Interviews Retour
mercredi 25 février 2026

Internal Decay - 34 ans après, le retour du rêve oublié

Kim Blomkvist & Emil Hedman

Pingouin

Death metal et science-fiction : une oreille dans les étoiles, une autre dans les enfers.

Avec trois ans d’activité de 1991 à 1994, Internal Decay a été un groupe aussi éphémère qu’il a brillé fort dans la scène de Stockholm de l’époque. Il y a quelques mois, la grosse nouvelle est tombée : le combo suédois a annoncé prendre le chemin de la reformation. Avec un line-up identique ou presque à celui des années 90, le groupe a déjà franchi deux étapes de sa reformation : d’une part la ré-édition, fin 2025, de leur culte et unique album, A Forgotten Dream, sorti en 1991. Et d’autre part la finalisation de trois titres inédits, réunis en un EP, Fires of the Forgotten, qui sort le 27 février chez Hammerheart Records. L’occasion parfaite pour moi, fan absolu d’A Forgotten Dream, d’aller prendre des nouvelles du groupe, par la voix de son chanteur Kim Blomkvist, et de son batteur Emil Hedman.

Pour commencer, félicitations pour ce nouvel EP. Qu’est-ce qui a amené à ce comeback d’Internal Decay ? J’ai lu que ça remontait à quelques années déjà, expliquez- nous comment ça s’est passé !

Kim Blomkvist (chant) : En fait il faut remonter vraiment loin. Avant qu’on se sépare (en 1994, ndlr), on s’apprêtait à enregistrer un deuxième album mais ça ne s’est jamais fait. Et de nombreuses années plus tard, pendant la pandémie de covid-19, Micke (Vega, guitare, ndlr) s’ennuyait un peu, donc il a dépoussiéré les anciennes chansons, a réarrangé quelques trucs, et puis il a enregistré des démos, en jouant de tous les instruments, plus le chant. Il a envoyé ça à tous les membres du groupe, en nous disant, « bon, peut-être qu’on devrait en faire quelque chose ? ». On a tous aimé ce qu’on entendait, donc on s’est réunis, et au final on a enregistré trois de ces chansons, on les a envoyées à différents labels, et après avoir reçu plusieurs options on est parti avec Hammerheart.

Emil Hedman (batterie) : Étant un des nouveaux membres du groupe, je dois souligner qu’au tout début du processus, il y avait tous les membres originaux du groupe. Mais tu sais, la vie a fait que ça n’a pas été possible pour tout le monde, donc j’ai eu la chance de pouvoir participer. Mais, à la base, tous les membres d’origine étaient présents !

Emil Hedman & Kim Blomkvist

Ca doit être un super sentiment, de réactiver un groupe après tant d’années. Est-ce qu’une réunion d’Internal Decay c’est quelque chose que vous aviez déjà eu en tête, dans les années 90, 2000, 2010 ?

Kim : Non pas vraiment. Après qu’on se soit séparé, on a tous suivi nos propres chemins. Moi par exemple, je suis retourné à la basse, qui est mon premier instrument, j’ai fait des tournées avec Therion, joué avec Epitaph et plusieurs autres groupes. Micke a créé un nouveau groupe (Ad Infinitum, ndlr), donc en fait on était tous plutôt occupés. Mais au bout de quelques années ça nous manquait quand même, donc quand Micke nous a envoyé ces démos, on avait tous hâte de voir ce que ça serait de se retrouver tous ensemble une fois de plus !

Et comme dit Emil, les choses changent. De nouveaux membres sont arrivés, que des amis de longue date, des mêmes cercles que nous, on traîne ensemble depuis notre jeunesse, les concerts, on boit des coups. C’est la même chose pour Linus (Nirbrant, basse, ndlr), au lieu de chercher de nouveaux membres, là tout le monde se connaît, et globalement ça marche super bien.

Si je comprends bien, tous les riffs de Fires of the Forgotten étaient déjà écrits, et Micke les a sortis d’un tiroir. Y a quand même eu un travail d’écriture qui s’impose pour finaliser le tout ?

Kim : Oui, je dirais que c’est 50/50. Les chansons qu’on avait écrites pour le deuxième album, elles étaient un peu écrites à l’arrache. Certains riffs ont été gardés, et Micke a réarrangé certaines choses, et composé de nouveaux éléments. Je dirais que c’est un mélange d’ancien et de nouveau.

Les paroles ont été écrites par Kenny (Lundstedt, basse, guitare, ndlr) quand il avait 17 ou 18 ans. Il en a réécrit une partie, mais la plupart des paroles c’est du vraiment vieux.

C’est quelque chose qui s’entend sur l’EP, les riffs, doomy, bien early 90s qui sonnent tout droit sortis d’A Forgotten Dream. Et pourtant, le premier refrain du premier morceau (« Fires of the Forgotten ») est mélodique et catchy, on dirait du In Flames début années 2010, c’est surprenant ! C’est quelque chose que vous aviez quand même en tête, intégrer un peu d’innovation dans ce que vous aviez écrit quand vous étiez ados ?

Kim : Oui, bien sûr. Je pense que le feeling Internal Decay à l’ancienne est là, et peut-être que le single sonne moins Internal Decay que les deux autres chansons de l’EP ...

Emil : … c’est vrai que les riffs du single sont catchy, ce qui est un aspect pas très présent dans le début de la discographie. Mais personnellement, je trouve que c’est dur quand tu es impliqué dans quelque chose, de savoir comment est-ce que ça sonne dans les oreilles des autres ? Mais j’ai le sentiment que ça ne sonne pas trop vieillot, et je trouve ça vraiment cool.

Kim : Je pense que les deux autres chansons (« Dying Wish » et « A Demon’s Bow », ndlr) sont beaucoup plus sombres, beaucoup plus heavy. Comme A Forgotten Dream en fait. « Fires of the Forgotten » est beaucoup plus catchy, avec un truc bien plus heavy metal dans le refrain.

Dans les années 90 le groupe est entré en hiatus alors que vous prépariez un deuxième album. Est-ce que vous avez le projet de le sortir un jour, ce deuxième album ?

Kim : Oui, assurément. L’EP c’est quelque chose qu’on a signé avec Hammerheart, et comme je l’ai dit c’est quelque chose qu’on a envoyé à plusieurs labels, on a reçu des offres… L’équipe Hammerheart a été vraiment super sympa, ils sont revenus vers nous super vite, on a eu un bon contact, donc on s’est mis d’accord pour sortir cet EP de manière limitée. Mais en ce moment bien sûr on réfléchit à un deuxième LP, parce qu’on a de quoi faire, des chansons que Micke a déjà retravaillées, et du nouveau matériau, des trucs tout neuf. Donc il y aura un album full-length à un moment donné. Pour l’instant on répète et on écrit.

C’est une super nouvelle ! Vous avez parlé d’Hammerheart. De ce que j’ai compris, ça n’a pas toujours été facile pour vous de faire affaire avec les labels quand vous étiez jeunes. Visiblement ça s’est mieux passé cette fois-ci ?

Kim : Oui complètement. Maintenent tu peux envoyer des mails quoi ! Avant bon, il fallait trouver un numéro de téléphone pour entrer en contact, envoyer un courrier. La façon d'interagir avec les labels et comment les choses sont faites sont largement différentes maintenant.

Emil : Ca aide aussi d’être un adulte, au lieu d’un idiot ! (Rires).

Kim : Oui, j’imagine que tu as lu ces histoires, on a eu quelques incidents avec le premier album, des chansons pas dans le bon ordre, un logo jaune qui ne devait pas être jaune. Il s’est passé des choses intéressantes avec A Forgotten Dream, donc c’est cool de pouvoir le ressortir, et d’essayer de corriger les erreurs qui ont été faites.

Et malgré tout pour pas mal de fans, moi inclus, A Forgotten Dream est devenu un album culte. Donc avec la réédition, il y avait aussi cette contrainte de préserver l’objet tel qu’il a été produit au départ ...

Kim : Oui, on doit un peu conserver l’album aussi… Le logo est toujours jaune par exemple...

Il faut qu’il reste jaune, vous avez pas le choix !

Kim : Je suis d'accord, on a pas le choix ! Mais c’est super agréable d’avoir ressorti l’album, parce que depuis des années, t’as du le voir, il se vend sur E-Bay pour des sommes exorbitantes (parfois plus de 130 euros pour des version CD d’époque, ndlr). Donc c’est cool que les gens puissent l’acheter pour un prix acceptable, et puis surtout pour nous, c’est incroyable de l’avoir en vinyle, parce qu’à l’époque c’était CD uniquement.

                  

Vous avez mentionné certains des groupes dans lesquels vous avez joué, Therion, Epitaph … Il y a eu aussi Serpentine, A Canorous Quintet, Ad Infinitum, Deformity... C’est une source de fierté, l’influence qu’a pu avoir Internal Decay sur ces groupes et cette scène ?

Kim : Oui, d’une certaine manière. On a pas joué pendant tant d’années, et ça a toujours été surprenant, le nombre de personnes qui nous contactent, pour nous dire qu’ils adorent l’album, etc. Et surtout maintenant qu’on a enregistré de nouveaux morceaux, plein de gens prennent contact, et je pense qu’on réalise peut-être un peu plus l’impact qu’on a eu sur certaines personnes, certains groupes, et on en avait aucune idée auparavant. Genre on a eu vent d’un artiste qui a nommé un album d’après une de nos chansons, c’est le genre de choses qui fait plaisir à entendre.

Vous vous souvenez de quel artiste c’était ?

Kim : Non, vraiment pas, désolé !

C’est aussi un peu la rançon de la nostalgie, non ? De la musique sortie il y a 20 ou 30 ans, elle reparaît au bout d’un moment et les gens la perçoivent peut-être d’une manière différente ?

Emil : Oui, et c’est aussi un risque de faire de la nouvelle musique maintenant. Parce qu’évidemment on va comparer au premier album, parce que les gens l’écoutent depuis trente ans. Donc les nouvelles chansons... J’espère qu’ils tomberont d’accord pour y voir une continuité qui a du sens, même si elle arrive tardivement.

Ca te met la pression à toi aussi, qui vient d’arriver ou presque. Tu doit à la fois cultiver ce qui a fait Internal Decay, et à la fois faire partie d’un groupe actif et de ce qu’il est amené à devenir.

Emil : D’une certaine manière, oui. Mais c’est surtout Kim qui a la pression ! (Rires). Non bien sûr, j’étais fan moi aussi à l’ancienne, donc évidemment que je veux faire justice à Thomas (Sjöblom, 1991-1994, 2023-2024, ndlr), quand je joue les parties de batterie qu’il a écrites, je vais tâcher de les jouer aussi fidèlement que possible. Et j’essaye d’adopter un peu son style, peut-être de l’enrichir un peu, mais ça ne va pas non plus être de la batterie de metal extrême moderne.

Est-ce que vous vous souvenez à quand remonte le dernier concert d’Internal Decay ?

Kim : Je crois que c’était à Stockholm, avec Katatonia, en 1994. C’était le dernier, mais ça reste à voir. J’imagine que la question qui vient c’est est-ce qu’on va refaire des concerts ? En ce moment, on évalue un peu nos options, mais c’est certain qu’on va rejouer, qu’on va se rendre disponible pour des dates. La question aujourd’hui c’est plus quand et où.

Une super nouvelle de plus ! Juste pour revenir une dernière fois sur le projet d’album, vous en êtes où précisément dans le processus d’écriture ?

Kim : Alors, aujourd’hui, Emil corrige-moi si je dis une bêtise, on a finalisé huit chansons. On est en train de terminer les nouvelles en ce moment même. Donc l’enjeu va être de choisir lesquelles on enregistre ou pas, une fois qu’on a fini les nouvelles.

Emil : Et puis pour ce qui est des échéances, il y a des choses qu’on contrôle et d’autres qu’on ne contrôle pas ! Mais oui, la plupart des chansons sont terminées.

Est-ce que vous avez un nom pour l’album, un choix définitif ou un nom de travail ?

Kim : Non pas vraiment, on verra. Je pense que ça nous viendra quand on aura décidé quelles chansons on garde.

Hâte d’entendre ça en tout cas ! Ce sera ma dernière question. Vous êtes deux vétérans du death metal. En ce qui concerne la scène actuelle, est-ce qu’il y a des groupes qui vous ont marqué récemment ?

Emil : Eh bien ce week-end j’ai vu Atonement en concert, ils jouaient avec Ultra Silvam, le groupe de black metal. Ils ont la vingtaine, et j’ai adoré. Je ne les connaissais pas avant, je ne connaissais pas vraiment, mais ils ont cette patte Venom années 80/Hell Awaits, un peu revival, et j’ai trouvé ça super ! En plus ils jouent de leurs instruments bien mieux que nous, bon ça s’est un peu ennuyant. Mais chacun son truc !

Kim : Moi j’ai pas un groupe en particulier qui me vient en tête, mais j’adore voir la jeunesse jouer. Il y a une vague de jeunes groupes qui sonnent comme Dismember, Entombed, les groupes avec lesquels on a grandi. Ils ont la passion, le talent, et c’est super de voir que la scène continue comme ça aussi.

*

Fires of the Forgotten sort ce 27 février chez Hammerheart Records, et ça se commande par ici. Sortie en décembre 2025, la version rééditée d’A Forgotten Dream est disponible sur le site de VIC Records.

Photos