
Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.
Aurélie Jungle : Daevar, ça va vite. Ça va très vite. Daevar, c’est un EP par an depuis 2023, et un titre de plus sur chaque EP. Un dernier EP sorti en mars 2025, trois EP à leur actif donc et jusqu'ici, tu fais le tour de la discographie en 1 h 30. Et quelle discographie… Disons qu’en trois années, et en 1 h 30, tu sens déjà bien le chemin parcouru. L’évolution est palpable mais surtout exacte.
Daevar, c’est du doom / stoner sur une trame grunge. Un trio qui nous vient de Cologne, produit sous le label The Lasting Dose Records et composé de Pardis Latifi (chant et basse), Caspar Orfgen (guitare) et Moritz Ermen Bausch (batterie). Le son est saturé, la voix est suave, les riffs sont sombres, hypnotiques, les solos dantesques, mais en contraste : ça peut aussi être très atmosphérique. Ça n'est pas sans rappeler Monolord évidemment, mais un Monolord qui a misé sur une autre ambiance.
En 2023, Daevar sort Delirious Rites. Un EP de cinq titres aussi lourds qu’aériens. Le son est dégueulasse, suave, immersif et pour un premier EP, la promesse était déjà belle. « Leviathan » est une claque de disto qui t’emmène six pieds sous terre durant dix petites minutes que tu vois à peine défiler. Ouais « Yellow Queen » aussi. Ouais.
En 2024, ce sera au tour de Amber Eyes, un EP de six titres où on note déjà une légère évolution : le son est un peu moins gras et il y a un peu plus de place laissée à la voix. Un choix divin qui te fait rapidement réaliser que le groove et l’espèce de délicatesse de Pardis sont imparables. Te voilà ensorcelé(e) en à peine trente secondes, dès le premier morceau de l’EP, « Lilith’s Lullaby ».
Mais revenons à nos moutons. Mars 2025 signe la sortie du troisième EP de Daevar : Sub Rosa. Sept titres, trente-et-une minutes et dès le démarrage, tu sens une évolution sur la prod, beaucoup moins « lo-fi » que sur les deux EP précédents. Les morceaux sont aussi plus courts, une petite moyenne de quatres minutes quand on était sur sept à huit minutes sur les productions précédentes. On traduit ça comment ? Flemme ? Non. Daevar a fait le choix d'aller droit au but.
L’album est organisé en deux parties. Sorte de descente en enfer. On démarre soft, léger, très grunge, limite ensoleillé, pour aller vers un tempo de plus en plus lent, des sonorités de plus en plus saturées et une ambiance de plus en plus sombre.
L’ouverture se fait avec « Catcher in the Rye ». Une entrée par la grande porte. Après une délicate intro, direction une autre dimension. Le trio lâche les chevaux et c’est compliqué de ne pas partir avec.
S’ensuit « Siren Song ». Et c’est un peu la surprise tant ce morceau (et ce qui vient après lui) est différent du reste de la discographie. Elle est là l’évolution de Daevar. C’est un shot de grunge avec une signature doom qui se maintient via la basse de Pardis. Mais la batterie et la guitare parlent franchement une autre langue. « Wishing Well » est dans la même veine.
« Daughter », lui, est le parfait mélange de tout ce qu’a produit jusqu’ici Daevar. C’est peut-être le morceau à écouter de Sub Rosa pour se faire une idée non seulement de l’album, mais aussi du groupe finalement. « Mirrors » est une entrée dans les limbes avec son écho sonore permanent, cette voix vaporeuse et cette guitare qui prendra le relai au second refrain pour te faire définitivement lâcher prise. Le morceau a même l’audace de te laisser sur ta faim.
S’ensuit « Forgotten Tale » avec ses cris éthérés secondés par une guitare qui viendra mettre un terme au supplice avec un solo magistral qui t’enverra en lévitation pendant trente bonnes secondes. T’arrives sur le dernier morceau en sueur, ne sachant même plus à quelle sauce tu pourrais être mangé tant la créativité du groupe te paraît incommensurable.
« FDMSD », dernier titre donc, est le morceau le plus long de l’album. 1:50 d’intro parsemée de cris qui sortent de la brume et d’une guitare qui t’annonce qu’elle va t’en foutre plein la gueule. Le morceau est lent, la voix lascive, la basse et la batterie restent omniprésentes avec une rythmique constante puis pouf : le solo de guitare d’une minute histoire d’apporter une strat supplémentaire à l’ensemble. Le morceau court avec le même pattern sur deux minutes supplémentaires, coupées par un break pour plonger davantage, et finit par s’évaporer sur une sorte d’appel à l’aide. Bordel.
Bien que plus long que les autres, Sub Rosa est toujours trop court. Au fil de sa discographie, Daevar affine son style et améliore aussi sa production. Le son prend de plus en plus de profondeur avec une voix qui a gagné de l’espace, une basse dantesque, insubmersible, une guitare toujours plus psychédélique qui choisit à chaque fois parfaitement son moment, et une batterie impeccable, en continu, mais qui ne vient écraser personne. Sub Rosa est d’une intensité folle et les quelques prises de risques qu’il contient sont de bon augure parce qu’elles sont exactes, parfaitement exécutées et se fondent, malgré tout, avec le reste. Ouais, j’ai beaucoup de mal à m’en lasser depuis sa sortie. Aura-t-on droit à un nouvel EP (voire un album) pour 2026 de la part de Daevar ? Suspense.
Tracklist :
1. Catcher in the Rye
2. Siren Song
3. Wishing Well
4. Daughter
5. Mirrors
6. Forgotten Tale
7. FDSMD















