Chronique Retour

Album

06/03/17 - ZSK

Lorn

Arrayed Claws

LabelI, Voidhanger Records
styleBlack Metal transdimensionnel
formatEP
paysItalie
sortiefévrier 2017
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Lorn, qui nous intéresse aujourd’hui, n’est pas un projet américain d’IDM. Il s’agit de son homonyme nous venant d’Italie, ou plutôt venant d’une dimension parallèle chaotique, à l’instar d’un Ævangelist. Pourtant, à la base, rien ne distinguait vraiment ce groupe mené par Radok, éphémère batteur de Battle Dagorath, de nombreuses formations de Black-Metal. Pour ses deux premières sorties conséquentes - la démo The Path To The Black Infinity (2004) et l’album Towards The Abyss Of Disease (2006) - Lorn pratiquait un BM rugueux et forestier, bien fait mais très commun. Dieu ou Satan ou toute autre divinité sait ce qui s’est passé entre les splits From The Ancient Dolomitic Forests (avec Tenebrae In Perpetuum, Chelmno et Near - 2007) et Enshroudment Of Astral Destiny (avec Battle Dagorath et Archon - 2012), mais Lorn et son line-up très instable (6 batteurs ont côtoyé Radok en 15 ans) a eu une sorte de révélation astrale. Le virage fut assez radical et pour son deuxième full-length, Subconscious Metamorphosis (2013), Lorn avait pris une autre dimension, dans tous les sens du terme. Son Black-Metal forestier finalement terre-à-terre avait laissé place à un BM particulièrement hypnotique et apocalyptique. Un incroyable album particulièrement aliénant, sorte de Blut Aus Nord très contemplatif qui aurait dédié son œuvre au pur chaos. Assurément la meilleure sortie du très barré label I, Voidhanger Records qui ne devait pas laisser Lorn s’arrêter en si bon chemin, et continuer à le suivre dans son voyage transdimensionnel, vers les abysses d’un Black-Metal torturé et occulte, noir et cosmique, inquiétant et dissonant.

De son nouveau voyage dans l’espace-temps suite à la projection astrale provoquée par la métamorphose de son subconscient, Lorn a ramené de nouvelles images et de nouveaux sons. Des images bien retranscrites par Francesco Gemelli qui nous a dessiné ces étranges créatures venues d’un monde maléfique pour la pochette de Arrayed Claws, EP au contenu relativement généreux (39 minutes). Lorn s’est chargé de mettre en musique ses visions de l’infini et l’au-delà, et en tombant sur des créatures à apparence animale dans la dimension où il s’est retrouvé, a donc choisi de remettre en exergue un Black-Metal plus tranchant et organique, délaissant un peu la pure abstraction lancinante de Subconscious Metamorphosis. Le groupe italien n’est pas non plus retourné dans les forêts de Towards The Abyss Of Disease, même si ces efforts qui datent désormais d’il y a plus de 10 ans contiennent encore des bribes de son expression musicale actuelle. Non, Lorn a encore dédié son œuvre musicale au chaos, à grand renfort de dissonances et d’ambiances mystico-apocalyptiques. Son mode d’expression repasse également par un chant BM assez classique, laissant derrière lui le chant grogné de Subconscious Metamorphosis et son aspect purement instrumental (rappelons que seul le premier morceau de cet album comportait des vocalises). Lorn pratique donc encore un Black-Metal venu d’ailleurs qui choisit l’hypnose et la lancinance pour capter son auditoire, Blut Aus Nord n’est jamais loin histoire de suivre un sillage connu, et Arrayed Claws se permet aussi de chasser sur les terres de Deathspell Omega. Mais avec Subconscious Metamorphosis, Lorn avait créé un Black-Metal transcendental et oppressant, et cet EP en est sa version plus directe et agressive, Lorn cherchant vraiment à nous poser un musée des horreurs transdimensionnelles.

"Disharmonic Feticism" nous pose directement une ambiance sinistre et mystique avec des riffs dissonants glauques et saisissants, effet renforcé par ces vocaux arrachés qui posent une nouvelle fois une partition musicale hallucinante et effrayante. La répétition reste le mode d’expression favori de Lorn, mais avec une section rythmique animée d’une certaine frénésie et d’une relative urgence, le groupe italien se trouve aussi une remarquable efficacité, dans un Black-Metal chaotique qui devient vite prenant. Mais l’hypnose ne se fait plus doucement, elle se fait dans l’agression, comme si Lorn voulait nous mettre en garde contre les risques du voyage transdimensionnel. Pourtant, Lorn ne perd jamais de vue son récital, et l’illumine de riffs plus éthérés et d’un final ambiant qui nous fait reposer en contemplant le vide astral juste parsemé de quelques étoiles lointaines. Avant de nous piéger avec le bien nommé "Abstract Trap", morceau protéiforme qui démarre de manière bien incisive avant de partir dans un tourbillon de dissonances assez formidable en son genre. On est happé dedans et l’on se retrouve à voguer dans le vide, au son d’un ambient dronesque particulièrement glacial. Avant que la matière ne revienne d’un coup et réoccupe l’espace à coups de compositions chaotiques. Un void musical incroyable qui témoigne bien de tout le talent de Lorn pour pondre un Black-Metal particulièrement aliénant et halluciné. Arrayed Claws est néanmoins l’occasion pour le groupe de refaire quelque chose de plus classique et "Toybodïm" est là pour en témoigner, mais les dissonances sont toujours là et surtout Lorn est en forme, remonté et prêt à en découdre, avec un Black-Metal rugueux et implacable, chaotique mais contrôlé, et baignant toujours dans une atmosphère venue d’un autre monde.

"Süt-Aq-Köl", rien que le nom du morceau provoque déjà des questionnements et Lorn y excelle encore avec son chaos riffique, une plage instrumentale qui évoque Subconscious Metamorphosis mais dans une version plus blastante et expéditive. Lorn explore les dimensions et n’a pas peur d’en ramener des étrangetés maléfiques. Et de tenter encore de nous y emmener par une subtile hypnose musicale avec notamment ce final ambiant très éthéré qu’est "Aus Nebel Turm", dont les mélopées astrales titilleront à coup sûr notre subconscient. Plus contemplatif qu’un Ævangelist, plus efficace qu’un Blut Aus Nord, moins étouffe-chrétien qu’un Deathspell Omega, Lorn excelle avec l’équilibre qu’il a trouvé - volontairement ou non - pour Arrayed Claws, dont on trouverait presque dommage qu’il ne s’agit que d’un EP. Un EP dont le côté plus classique du Black-Metal proposé l’empêche de dépasser Subconscious Metamorphosis, mais il s’agissait d’une performance astrale et d’une expérience sonore pour Lorn et difficile de savoir si le groupe refera un jour la même chose. Après 4 ans d’attente, Arrayed Claws n’est point frustrant, même si forcément on aurait préféré un album complet parfaitement fignolé, mais la formation italienne effectue un retour saisissant comme on pouvait l’attendre, et livre un EP tout aussi glauque et tranchant qu’il demeure hypnotique et aliénant. Avis aux amateurs de Black-Metal aventureux et dissonant, Lorn poursuit son exploration des dimensions après avoir puisé au plus profond de son subconscient, et le témoignage musical qui en découle fait du projet de Radok une des expériences les plus remarquables du moment en termes de Black-Metal chaotique, hypnotique, extra-terrestre et bizarroïde.

 

Tracklist de Arrayed Claws :

1. Disharmonic Feticism (10:53)
2. Abstract Trap (10:15)
3. Toybodïm (6:09)
4. Süt-Aq-Köl (4:56)
5. Aus Nebel Turm (6:40)