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jeudi 12 février 2026

Stygian Bough (Bell Wich + Aerial Ruin) + 40 Watt Sun @ Paris

Backstage by the Mill - Paris

Di Sab

Entre Hermano / Solace en mai et Stygian Bough / 40 Watts Sun en février, Garmonbozia a choisi de ravir les fans de musiques lourdes lors de la première moitié de 2026. Bien que musicalement ces deux propositions ne soient pas similaires, on peut y voir une volonté de proposer des plateaux qualitatifs et cohérents de groupes un peu en dehors des poncifs du genre. En pleine semaine, malgré un temps horrible et une période assez dense en termes de concert, le public a su répondre présent et c’est devant un parterre relativement compact que je me retrouve face à Patrick Walker de 40 Watt Sun.

 

40 Watt Sun

Je confesse ne connaître 40 Watt Sun que de réputation. Comme tout le monde, je sais qu’il s’agit du projet annexe de Patrick Walker, plus connu pour son rôle de vocaliste chez Warning. Alors que, sur album, 40 Watt Sun est un groupe à part entière possédant une section rythmique, ce soir, Walker joue seul.

 Les connexions entre doom et affiliés et musique acoustique sont nombreuses. Steve Von Till et Scott Kelly de Neurosis sont connus pour leur carrière solo respectives, Mike Scheidt de Yob a sorti un superbe album solo. J’aime beaucoup également les carrières de Dorthia Cottrell de Windhand et de Wino (Saint Vitus / The Obsessed). A première vue, ces liens denses peuvent apparaître comme quasiment contradictoires. D’un côté on a une esthétique où la dimension massive du son via de nombreux effets est une réelle composante. De l’autre, on retrouve une musique où l'absence d'artifice est assumée. Cependant, dans les deux cas, il y a une volonté d’aller chercher l’essence d’une émotion et de la transmettre. Les musiques lourdes américaines doivent d’ailleurs beaucoup aux désespérés de la folk à la Townes Van Zandt.

Dans le cas de 40 Watt Sun, ce  rapprochement est particulièrement visible. Les lignes vocales de Warning, dans leur dépouillement et leur capacité à transmettre cette forme d’impuissance, contrastent avec les riffs majestueux. Au sein de 40 Watt Sun, l’accompagnement guitaristique envoûtant et particulièrement répétitif met en valeur les lignes vocales et renforce la dimension écorchée du propos. Là où certains accentuent la dimension élégiaque de leur ligne vocale, on peut penser à Pallbearer, il y a, chez Patrick Walker, une façon un peu monotone de chanter qui donne une sorte de recul sur son mal-être, rendant son art si unique.

Personne ne s’y trompe, le concert se déroule dans un silence qui permet la meilleure des immersions avec, en point d’orgue, une superbe version de "Carry me Home", qui m’a réellement touché. Pour sa première en France, 40 Watt Sun a vraiment rappelé qu’il était bien plus qu’un side project-passe-temps. Un vrai grand moment.

Setlist :
Colours
Pour your Love
Astoria
Stages
Carry me Home
Marazion

Stygian Bough

J’aime beaucoup Bell Witch. Le groupe se trouve souvent pris entre deux feux, et à tort selon moi. Les puristes du funeral doom leur reprochent d’avoir « popularisé » le style notamment via l’artwork de Mirror Reaper qui a attiré la curiosité des non-initiés tandis que d’autres peuvent s’avérer taquins sur la dimension performative des Américains. Le dernier album est le premier volet d’une trilogie et consiste en un morceau d’1h20, le projet est un duo basse / batterie : je pense que vous voyez parfaitement ce que je veux dire.

Stygian Bough est un groupe où les deux musiciens sont rejoints par Eric Moggridge d’Aerial Ruin. Celui-ci avait d'ailleurs déjà posé des lignes vocales sur Mirror Reaper. Par la suite, les trois ont écrit un album collaboratif appelé Volume I qui était passé relativement inaperçu suite au buzz Mirror Reaper. Le Volume II  de Stygian Bough n’a pas rencontré non plus un grand succès populaire (je ne le vois pas passer souvent dans les canaux de diffusion habituels et le trouve relativement oublié des tops traditionnels de fin d’année) alors qu’il fait partie des meilleurs opus sortis l’année passée. J’avais plus tôt évoqué la dimension rèche de Bell Witch, de part le format et la composition du groupe. L’ajout d’une guitare et le remplacement du chant saturé par un chant clair  ainsi que le découpage du concert en plusieurs titres rend Stygian Bough beaucoup plus digeste que ce que propose Bell Witch.

Cependant, digeste n’est ici pas synonyme de facile d’accès. Nous sommes encore en présence d’un doom assez morne (sans que cela soit un reproche), avec assez peu d’aspérités et une absence totale de groove. La musique proposée par Stygian Bough ne respire pas la joie de vivre mais je la trouve peut être plus équilibrée que celle de Bell Witch. Car, sans renoncer à la charge émotionnelle, la guitare et le chant rendent le propos plus lisible, un peu plus lumineux.

En termes de set, on se retrouve face à une sobriété de bon aloi à tous les niveaux. Des lights dans des tons plutôt classiques, une présence scénique pas forcément démonstrative, des interactions plutôt simples. Vraiment l’archétype du concert de doom. La setlist est tout aussi simple que le reste, il s’agit de Volume II en intégralité et dans l’ordre. Pourquoi faire compliqué si l’on peut faire simple et efficace ? Au vu de la qualité de l’album, le temps passe, paradoxalement, à une grande vitesse. Le public semble vraiment adhérer au propos tout en restant dans une forme de retenue liée à l’esthétique. Peut être que le seul bémol à l’ensemble serait la dimension répétitive du propos. Chaque morceau fonctionne un peu de la même manière et a une construction similaire ce qui peut, à terme, entraîner une forme de redondance là où dans Bell Witch l'on a plutôt tendance à progresser à travers le titre.

Bien que moins connu, Stygian Bough possède une réelle identité et est un vrai apport à la scène. Le concert de ce soir a laissé voir des musiciens en maîtrise qui donnent vie à un album réellement qualitatif. Plus accessible mais tout aussi stylé, Stygian Bough est vraiment plus qu’un interlude entre deux albums de Bell Wich. Il ne leur manque plus qu’un public un peu plus large qu’ils mériteraient amplement. On leur souhaite. 

Setlist :
Waves Became the Sky
King of the Wood
From Dominion
The Told and the Leadened

Merci infiniment à Garmonbozia pour l'organisation de ce concert et pour l'invitation. Un immense merci à Cropuscule pour les photos.