
Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.
Simon : Le compte à rebours a commencé pour Megadeth qui a annoncé son extinction prochaine. Il n’est pas rare de voir les promesses d’adieu voler en éclat. Dave Mustaine a toutefois déjà prévenu que la tournée s’étendra sur plusieurs années pour dire à tout le monde, à tous ses amis qu’il les aime et qu’il doit partir. Le corps vient aussi poser ses propres limites. Le bonhomme a accumulé les soucis de santé au fil des années (compression du nerf radial, sténose et opération des cervicales, cancer de la gorge) avec une résilience qui force le respect. En revanche, la maladie de Dupuytren qui handicape sa main pourrait bien entériner la retraite du pilier du thrash californien.
Les difficultés semblent s’être imposées dès l’écriture de ce disque final, paresseusement intitulé Megadeth. À entendre les solos de guitare en cascade dans la plus pure tradition du groupe, « Tipping Point » en tête, on n’a pourtant pas affaire à des manchots. Teemu Mäntysaari (Wintersun, Smackbound) n’a pas volé sa place en successeur de Kiko Loureiro, chaudement recommandé par le Brésilien, et dévoile une partition parfaitement exécutée. Dans le documentaire Megadeth: Behind the Mask, Dave Mustaine confesse d'ailleurs qu’il aurait aimé le rencontrer plus tôt. Séquence émotion.
Le problème penche plutôt du côté artistique avec un alignement de riffs thrashy convenus, loin de la machine à broyer habituelle. Malgré les efforts de Dirk Verbeuren pour donner de la patate, la production est trop légère et les guitares ont le mordant d’un édenté. Si « I Don’t Care » tranche par son retour aux sources punk du thrash, seul le ping-pong des solos est à sauver dans ce naufrage sans conviction. Mustaine voulait à l’origine faire une reprise, comme « Foreign Policy » sur Dystopia, mais s’est dit qu’il pouvait faire mieux, comme à son habitude.
Le nostalgique « Let There Be Shred » replonge grossièrement dans le thrash eighties immature de Kill ‘Em All, mais à 64 ans, la jeunesse ne vient plus excuser des paroles aussi ridicules. « Puppet Parade » recycle ad nauseam son riff et joue la carte du refrain à la « Symphony of Destruction » pour s’échapper du néant, sans succès, faute de guitares percutantes faisant corps avec la voix. Celle-ci est le gros point faible de l’album, même si vous me direz en ricanant qu’elle a toujours pénalisé le groupe. Mustaine n’a jamais eu l’envergure d’un grand chanteur, mais l’acidité de sa voix, qui a fait malgré tout sa marque de fabrique, affiche désormais le pH neutre de ton savon doux de Biocoop.
La traversée du désert en mid-tempo continue avec « Another Bad Day » pour étirer le vide et la médiocrité jusqu’à « I Am War », d’une piste creuse à une autre. Les guitares sur « Obey the Call » ne sont pas inintéressantes, de leurs phrases génériques dissonantes jusqu’au tournant en roue libre resservant des solos à gogo, mais le titre reste vicié par la mollesse du frontman. En manque d’inspiration, Mustaine reconnaît à demi-mot dans Behind the Mask ses moments d’impasse pour pondre les morceaux avec l’aide de ses musiciens et remplir le contrat de la sortie de l’album. La mamelle est tarie, il est effectivement temps de raccrocher.
Seul « The Last Note » se veut à la hauteur de l’événement en proposant une épitaphe épique, rappelant « She-Wolf » par ses mélodies tragiques. Son spoken-word est certes pompeux, mais marque le coup. L’effet est là… jusqu’à la chanson bonus. Mustaine casse tout avec sa reprise de « Ride the Lightning » de Metallica. Comment l’interpréter ? Dave prétend que c’est une manière de boucler la boucle et de tourner la page, et ça le regarde. Si cela peut être compris comme un hommage en déposant les armes, cela ressemble plutôt à une ultime bravade pitoyable pour tirer la couverture de son côté en maugréant que c’est sa chanson.
Même dans ses moments de gloire, Mustaine n’a jamais pu mettre de côté sa rancœur ni tirer un trait sur Metallica. Alors que le groupe a la sagesse de se retirer, on assiste à une nouvelle faille dans l’arc de rédemption de MegaDave. On trouvait le revirement de Jaime Lannister dans la saison 8 de Game of Thrones trop con et irréaliste. Mustaine rappelle que même dans la vraie vie, le cœur a ses raisons que la raison ignore. Que dire de la reprise en elle-même ? Un mot : dispensable. Tout ça pour ça. Tout ce qui se démarque d’une reprise lambda du morceau, quasiment à la note près, est la voix fatiguée de Dave, comme sur le reste de l’album. Notons tout de même l’effort du solo (composé par Kirk, rappelons-le malicieusement) où Mustaine pose sa patte reconnaissable. Sans rancune ?
Est-ce vraiment comme ça que Megadeth termine sa carrière ? Un album aussi peu inspiré que son titre homonyme, alors que Dystopia et The Sick, the Dying… and the Dead avaient remis le groupe sur une bonne lancée. Le contraste est désarmant. Même dans ses pires albums, le groupe a fait mieux. Inutile d’enfoncer davantage le clou, le cercueil est déjà quasiment refermé. Faisons comme si « The Last Note » concluait quatre décennies de thrash grinçant, sans compter une tournée qu’on espérera plus satisfaisante pour les fans avec un line-up néanmoins solide.
Tracklist :
1. Tipping Point
2. I Don't Care
3. Hey, God?!
4. Let There Be Shred
5. Puppet Parade
6. Another Bad Day
7. Made to Kill
8. Obey the Call
9. I Am War
10. The Last Note
11. Ride the Lightning (reprise de Metallica)













