vivre, à aucun moment, mais évolue constamment, de morceau en morceau.
"The Growing – Earth", s’ouvre déjà dans une voie plus acoustique et évolutive, qu’un Porcupine Tree récent ne renierait pas (autant que la voix claire de Roger n’est pas sans rappeler celle, pure et sublime, de Steven Wilson). Nami développe des envolées lyriques d’une beauté à couper le souffle, entre un chant clair hypersensible, des grunts perçu en toile de fond et des chœurs discrets audibles en filigranes. La richesse sonore est telle que de multiples écoutes seront nécessaires afin d’entendre les infimes subtilités des morceaux.

"Loop of Truth (The Link)", porte intelligemment son nom puisqu’il forme une sorte de pont, de cassure dans la structure même de l’album, comme si, depuis son éveil cinq pistes plus tôt, l’homme devenait enfin adulte et maitre de lui-même ; plus réfléchi, sombre et désespéré. La musique se noircie, devient plus dure, inquiétante et oppressante. Une portée schizophrénique se dessine dans une multitude de lignes vocales tissant un certain déséquilibre émotionnel, une fragilité se cachant derrière une fureur explosant ici et là. "Cosmical Beginning" forme alors la dimension la plus expérimentale et magique de l’album. Les riffs deviennent hypnotiques, massifs. La production se fait réellement colossale, les plans de plus en plus techniques et imprévisibles, une nouvelle fois à la manière de ce que Devin Townsend fit de mieux lorsqu’il allia les genres de SYL et de son art en solo. Le chant est plus possédé que jamais, évoquant parfois celui de Niilo Sevänen (Insomnium) dont la richesse se serait décuplée.

Les plans s’enchainent et les morceaux s’allongent inexorablement, s’approchant allègrement des neuf minutes sans provoquer une once d’ennui ou de longueurs futiles. "Conscience of the Void", mélancolique et spatiale (logique à la vue du titre) emmène l’auditeur très loin, de tout et surtout d’un environnement surpeuplé et pollué par les autres. Dans un minimalisme salutaire, notamment après la décharge sonore que fut "Cosmical Beginning", avec simplement des arpèges sublimement sensibles et quelques claviers atmosphériques, Nami touche à la créativité pure et naturelle, qu’un si jeune artistique ne parvient d’ordinaire à ne serait-ce qu’effleurer. Le chant de Roger y est plus bouleversant que jamais, d’une sincérité inouïe où la sensation d’une catharsis le mettant littéralement à nu est d’une intensité rare. Une approche presque pop, délicate et décharné, apporte une forte humanité à l’ensemble, prenant la forme d’une élévation spirituelle, d’une prise de conscience éthique et psychologique se matérialisant peu à peu sous la forme d’une musique ôtant le superflu sans une seule seconde devenir simple ou passéiste (le jeu de cymbales est ahurissant d’intelligence technique, tout comme la basse de Ricard Tolosa).

"The Inner Man : Antimateria", s’enchaine dans une optique similaire au morceau précédent, mais avec une rédemption plus visible, une noirceur moins présente et peut-être, une certaine forme d’optimiste, que l’on pourrait apercevoir dans ces soli sublimes de finesse. L’approche sonore évoque énormément le "Ki" de Devin Townsend, si bien que l’ambiance y devient forcément plus positive et posée. "The Pattern" achève "Fragile Alignments" comme une boucle renvoyant à "Awakening from Lethargy", comme une sphère infinie faisant de ce premier album une œuvre que l’on pourrait écouter et réécouter sans jamais se lasser, et toujours dans un souci de cohérence très fort. Une forme d’aboutissement émane déjà de ce premier effort témoignant d’une intelligence artistique et créative devenant de plus en plus usurpé.
On ne pourra également que féliciter le groupe pour sa recherche conceptuelle se traduisant également dans un artwork sublime et métaphorique, autant que dans un digipack superbe et un livret magnifique, où chaque composition dispose de son illustration peinte, mettant en valeur des textes profonds et écrits d’une plume aguerrie.

Nami est déjà en vous…"Fragile Alignments" est là…il est la terre, l’air, le feu et l’eau…notre environnement et notre vie…il est la première pierre d’un édifice qui ne demande qu’à grandir avec le temps…et notre temps…

1. Awakening from Lethargy
2. The Inner Man: Materia
3. The Growing – Earth
4. Oppression and Understanding Fire
5. Loop of Truth (the Link)
6. Cosmical Beginning – Air
7. Conscience of the Void (from Oblivion to the Renew) – Water
8. The Inner Man: Antimateria
9. The Pattern