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mercredi 29 novembre 2023

Nex Fest 2023 - Tokyo

Makuhari Messe - Tokyo

Prout

Chroniqueur musiques du monde. Parfois Brutal Death / Black / Grind mais rien au dessous de 300BPM sinon c'est trop mou et je m'endors.

En voyage d'affaires en Asie du Sud-Est, je me suis arrangé pour être à Tokyo au moment du Nex Fest 2023, le festival organisé par Bring Me The Horizon ; un peu comme le Knotfest de Slipknot. J'ai, par chance, réussi à dégoter deux places à la loterie. Car oui, au Japon, tu n'as pas la frustration de la liste d'attente quand tu essayes de prendre ta place pour le Hellfest, tu sais des jours plus tard si oui ou non, t'as gagné le droit d'acheter ta place pour ton festival préféré. Je ne sais pas quelle méthode je préfère, mais au moins cette fois-ci ça a marché.

Qu'on se le dise tout de suite, j'ai en horreur BMTH, je suis allé au festival uniquement pour les groupes japonais, dont certains sont dans mes favoris, donc le report va être très très orienté kawaï metal, n'en déplaise à personne.

Le festival est une grosse machine, bien rodée, rien à dire sur l'orga, quasi tout est pensé. Mais y'a tellement de monde qu'il a été dur de faire autre chose que la queue, et ce en quasi continu. Tu fais la queue pour aller aux toilettes, tu fais la queue pour manger, tu fais la queue pour boire, tu fais la queue pour aller au merch, tu fais la queue pour sortir respirer un peu, tu fais la queue pour te placer, bref, tu passes ta journée à piétiner. Un fest' quoi.

 

Alice Longyu Gao

A cause de cette fameuse queue, même depuis la sortie du métro et car on n’avait pas bien anticipé tout le bordel, on est rentré un peu tard dans la salle, sur le tout dernier morceau de Alice Longyu Gao. Dommage, j'étais curieux de voir cette artiste chinoise, complètement déphasée, qui s'amuse à mélanger franchement tous les styles, pour faire une sorte d'hyperpop ultra bordélique. Bref, je ne pourrais pas me permettre de parler trop du show, vu que je l'ai raté, mais je partage quand même avec vous ce qu'elle fait, c'est intéressant, je crois.


Yoasobi

Yoasobi est un duo de J-pop dont le concept était de mettre en musique des romans, et qui s'est pas mal diversifié depuis sa création. Entre générique d'animés comme Gundam ou Beastars, collab' hip-hop et grosse signature chez Sony Music Japan, le groupe s'est distingué très vite et sa popularité a été pour le moins démontrée à ce Nex Fest: premier groupe sur la plus grosse scène, le public déjà bien fidèle au rendez-vous, grosse scénographie, très orientée manga / japan city pop, de nombreux zicos session, grosses lights, gros échanges avec le public, etc. On sent que le superduo a travaillé sa scène plus que de raison et c'est presque étonnant de voir un groupe si jeune, s'avérer si bon sur scène. Musicalement, on voit bien que le groupe a porté l'accent sur ses morceaux plus "rock" sans aucun doute pour coller à l'univers du Nex Fest et son public au maximum. Y'avait quand même quelques ballades, des passages très pop mielleuse, mais dans l'ensemble c'était une belle prestation.

 

Hanabie

N'ayant pas pu me rendre au Motocultor cette année, j'avais une énorme frustration de ne pas avoir vu Hanabie en live. C'est maintenant chose rattrapée et je ne le regrette pas. C'était clairement pour moi la prestation de la journée. Par contre, qu'est-ce que c'était fort. Déjà en arrivant sur place je me disais que le son était un peu trop abusé, mais là sur Hanabie, dans les premiers rangs, c'était juste l'enfer sur terre le volume sonore. On n’a pas les mêmes règles qu'en France et ça s'entend, et je suppute que la moitié du Japon est en fait sourde. Bref, la vieille solution de clochard, le PQ mouillé dans les oreilles, a été ma meilleure amie tout le long du fest, car bien entendu, personne ne vendait de bouchons d'oreilles. J'aurais dû me méfier, ils se sont quand même pris deux bombes atomiques sur la gueule. Mais cet aprem' la bombe atomique c'était clairement Hanabie. Les dropbass à ce volume sonore étaient juste incroyables, les filles ont tout donné et le public leur a bien rendu. D'ailleurs le public japonais est vraiment ultra chaud. Pas un groupe n'a pas eu le droit à son gros lot de pogo, circle pit et cie. Et puisque tous les pits sont morcelées, divisées par des barrières, plusieurs pits se forment un peu partout, et sur Hanabie c'était un peu la folie générale. Niveau consistance musicale on a eu le droit à quasi tous leurs tubes, « Pardon me, I have to go now », « We love sweets », « Be the GAL », « REIWA Dating app generations » ou encore « TOUSOU (Run Away) » - de mémoire. Donc du gros kawaï metal comme on aime (quand on aime), qui mélange metalcore et électro, des voix de doublage d'anime aux screams d'emocore, du rap ou encore du shamisen (sur sample).

 
 

I Prevail

C'était l'enfer sur terre. Horrible. Plaintif à souhait, chant clair affreux, musique pompeuse, j'ai fugué.

 

Kruelty

On a raté Kruelty car on était en train de faire la queue pour aller voir le merchandising de Babymetal.

 

Maximum The Hormone

Deuxième formation qui explique ma venue au Nex Fest : Maximum The Hormone est un de mes groupes japonais préférés. Je ne les ai vus qu’une seule fois au Hellfest et c’était clairement la presta du week-end pour moi. Ce groupe mélange un peu tous les styles de metal pour ado, entre néo-metal, punk hardcore, fusion mais le tout avec une énergie absolument incroyable et n’hésitant pas de temps en temps à casser les codes, à la japonaise, proposant des moments what the fuck et des contretemps malins, placés ci et là. MTH était clairement attendu ce jour sur la mainstage. Le public s’est placé bien bien en avance, et on a galéré pour se trouver une bonne place avec nos burgers vegans dans la main (car oui, y’avait un stand de simili vegan, un truc rare au Japon où la cause animale est pas trop trop leur priorité, ça se voit). Bref, obligé de voir MTH de loin mais pas grave, l’énergie débordante de la batteuse et la puissance sonore totalement abusée du show nous sont quand même arrivées jusque dans la gueule. MTH c’est un peu toujours la même recette. On fait les gros tubes, la batteuse prend la parole en continu pour raconter des blagues et crier. Bien sûr c’était en japonais, donc je n'ai rien compris, mais le public rigolait alors ça devait être marrant. Oui on a eu le droit aux deux génériques de Death Note, celui de Chainsaw Man et même la chanson de Freezer de Dragon Ball Super, avec une diffusion bien fun sur le vidéoproj' derrière, quoi de mieux que ça pour ravir le gros weeb que je suis ? Sans doute leur clin d’œil hommage à Buichi Terasawa qui nous a quittés en septembre dernier, pour les profanes, c’est l’auteur du manga Cobra. Rien à dire sur la presta' ou sur le public, c’était juste ultra communicatif, fun, énergique, ça fout la patate et le smile en même temps, j’étais trop heureux d’être là.


Violent Magic Orchestra

Alors -VMO- comment dire ? J’ai pas compris ce que ça foutait là, j’ai pas compris la musique, j’ai pas compris le show, j’ai pas compris le visuel, et j’ai au final pas compris si j’ai surkiffé ou pas, mais avec le recul je crois que oui. VMO c’est une sorte de mélange de techno hardcore, avec du black metal, de la musique symphonique, des screems emo, du Vampillia, de l’EBM et du hipop LoFi. Voilà quoi. La presta était ultra bordélique, je peux pas dire si c’est des génies ou juste si tout le groupe était arraché, s’ils kiffaient le moment ou s’ils en avaient rien à foutre d’être là. Je pense que c’est totalement le genre de groupe que j’ai envie de revoir sur les planches d’un festival en France (en Belgique, on avait le report d'Hugo ici), histoire qu’ils foutent bien la merde et cassent un peu les couilles aux metalleux lambda français. Le son étant beaucoup trop fort, j’avais l’impression d’être à un gros techos sauf que c’est Darkspace qui mixe. Une bonne expérience, à refaire, j’ai le sentiment de pas avoir bien profité de la situation.


Yungblud

Je me suis bien tapé tout le show de Machine Gun Kelly au Hellfest, alors pourquoi ne pas aller voir Yungblud au Nex Fest, comme ça c’est fait, et ça ne sera plus à faire. Je connaissais malgré moi deux morceaux de ce jeune Anglais, alors que je pensais pourtant n’avoir jamais entendu parler de ce truc. Musicalement le gars a tout compris, il refait exactement tout ce qui marchait dans les années 90, du grunge de Nirvana au kunk californien de Blink-182, une petite touche de Marilyn Manson et un duo avec Machine Gun Kelly, le tout en mode revisit’ 2010’s afin d’exploiter un nouveau public, plus jeune, mais qui aurait kiffé la scène pop-punk s’ils avaient eu 15 ans à l’époque. Bah sans surprise c’était super ado, super trivial, mais le gars s’est donné à fond (beaucoup plus que le chanteur de BMTH quand il est venu faire son guest, mou, dégueulasse et hautain). C’était assurément un show ultra maîtrisé, très cadré, pour ado. Un côté très, trop, émo à mon goût, je me suis senti vieux pendant tout le show. De toute façon j’étais un des plus vieux du fest' donc bon… Bref, si vous voulez revivre Blink-182, My Chemical Romance, Sum 41 ou une autre connerie du genre mais remis au goût du jour, je pense que vous avez trouvé la bonne relève.


CVLTE

Raté. Je partais me placer pour Babymetal.

 

Babymetal

Les années passent et Babymetal continue de me décevoir. Bien entendu, c’est mon groupe de cœur et la raison numéro 1 de pourquoi je suis venu au Nex Fest, mais depuis qu’ils ont décidé de faire vraiment du metal, je me fais chier, et le dernier album est la pire bouse qui va dans ce sens. Bien heureusement, Babymetal n’a joué que deux morceaux du nouvel album. Ça se sent clairement dans le public quand Babymetal joue ses tubes ou pas. Sur « Babymetal Death », « Chocolate », « Megitsune », « Papaya » c’était le feu, sur « The One » ou les nouveaux morceaux, le public était mou (et on se faisait chier), sauf pour « Metali », le dernier morceau en feat. avec Tom Morello. Non seulement ce morceau est excellent, Babymetal n’a pas fait mieux depuis « Papaya », mais en plus le public était vraiment à donf, un gros gros kif. Festival oblige, Babymetal n’a pas joué plus de 45min et on est passé à côté de nombreux tubes qu'il m'aurait fait plaisir de retrouver sur scène. Mais les filles repassent en France en 2024, donc je me rattraperai à ce moment. Concernant la presta' c’est toujours pareil, énergique, super choré, gros visuels, des zicos parfaits, pas une note de travers, c’est ultra millimétré. Et je suis surtout heureux d’avoir vu Babymetal au Japon. Quand on dit que nul n’est prophète en son pays c’est faux ! Babymetal est clairement un pur produit japonais et l’osmose entre le groupe et le public n’a rien à voir avec ce que j’ai pu voir avant, pourtant j’ai vu Babymetal dans quatre pays différents, mais là on est sur un autre niveau, une profonde cohésion entre le public et les chanteuses, qui n’avaient rien à dire, contrairement en occident, pour que le public fasse les bons mouvements au bon moment, comme si les deux entités se connaissaient par cœur. Hallucinant.


Paledusk

Paledusk c’était un peu le Hanabie masculin de ce fest. Même énergie, même scèno, même public, le côté metal progressif mélangé au punk en plus. D’après un ami c’est le prochain groupe japonais qui va cartonner outre-Pacifique, va savoir. C’est sûr que le show était vraiment bon, que ça rappelle parfois un peu MTH, que le public japonais était super réceptif. Malheureusement j’étais déjà devenu sourd, donc j’ai préféré regarder le show de très très loin, pour éviter un aller/retour aux urgences, donc j’ai pas réussi à rentrer dedans. Je pense que c’est le genre de groupe à suivre de très près quand on est un peu friand de rock japonais alternatif, un peu bordélique et violent. Je leur donnerai une autre chance volontiers, j’ai l’impression d’être un peu passé à côté aussi.


Bring Me The Horizon

C’est con, mais la prestation du chanteur sur son feat. avec Yungblud m’a carrément dégoûté. J’avais déjà pas très envie de voir BMTH, mais son attitude pédante a eu raison de moi, j’ai préféré quitter les lieux, avant la marée humaine de fin de festival. Je n’ai donc pas vu BMTH, au grand regret d’être passé à côté du feat avec Babymetal mais bon, je m’en fous un peu, j’étais pas venu au Nex Fest pour souffrir de toute façon, je laisse ça aux millennials.

 

Ce que je retiens de ce fest', c'est une organisation à la japonaise, vraiment carrée, un public vraiment excellent. Je suis ravi d’avoir vu certains de mes groupes préférés du moment à domicile, c’était une expérience excellente, que je souhaite à tous les fans du Japon. Merci à Ben de Soundworks Direct Japan, Miyuki pour les tickets et Megane pour m’avoir prêté son téléphone pour réussir à vous fournir quelques visuels. Merci au Japon d’exister.