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Album

08 juin 2024 - Malice

Evergrey

Theories Of Emptiness

LabelNapalm Records
styleMetal mélodique
formatAlbum
paysSuède
sortiejuin 2024
La note de
Malice
8/10


Malice

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.

La régularité d'Evergrey force le respect. Depuis leurs débuts, les Suédois ont sorti un album tous les 2 à 3 ans sans jamais connaître le moindre passage à vide, même si on distingue très clairement plusieurs « ères » dans leur musique. La première, qui me parle beaucoup moins, va plus ou moins jusqu'à Monday Morning Apocalypse, jusqu'à ce que le groupe se débarrasse de pas mal d'oripeaux plus gothiques et progressifs à partir de Torn (2008).

C'est ce dernier opus qui m'a fait tomber amoureux d'Evergrey : la voix toujours plus mélancolique de Tom Englund, depuis toujours l'un de mes vocalistes préférés, et une science déjà accrue du refrain en font encore l'un de mes albums préférés du groupe.

Depuis, Evergrey a clairement fait de la voix d'Englund et de ce splendide mélange entre mélancolie et refrains catchy sa signature. C'est probablement le magistral Hymns For The Broken (2014) qui en offrait la plus belle alchimie, même si les albums sortis depuis n'ont jamais démérité. Reste tout de même la sensation qu'en enchaînant les sorties, Evergrey prend le risque de tourner en rond et de lasser, et A Heartless Portrait (The Orphean Testament), le dernier en date, touchait déjà un peu moins la cible chez moi.

***

Qu'en est-il de Theories Of Emptiness, qui débarque deux ans après seulement ? Tout d'abord, un constat très clair : ici, Tom Englund a encore plus assumé que par le passé sa recherche du tube. « Nous n'avons jamais fait de véritable « hit » metal dans notre carrière, et je veux vraiment y parvenir », déclarait récemment le frontman dans les colonnes de Decibel.

Résultat : plus de refrains catchy sur Theories Of Emptiness que sur n'importe quel album par le passé. Du single « Say » avec son riff bondissant et ses ambiances assez sombres, au refrain assez simpliste de « Misfortune » et ses « whoohooo », en passant surtout par le très spécial « One Heart » qui met les fans du groupe à l'honneur. En effet, sur ce dernier, le groupe a fait appel à ses fans, qui pouvaient envoyer un enregistrement de leur chant ou rejoindre le groupe en studio à Stockholm et Gothenburg pour figurer sur l'album lors des choeurs. Difficile de se sortir de la tête le « one heart ! ours hearts united ! », qu'on imagine faire un véritable carton en concert. C'est tellement efficace que les plus attachés au côté sombre de la musique d'Evergrey pourraient bien trouver ça un peu putassier, mais ce côté « metal moderne à refrains » était déjà bien présent, bien que par touches seulement, dans le passé.

Heureusement, les mélodies sensibles et plus subtiles du groupe restent bien présentes par moments, comme sur les très jolis (bien qu'un peu anecdotiques) « Ghost of my Hero » et « The Night Within ». Englund est toujours aussi brillant, et fait clairement partie des meilleurs vocalistes du genre ; on regrettera juste l'absence, une nouvelle fois, de vrais moments d'émotion, comme trop souvent depuis Hymns For The Broken. Seule exception, et quelle exception : le magistral « Cold Dreams », composé – c'est une première – par le bassiste Johan Niemann. Englund soulignait que ce dernier écrivait des titres « plus doomy », et c'est exactement ce qu'est « Cold Dreams » : une pièce gothique et triste, où Jonas Renkse (Katatonia) vient poser entre autres un growl plutôt surprenant. Une collaboration née de la participation commune d'Englund et Renkse au concert d'Ayreon 01011001 - Live Beneath the Waves, paru en mai dernier.

Une fois enfilée la très catchy et réussie conclusion « Our Way Through Silence » (illuminée d'un superbe solo, comme très souvent chez Evergrey), on dresse donc un bilan limpide de ce Theories Of Emptiness : il est bien meilleur que son précédesseur... et peut-être même que ses deux ou trois prédécesseurs. Surtout parce qu'il garde le même niveau de qualité du début à la fin, distillant ses tubes au fil de l'album ; malgré des moments plus faiblards (le plus progressif « To Become Someone Else », par exemple), on ne s'ennuie pas vraiment. Oui, la recherche du tube à tout prix peut agacer, mais l'évolution d'Evergrey, un peu à l'instar de Soen sur son fantastique Memorial l'année passée, passe clairement par là. Les Suédois tiennent-ils pour autant leur ticket pour le hit parade ? Il est permis d'en douter, mais on est très curieux de voir ça en live pour juger sur pièces de la popularité de Theories Of Emptiness...

 

Tracklist :

1. Falling from the Sun 
2. Misfortune
3. To Become Someone Else
4. Say
5. Ghost of My Hero
6. We Are the North
7. One Heart
8. The Night Within
9. Cold Dreams (ft Jonas Renkse & Salina Englund)
10. Our Way Through Silence 
11. Theories of Emptiness (outro) 

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