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lundi 16 octobre 2023

Muscadeath 2023 - Samedi

Champilambart - Vallet

Sleap

Live reporter et chroniqueur occasionnel dans divers genres (principalement extrême).

Lorsqu’on s’intéresse de près ou de loin aux événements death metal en France, le nom du Muscadeath ne peut nous échapper. Bien que le festival ne soit pas aussi renommé que son voisin le Hellfest, il existe en revanche depuis plus longtemps que ce dernier. En effet, nous fêtons cette année l’anniversaire de sa toute première édition en 2003 !

Situé à vingt minutes de Nantes dans la commune de Vallet, le Muscadeath se déroule depuis toujours dans la salle du Champilambart qui, nous le verrons, présente plusieurs avantages. Comme son nom l’indique, le festival est principalement orienté death metal, mais on peut également y retrouver du grindcore et parfois même du black.

D’abord organisé sur une seule journée vers la fin du mois de septembre, l’événement se déroule à présent sur deux jours depuis l’édition 2021. Et les affiches ne cessent de s’étoffer d’année en année ! À la base axée autour de formations locales, la programmation s’est très vite étendue aux groupes nationaux puis à certains gros noms étrangers. Et on peut dire que le line up de cette année est certainement l’un des meilleurs – si ce n’est le meilleur – de l’histoire du festival, voyez plutôt :

De gros noms de la scène française mais aussi quelques formations plus confidentielles ; un dosage parfait entre old school et moderne ; quelques formations grind ou même black metal ; et enfin plusieurs groupes étrangers en exclusivité. Car oui, les trois têtes d’affiche Carcass, Blood Red Throne et God Dethroned ne sont pas en tournée et viennent donc en « fly in » pour prendre part à cette 21ème édition du Muscadeath. Mais ce qui me décide véritablement à faire le trajet depuis Montpellier c’est le retour de Kronos. Les Vosgiens effectuent ici leur toute première date de reformation avec le line up historique pour nous interpréter en intégralité Colossal Titan Strife à l’occasion des vingt ans de l’album !

Mais en plus de sa programmation en béton, le festival comporte aussi une autre particularité : son muscadet. Nous sommes en effet au cœur du vignoble nantais. L’organisation s’associe donc chaque année aux producteurs de la région Pays-de-la-Loire – et plus particulièrement du département Loire-Atlantique – pour nous concocter une cuvée spécifique à chaque édition. Et pour le cru 2023 c’est le domaine de la Gravoire qui s’est chargé du précieux nectar.

Enfin, il faut aborder l’un des points les plus importants : le lieu. Car cette salle du Champilambart présente de nombreuses qualités qui rendent le déroulement de l’événement très agréable. Un grand parking littéralement collé à la salle (pratique pour faire un petit aller-retour à la voiture) ; un camping situé à quelques minutes à pied (pour ceux qui viennent de loin ou qui ne pourraient pas reprendre le volant au retour) ; une salle de type SMAC pouvant accueillir entre 400 et 1500 personnes (grâce à des murs et parois modulables) ; etc.

J’aborderai d’autres spécificités durant mon compte-rendu des concerts mais le bilan est globalement fort positif. Des conditions sonores optimales, des changements de plateau rapides entre chaque prestation et surtout une absence de crash barriers qui permet une vraie proximité entre les groupes et leurs fans. Je mets juste un bémol sur le temps d’attente pour la nourriture (plus d’une trentaine de minutes aux heures de pointe avec trois queues différentes à faire), mais mis à part ça c’est un sans-faute !

N’ayant pu assister à la première journée, je profite du samedi après-midi pour parcourir le festival. Les concerts d’ouverture, bien que sympathiques, ne sont pas inoubliables, contrairement à la section merch. La sélection est d’une rare diversité : distros old school réputées (Adipocere), labels new school populaires (Les Acteurs de l’Ombre, Frozen Records…), merchandising Muscadeath officiel, artisans en tous genres (métallurgie, cuir, textiles, bijoux), etc. C’est également l’occasion de retrouver un nombre incalculable de copains venus de toute la France. Visiblement je ne suis pas le seul à avoir fait du kilomètre pour assister à cette édition 2023. En même temps, avec une affiche pareille, il est normal que le public (local et national) soit au rendez-vous. Ce samedi affiche d’ailleurs sold out ! Mais, sans plus tarder, passons aux choses sérieuses. Voici donc mon récit de cette folle journée accompagné d'excellentes photos de Fabien Holert de Metalife !

 

Skelethal

Mon dernier show de Skelethal remonte à une époque où le couple Hélène/Jon (officiant maintenant dans Sépulcre) constituait encore la section rythmique. J’en déduis que cela date de bien avant le covid. C’est donc une joie de retrouver les Lillois sur scène avec un tout nouvel arsenal de musiciens mais aussi de sorties à leur actif – dont un full-length ! Je pensais que c’était Marti (Chaos Echoes, Necrowretch, etc.) qui avait récemment rejoint les rangs du groupe, mais c’est avec surprise que j’aperçois finalement Pierre de Hexecutor derrière les fûts. Et le bougre va d’ailleurs assurer comme un chef durant ce set monolithique !


Fabien Holert ©

D’abord quelque peu brouillon, le son finit par s’éclaircir aux alentours de « Torrents of Putrefying Viscosity ». Je suis ravi de voir que le quatuor a vraiment gagné en assurance durant ces quelques années. Même si les musiciens bougent assez peu sur scène, on sent une vraie conviction de la part de chacun d’entre eux. Le public en revanche se fait assez timide en cette fin d’après-midi. Il faut attendre l’excellent « Catharsis » pour qu’un petit mosh pit éclate enfin à l’avant de la fosse. Dommage qu’il n’y ait que peu de monde car le death old school de Skelethal n’est pas avare en passages groovies. Les mélodies tourmentées à la Autopsy laissent souvent place à des accélérations skank beat voire d-beat hyper accrocheuses (« Spectral Cemetery » ; « Repulsive Recollections »). Un set éclair qui se termine sur le très suédois « Morbid Ovation », devenu incontournable avec les années. J’en aurais bien repris une bonne tranche de vingt minutes mais il est déjà temps d’enchaîner…

 

Blockheads

Véritable institution du grindcore hexagonal, Blockheads sévit depuis plus de trente ans à travers le monde entier. Il s’agit à mon sens du meilleur groupe du genre en France et je ne me lasse jamais de les voir sur scène. En plus de leurs sorties studio totalement addictives, leurs prestations live sont toujours l’assurance d’un beau bordel.


Fabien Holert ©

Mais à mon grand désarroi, je constate que le public du jour n’est pas encore assez chaud. Malgré les nombreuses invectives de Xavier, qui pourtant est un frontman hors pair, les gens peinent à se rapprocher des premiers rangs. Il faut dire que – metalleux oblige – la fosse est tapissée de bière (et même de frites), ce qui rend le tout très glissant. Il faudra que le vocaliste descende carrément au milieu du pit pendant « Borders » pour déclencher enfin un semblant d’agitation. Il slamme également plusieurs fois dans le public mais n’est malheureusement pas beaucoup imité (si ce n’est par un fan aviné qui atterrit tête la première durant « Black Heaps of Cinders »)…

Pour ma part, je ne boude pas mon plaisir tant le combo nancéien reste au top scéniquement. Le son est très correct (notamment cette basse hyper granuleuse) et la setlist pioche allègrement dans toute la discographie des Lorrains. Mention spéciale au break final de « Follow the Bombs » qui reste encore et toujours le point d’orgue de leurs shows. Enfin, le public finit par se montrer réceptif lorsque Xav incite tout le monde à monter sur scène lors du dernier morceau. Un final qui redonne le sourire mais un set qui reste globalement en demi-teinte. La renommée de Blockheads va bien au-delà de l’underground mais le groupe sied, à mon sens, bien plus aux cadres intimistes de la scène punk qu’aux festivals purement metal.

 

Kronos

Voici maintenant le véritable événement de cette seconde journée. La raison principale de ma venue en terres nantaises ce week-end : la reformation tant attendue de Kronos. J’insiste sur le « tant attendue » car il ne s’agit pas d’un simple retour du groupe après six ans de pause. Nous assistons ici à la toute première reformation du line up historique, avec Mike Sako à la batterie et surtout Kristof au micro. Pour couronner le tout, les Vosgiens vont nous interpréter en intégralité l’album Colossal Titan Strife qui fête cette année ses vingt ans ! Et lorsqu’on sait que le groupe était justement à l’affiche du second Muscadeath en 2004, le show de ce soir sonne comme une évidence.


Fabien Holert ©

Lever de rideau sur un backdrop arborant l’iconique logo du groupe ainsi que deux side banners à l’effigie de la pochette du fameux album. Alors que le thème du film 300 résonne, les cinq musiciens investissent la scène sous un tonnerre d’applaudissements. Un frisson épique parcourt la salle – subitement bien plus remplie qu’auparavant. Et c’est parti pour trois quarts d’heure de death moderne hyper accrocheur sur fond de mythologie grecque. En effet, Kronos fait partie de cette époque bénie des années 2000 où l’adjectif « moderne » ne rimait pas encore avec « aseptisé ». Et Colossal Titan Strife représente l’apogée de ce songwriting certes assez brutal, mais surtout très mélodique. Cela faisait des années que je n’avais pas écouté ce disque et tous les riffs me reviennent pourtant en tête instantanément ! Il faut dire que l’album est interprété dans l’ordre, ce qui rend le tout encore plus immersif.

Même si les musiciens n’ont plus autant de cheveux qu’à l’époque, la plupart n’ont pas changé d’un iota (ouais je parle grec pour l’occasion). Le bassiste Tom parait même plus jeune qu’il y a dix ans ! J’évoque d’ailleurs avec des amis la fameuse tournée 2011 en compagnie de Benighted et Gorod, à laquelle plusieurs d’entre nous ont assisté. Ce concert est un vrai bond dans le temps ; me voilà de retour à ma période collège-lycée ! Il y a vraiment une ambiance de retrouvailles, c’en est presque émouvant.


Fabien Holert ©

Les cinq gaillards ont l’air tellement à l’aise sur scène. Ils sont tous heureux d’être là mais ont la présence d’esprit de ne pas en faire trop. Quelques sourires, quelques mimiques, et des déplacements constants sur tout l’espace scénique. Une attitude à la fois sobre et dynamique, bref la classe ! Même si le public est enfin au rendez-vous, il faut attendre « Opplomak » pour qu’un pit se forme dans les premiers rangs. Mais en plus de scander certains passages (« Submission »), nous sommes nombreux à fredonner les imparables riffs ultra catchies qui parcourent cet album. Après quarante minutes qui passent à une vitesse folle, le quintet nous gratifie d’un énorme « Mashkhith », issu du tout premier album, avant de se retirer. Le roi des titans s’est à nouveau réveillé, et il vient de nous offrir le concert du festival. Je sors de la salle avec l’impression d’avoir à nouveau 15 ans.

 

Gorod

Et histoire de rester sur les souvenirs de jeunesse, c’est maintenant au tour de Gorod de fouler les planches. Mais à la différence de la fameuse tournée 2011 que j’évoquais ci-dessus, les Bordelais sont maintenant placés plus haut sur l’affiche que leurs compères du Grand-Est. Il faut dire que, contrairement à ces derniers, Gorod n’a pas splitté et a continué de sortir des albums – près du double deux ceux de Kronos actuellement. Et c’est justement The Orb, paru cette année, que le groupe vient défendre en live aujourd’hui. J’assiste malheureusement à la première moitié du show depuis la porte extérieure. En effet, il y a beaucoup d’attente pour la nourriture en cette heure de pointe, et je ne peux résister à la faim. Mais malgré la distance, j’entends néanmoins très bien les vingt premières minutes grâce à un son impeccable – peut-être même le meilleur son de la journée.


Fabien Holert ©

Mis à part le changement de batteur, le line up reste identique depuis plus de dix ans et ça fait plaisir de retrouver ces têtes connues. En plus de se mouvoir sans arrêt sur scène, tous les musiciens ont un sourire jusqu’aux oreilles et certains nous sortent même leurs meilleurs moves de danse. Mention spéciale aux deux membres fondateurs Mathieu (guitare) et Benoit (basse) qui n’arrêtent pas de groover de la tête tout en adressant des regards complices au public. Il faut dire que du groove, Gorod en a à revendre ! Que ce soit sur les nouveaux morceaux ou sur les plus anciens, les rythmiques syncopées sont légion. En plus des nombreuses harmoniques qui confèrent ce caractère presque « chantant » aux riffs, les passages tout en contretemps font bouger même les plus stoïques dans l’assistance. Je peux d’ailleurs affirmer qu’il s’agit là d’un des shows les plus fédérateurs du festival. L’ambiance est tout aussi chaleureuse sur scène que dans la fosse, et certains passages sont même repris par le public (notamment la phrase d’ouverture de « Birds of Sulphur »). Je me surprends moi-même à chantonner certains morceaux, comme le classique final « Disavow your God » que je n’avais pourtant pas écouté depuis des années. Et que dire de ces innombrables leads, soli et autres plans en tapping synchronisé… Au même titre que son confrère Benighted, Gorod est assurément devenu l’un des groupes de death moderne les plus fédérateurs en France. J’étais au départ sceptique quant à leur position assez haute sur l’affiche, mais après un tel concert, je reconnais que leur place actuelle est amplement méritée.

 

Blood Red Throne

Continuons dans le death années 2000 avec un de mes chouchous Blood Red Throne. Bien que beaucoup de gens s’en cognent totalement, il s’agit là d’un de mes groupes norvégiens favoris. Du moins il s’agissait, car je confesse ne pas avoir suivi leurs sorties depuis près de dix ans. Coté live en revanche, je prends toujours mon pied, surtout depuis les récents changements de chanteurs. Les vocaux du petit nouveau Sindre Wathne Johnsen n’égaleront jamais ceux de Mr. Hustler mais sont néanmoins convaincants. Et l’infatigable guitariste Død est toujours aussi charismatique sur scène. Sa massive carrure et son attitude allègre lui donnent des allures d’ours sympathique.


Fabien Holert ©

Pour ce qui est de la setlist, je suis toujours ravi d’entendre les énormes « Smite », « Arterial Lust » ou « The Light, The Hate » issus de la grande époque du groupe, mais j’avoue qu’un peu de changement serait néanmoins bienvenu. Enfin, il me faut aborder un point qui rend ce concert de Blood Red Throne pour le moins « spécial » : on nous annonce en milieu de set que cette date au Muscadeath est la toute dernière avec le bassiste Stian Gundersen. Car le musicien de seulement 23 ans vient d’être diagnostiqué leucémique et va donc entamer un traitement dès son retour. Et cette fin de concert sur le culte « Mephitication » aurait pu s’avérer émouvante si le groupe nous avait épargné une mauvaise blague. En effet, le chanteur va chercher un rasoir électrique et commence à tondre le crane du bassiste. Ses longs cheveux sont balancés à des fans aux premiers rangs, le tout filmé par l’un des guitaristes. Même si les metalleux sont évidemment friands de ce genre de conneries, il y a un vrai sentiment de malaise dans la salle. Là où un simple « au revoir » aurait fait l’affaire, les membres du groupe ont vraiment l’air de dire à leur bassiste « allez, direction la chimio »… Une note de mauvais goût qui vient clore un concert pourtant très bon. Assez gênant comme final…

 

Carcass

Ce doit être mon treizième ou quatorzième concert de Carcass donc je vais tenter de faire court. À travers les colonnes de ce zine, j’ai maintes fois pu aborder les lives du quatuor de Liverpool (le vrai), et ce show en tête d’affiche du Muscadeath 2023 ne changera pas tellement de la recette habituelle. D’ordinaire, j’aurais été pleinement satisfait, mais il faut dire que les dates estivales nous avaient laissé présager quelques surprises. En effet, depuis leur concert à l’Obscene Extreme Festival en juillet dernier, les Anglais avaient recommencé à jouer plusieurs titres du cultissime Reek of Putrefaction en fin de set. C’est donc une légère déception de voir la setlist amputée de cette dernière partie lorsqu’on sait que c’était la plus succulente de toutes. D’autant que le second – et tout aussi culte – Symphonies of Sickness ne sera quasiment pas représenté non plus ce soir.


Fabien Holert ©

Mais ne boudons pas notre plaisir, cette petite heure de death metal reste tout à fait exquise grâce à un show hyper carré et un public chaud bouillant. La fosse est en effervescence du début à la fin : ça se bouscule, ça headbangue, ça danse sur les passages groovies, et certains tentent même quelques stage dives. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir Carcass d’aussi près sans aucune ligne de sécu ou autre crash barriers. Je suis également très heureux du retour de l’immense backdrop sur lequel sont projetées la fameuse mire TV et quelques vidéos médicales comme à la grande époque. Les samples d’intros sont également présents, notamment pour l’excellent « Incarnated Solvent Abuse » en milieu de set. Même si leurs deux jeunes comparses se font plus discrets, le duo Jeff Walker / Bill Steer suinte toujours autant la classe. Le premier toujours armé de ses ventilateurs et de son humour british, le second toujours avec ses longs cheveux blonds et ses jeans pattes d’eph. Cependant, je crois enfin déceler quelques rides sur son visage après toutes ces années. Bill Steer ne serait donc pas immortel ? En tout cas, la salle semble totalement conquise alors que résonnent les dernières notes. Un final d’ailleurs assez inhabituel sur « Tools of the Trade » que je n’avais pas entendu depuis un bail ! Un énième show ultra rodé qui fait plaisir, mais en espérant très vite un nouveau round avec les vieux titres en plus. À la revoyure !

 

***

Cette journée au Muscadeath s’achève donc dans la bonne humeur. J’ai l’impression que tout ça est passé en un éclair, et j’essaierai donc d’être présent pour la totalité du festival en 2024. L’événement attire tant de monde (de bon goût) que je n’ai même pas pu croiser tous les amis présents ! Comme dit en introduction, l’équipe de Carnage Asso est vraiment au taquet sur tous les aspects de son festival. Et celui-ci ne cesse de s’améliorer d’année en année. Tout cela ne présage donc que du bon pour le futur. Merci beaucoup à l’orga’ et très certainement à l’année prochaine !

Un grand merci à Fabien Holert et Metalife pour les photos, retrouvez toutes les autres ici :

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