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Album

14 juin 2026 - ZSK

Lorn

Searing Blood

LabelI, Voidhanger Records
styleBlack metal atmosphérique
formatAlbum
paysItalie
sortiemai 2026
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Avec l’excellent Subconscious Metamorphosis en 2013, le projet italien Lorn fut une des premières révélations de l’inénarrable label compatriote I, Voidhanger, suivant celles de Midnight Odyssey et Ævangelist. C’était bien évidemment dans un style qui fera la renommée de l’écurie : du black dissonant et un brin expérimental, ici qui empruntera beaucoup à Blut Aus Nord, avant la déferlante de sorties encore plus bigarrées qui a suivi ces dernières années autour de Neptunian Maximalism et consorts. Lorn, de son côté, ne s’était ensuite remontré que pour l’étrange EP (désormais considéré comme un album) Arrayed Claws en 2017. La formation de Radok, qui a connu plus de batteurs qu’il n’a sorti d’albums, est plutôt discrète. Et elle a eu un passé, avant Subconscious Metamorphosis, avant l’arrivée chez I, Voidhanger, avec un premier album Towards the Abyss of Disease datant de 2006. Où Lorn pratiquait un black metal beaucoup plus traditionnel et un brin atmosphérique, que les élucubrations dissonantes et trans-dimensionnelles qui ont suivi. Il sera alors étonnant de constater que neuf ans après Arrayed Claws et donc 20 ans après son premier album, Lorn va quasiment pratiquer un retour aux sources. Toujours chez I, Voidhanger pourtant, mais aussi chez le label Dolomia Nera pour la version vinyle de Searing Blood, label spécialisé dans… la scène black metal des Dolomites. De toute façon, la présence d’un nouveau logo un peu plus trve et une pochette qui évoque le Sud-Tyrol d’où est originaire Radok annonçaient finalement la couleur. Fini les trips astraux, retour à la terre.

Pourtant, le très rugueux morceau-titre qui ouvre ce quatrième album de Lorn annonce une filiation assez claire à Arrayed Claws quand des dissonances caractéristiques apparaissent après seulement quelques secondes. Mais c’est une sortie de dimension maléfique tout en transition qu’effectue Lorn puisque rapidement, un nouveau paysage apparaît, teinté de mélodies et de synthés plus marquants mais aussi plus traditionnels d’un black metal de la fin des années 90. Sans vraiment refaire la même chose que Towards the Abyss of Disease, Lorn se réinscrit dans un sous-style assez évident, certes plus classique mais non moins intéressant car l’inspiration sera au rendez-vous. Lorn sera pourtant toujours aussi insaisissable et imprévisible puisqu’il enchaîne « Haderburg » et « Leuchtenburg » (qui font référence à deux châteaux du Sud-Tyrol), un premier morceau très épique mais très court (deux minutes à peine) ; et un second bien plus long (11 minutes) au tempo soutenu qui prend une direction nettement plus atmosphérique, jalonnée par des instrumentations acoustiques, des samples d’ambiance et un break central. C’est donc la mélodie qui prend le dessus sur la dissonance, accompagnée par un chant éraillé relativement discret, et peint le nouveau tableau de Lorn. Searing Blood se pose alors très vite comme un album enivrant suite à cet enchaînement de deux pistes aux durées diamétralement opposées mais qui se complètent parfaitement, promettant un album de black metal atmosphérique rafraîchissant et bien exécuté à défaut d’être révolutionnaire. Si vous vouliez un trip hallucinatoire à la Subconscious Metamorphosis, il faudra aller vous fournir ailleurs, mais Lorn ne perd pas en intérêt, bien au contraire, et c’est un pari et un petit tour de force.

D’ailleurs Lorn arrive quand même à surprendre piste après piste vu qu’un « Gallows » se montre plus rythmé, avec un riffing plus old-school mais toujours fortement mélodique, nous offrant à nouveau un passage central semi-acoustique particulièrement gracieux et entraînant, au sein de neuf minutes plutôt formidables. Searing Blood finit donc par nous emmener, plutôt que dans un univers chaotique, dans une petite balade au sein d’un Sud-Tyrol enneigé mais sous un soleil bien présent et des températures clémentes, contrastant avec le côté plus glacial et nocturnal d’un Towards the Abyss of Disease. Searing Blood est donc un nouveau départ pour Lorn, repartant de sa cabane où se terrait un portail dimensionnel pour arpenter des chemins montagneux. Tout cela avec une bande-son bien épique, en témoigne encore l’instrumental très enlevé qu’est « Ordo Draconis », avec des synthés haut perchés et des mélodies lumineuses. Et la balade se termine magnifiquement par « Threshold’s Tragedy », un final parfait où les synthés se lâchent, entre des trémolos libérateurs et un bon jeu tout en retenue du batteur Chimsicrin (Tenebrae In Perpetuum, Gorrch), le… sixième pour Lorn (alors que Radok lui-même a été… batteur pour Battle Dagorath). Alors que l’on attendait plus Lorn, que Subconscious Metamorphosis et Arrayed Claws s’étaient suffis à eux-mêmes au fil du temps, le voilà donc de retour avec un album qui fait contrepied à sa discographie (relativement) récente et au style qui lui avait permis de sortir du lot. Et un Searing Blood très réussi, qui figurera d’ailleurs probablement dans mon top des albums de black metal de l’année, l’ensemble formant alors une sorte d’exploit à sa manière. Que vous suiviez la carrière de Lorn ou pas, Searing Blood est un album de black atmosphérique qui vaut bien le détour par les Dolomites et le Sud-Tyrol… si vous ne saviez pas encore où aller pour vos congés d’été.

 

Tracklist de Searing Blood :

1. Searing Blood (6:04)
2. Haderburg (2:28)
3. Leuchtenburg (11:37)
4. Gallows (9:58)
5. Ordo Draconis (4:07)
6. Threshold’s Tragedy (6:55)

 

 

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