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samedi 23 septembre 2017 - Gazag

Muscadeath XVI

Le Champilambart - Vallet

Gazag

Après tous ces gros festivals de l'été aux quatre coins de l’Europe, voire du monde, il est temps pour Horns Up de lever le pied en diminuant drastiquement toutes les échelles. Avec son unique journée, sa petite jauge et son affiche très orientée, le Muscadeath fait figure de mini-pouce, mais avec pas mal d'atouts en sa faveur.

Pour cette seizième édition, 8 groupes sont alignés. Une affiche bien équilibrée, qui présente plusieurs saveurs de Death Metal, sous différentes recettes. Sur le menu, un plat exotique se démarque cependant : Whisper Night et son Metalcore, certes repoussant sur CD mais tentant en live. Les Mayennais ont la charge d’envoyer les premières cartouches de la journée.

Malheureusement, suite à une avarie survenue au niveau de l’aile gauche de l’appareil qui devait nous lâcher en parachute au dessus de la salle Champilambart de Vallet, nous atterrissons 3 km plus loin et ratons ce premier concert.

Ainsi, pour occuper le lecteur avant Red Dawn, détaillons le festival et ses installations. La salle Champilambart est une salle de spectacle, avec une haute scène et son rideau. Deux tiers de l’espace sont consacrés à la fosse, le dernier tiers au merch. Chaque groupe dispose d’une table sommaire pour étaler sa came, ce qui a l’avantage de les ramener au même niveau, qu’importe leur popularité ou leur placement sur l’affiche (bon, Benighted et Grave ont leur propres gars pour tenir la boutique, mais l’idée est là).

Pour les détails déterminants, le festival ne s’est pas loupé : bières "simples" & IPA, Muscadet, bouffe vegan disponible, petites tables et chaises en extérieur pour le confort, pas de grosse attente et des prix décents. Reste maintenant à parler des concerts, car Red Dawn est prêt.

Le rideau est tiré : Red Dawn ne va pas tarder à entamer son set. Cachés aux extrémités de la scène, les musiciens se vannent et partagent leur enthousiasme et leur excitation, avant de se présenter à la fosse du Muscadeath. A regarder leurs T-shirts (First Fragment et Obscura entre autres), il n’y a pas tromperie sur la marchandise : on est en présence de Tech Death.

Mais un Tech Death qui tire d’avantage vers la brutalité que vers le progressif. Pas de partie incompréhensive, on reste principalement dans une came visqueuse qu’on connait bien. En dépit du fait que la composition s’articule sur une base assez binaire, le groupe propose néanmoins une bonne variété de motifs. Red Dawn s’autorise même des escales mélodiques et Thrashy, pour épicer son set. En revanche, les parties lentes et écrasantes manquent d’impact et cassent l’inertie que les Rennais arrivent à entretenir sur le reste de leur prestation. Le son, particulièrement bon pour un groupe d’ouverture, les aidera dans ce sens.

 

La fosse, clairsemée, mais néanmoins présente (on compte 200 personnes), se satisfait du set délivré. Elle répond en applaudissements et en poings levés bien haut, sans pour autant se mettre des mandales à coeur-joie. Et l’homme qui agrippe et maintient cette foule attentionnée, c’est Mr Nours, front-man de la formation. Bon charisme, communication parfaite et voix au top, il arpente la scène pour diffuser de l’énergie. Il est en revanche interdit par le code du "meublage de ponts sans chant" de mimer les guitaristes. Les autres artistes ne sont pas en reste, avec un batteur très précis sur sa batterie triggée ostentatoire, et un bassiste sur 5 cordes et sans médiator. Joli. Même si les guitaristes restent les pieds coincés dans les lattes, on sent le plaisir de jouer et la volonté de bien faire.

La fin de concert est surprenante sur deux aspects. Déjà, les deux derniers morceaux ont une vraie identité, avec Infinity of Time qui se détache vraiment du reste du set. Ensuite, les premiers rangs commencent à se chatouiller, avec un circle pit à la clef.

On invitera les Rennais à continuer de façonner leur propre identité. Pour le reste, ils rendent une copie très carrée et pleine d’espérance pour le futur. En espérant les recroiser plus haut dans l’affiche et pourquoi pas, avec du nouveau matos.

Cracked Clock
Hate
Looking Through the Eye of God
Alter Ego
Algorithm of Destruction
Infinity of Time

 

On reste dans du Death, mais on change totalement d’ambiance avec South of Hell. Ca commence assez mal avec un son beaucoup plus saturé et globalement moins bien mixé. A cela on ajoute un guitariste qui a claqué la porte la semaine dernière, et on se retrouve sur la ligne de départ avec un concert bancal et sans puissance.

Heureusement, plusieurs éléments vont rattraper le coup, au-delà de nos espérances. En premier lieu, le groupe a une prestance, un charisme global. C’est peut-être une très bonne idée de ne venir qu’avec un guitariste finalement (cf loi Inquisition). Ensuite, il y a l'impressionant mister Sophian, batteur et chanteur de la formation, en totale maîtrise de son sujet. Enfin, l’intensité du concert est en accord avec le Death Metal Old School que joue South of Hell. Pas de temps mort en parlotte inutile, pas de solos. Juste envoie et déverse.

  

La conséquence, attendue mais, néanmoins surprenante, est que la dernière piste arrive déjà. On reprend volontiers une dose de ce Death sale du passé, très lourd et compact, avec des mid-tempos solides et globalement une musique maîtrisée, mais sans arrière-goût bien particulier. Les avantages et inconvénients de faire du revival. On aurait pas craché sur une gratte de plus, pour muscler la musique. A noter que la moitié de la set-list est composée de morceaux inédits (Decadent, Brutality, Mechanics of Unconsciousness et Voice of War).

La fosse a la même réaction que pour Red Dawn, avec un certain scepticisme en début de set, à savoir ce que réservait South of Hell, amputé d’un membre. Le résultat est plus que convaincant compte tenu des conditions initiales. En attente, d’une part, d’un groupe au complet, et d’autre part sur un créneau plus tardif.

Without
Damned
Die
Decadent
Brutality
Mechanics of …
Rising of Hate
Voice of War
Hate Comes From God

Et voici les chevaucheurs des mers, les rois de la boule qui coule et des eaux sombres : Atlantis Chronicles. En réalité, ce concert cache une grosse attente : les problèmes de composition du groupe vont-ils saboter leur show ce soir ? Réponse en demie-teinte.

Dans la colonne des griefs, commençons par la plupart des éléments beatdown et -core qui ne passent toujours pas. Ensuite, comme attendu, les cassures sans cohérence ne prennent pas non plus. Enfin, le combo manque de puissance quand il souhaite déployer ses ailes et mettre à genoux. Certains morceaux bien partis peuvent abruptement décevoir, au détour d’un break.

 

Dans la colonne des bienfaits nous avons, et en tête de liste, une exécution et une technique impeccables. Supportées par un son pas vilain, les polyrythmies, solos et autres sautés de basse atteignent leur but. Le batteur et le front-man sont tout en puissance et précis en même temps. A noter que le père Julien de Gorod remplace sur le coude, sans broncher, le front-man officiel Antoine. Atlantis Chronicles est pro, énergique et souriant. Ca aide.

 

La fosse, un peu plus présente, est sur le point d’atteindre une température d’ébullition. Certains téméraires montent sur les planches, pour tenter un stage-diving sans se faire mal (ce qui n’arrivera jamais). Un spectateur rejoint même le gratteux sur scène, qui commence tout juste son solo, pour y assister aux premières loges. En fin de set, et sans crier gare, Upwelling - Part I se met à briller. De par sa composition léchée, elle est la pièce à retenir de ce concert. Sans transformer l’essai, Atlantis Chronicles marque tout de même des points qu’il serait malhonnête de ne pas lui accorder.

50°S 100°W
Echoes of Silence
Thousands Carybdea
The Odysseus
Back to Hadatopia
Upwelling - Part 1
Within the Massive Stream

Pas convaincu par leur passage en 2011 au défunt Bloodwave Metal Fest, Mercyless revient en Loire-Atlantique, proposer en toute logique sa facette Death, et ça se passe beaucoup mieux. Cette fois, pas de reformation en rodage. Le groupe est à la hauteur de sa réputation.

La salle est à présent remplie, même s’il est aisé de traverser les rangs pour aller tout devant, collé aux amplis de retour. L’indéboulonnable Max Otero dirige les opérations avec poigne et charisme. Les musiciens naviguent de part et d’autre de la scène, le visage souvent fermé. Parfois la bête est amicale avec l’audience, mais la plupart du temps, Mercyless reste une boule de noirceur compacte et insaisissable. Les musiciens incarnent l’esprit de la musique qu’ils produisent.

 

Car les Alsaciens ont sorti les bons ingrédient pour accrocher l’audience. Des gros coups de pics à glace, des tremolos pas toujours incroyables, mais supportés par un terrible jeu de batterie. Egalement, pas de solo inutile, et enfin des mid-tempo maîtrisés pour faire varier les couleurs. Certains riffs traînent un peu en longueur, mais rien de bien handicapant. Le plat du jour se concentre sur Unholy Black Splendor, Pathetic Divinity et l’aîné Abject Offerings.

En dessert, Mercyless envoie une reprise bien sentie de Deathhammer, faisant bouger un poil la fosse. Le public est très contrasté : les excités devant les amplis qui se sont bien amusés, et le milieu / fond assez statique durant tout le show des vétérans. Opération réconciliation réussie pour un groupe qui impose le respect tant la prestation de ce soir respecte les trente ans de carrière de la formation.     

Christianist
God is Dreaming
Substance of Purity
Infamy
Without Christ
Eucharisitc Adoration
Abject Offering
Pathetic Divinity
Deathhammer (Cover)

Raté à de trop nombreuses reprises par le passé, Carcariass apparaît, comme convenu, au Muscadeath 2017. Le groupe n’ayant rien composé depuis E-xtinction en 2009, on se dirige vers un show Legacy. A noter que la guitare rythmique a foutu le camp, Jérôme Lachenal ayant quitté le navire en 2004.

On commence avec la doublette Sideral Torment / Indians Eviction du premier skeud, qui met dès le départ à contribution le guitariste soliste, lié viscéralement à sa guitare et assoiffé de notes. Raphaël Couturier quant à lui commence à meugler et à faire rebondir sa basse. Le son est nickel, les balances sont parfaites. Le groupe se produit dans de très bonnes conditions.

 

La seconde partie de concert s’appuie sur quatre pistes d’E-xtinction. L’occasion d’apporter une touche Heavy à la soirée avec Threshold To Madness, une pincée épique avec Domination, et globalement prouver qu’il n’est pas nécessaire d’être rapide ou compact ou même puissant pour être violent. La batterie donne le rythme dans un premier temps, puis se détache et vient sublimer les plans dans un second temps.

Ne parlons pas des ponts et de la cohérence des compos qui continuent de cartonner la scène française, car le groupe n’a pas le temps de discuter et enchaîne les morceaux. Le concert se termine avec deux pistes de Killing Process, Watery Gate et Mortal Climb, l’occasion d’assister à un tapping de basse hyper carré du plus bel effet.

La fosse, elle, est n'est pas de cet avis. Moins présente que pour Mercyless, elle peine à rentrer dans le concert. La faute, principalement, à l’absence d’une seconde guitare, qui se fait sentir, il est vrai. En conséquence, l’impact brut de Carcariass est bien plus réduit comparé aux autres concerts de ce soir. Devant, certains énervés en viendront même à s’ennuyer, réduits à slammer plusieurs fois sur la même chanson (nouveau record pour l’académie : 7).

Entouré de tout ce Death qui mord, qui grogne et qui cogne, Carcariass a eu du mal à creuser son trou. Pourtant, le groupe a proposé un set chromé, rempli de vieux morceaux qui vieillissent très bien, et poli par une exécution parfaite et une certaine classe qui se dégage des Bisontains (ça ne s’invente pas).

Sideral Torment
Indians Eviction
Revenger
Threshold To Madness
Domination
Chaos & Decay
Tragical End
Watery Grave
Mortal Climb

Les lecteurs avisés, ou plus simplement les connaisseurs du groupe savent de quoi il en retourne : Benighted est une monstruosité en live. Inutile donc de s’étaler en paragraphes pour d’écrire l’intensité, la technicité ou l’énergie des Stéphanois.

On a l’impression que, plutôt que Grave, c’est Benighted la tête d’affiche de ce soir : l’affluence étant la plus forte de la soirée. Aidée par un son pas piqué des hannetons, la bande à Julien délivre le set le plus viscéral du festival. Alors qu’on se faisait une joie d’apprécier les tourniquets de Romain Goulon derrière les fûts, on apprend que ce dernier, suite à un souci au pied, a quitté le groupe il y a peu. C’est Kevin Paradis (Svart Crown entre autres) qui reprend la boutique, en mode machine de guerre, comme prévu.

 

Entre deux morceaux, Julien prend le temps de remercier l’asso Carnage, organisatrice du festival, et de noter que c’est précisément à cet endroit, 13 ans auparavant, que Benighted se produisait pour la première fois. Le bordel dans la fosse commence à enfin être respectable. Plusieurs gars croisés dans le pit en début de concert, leur bière à la main, semblent l’avoir foutue par terre, occasionnant de nombreuses chutes. Les slammeurs sont aidés par les membres du groupe pour monter sur scène, les cercles pits ressemblent à quelque chose : Benighted génère le plus gros bordel du Muscadeath, sans débat possible.

Necrobreed permet au public d’en reprendre les paroles, et le groupe plie bagage… avant de revenir pour une dernière piste. Et Benighted reprend Sepultura. Biotech is Godzilla est envoyé, conclusion d’une nouvelle prestation XXL des Stéphanois.

Reptilian
Reeks Of Darkened Zoopsia
Let The Blood Spill Between My Broken Teeth
Collapse
Slut
Versipellis
X2Y
Noise
Necrobreed
Forgive Me Father
Hostile
Asylum Cave
Experience Your Flesh
Biotech Is Godzilla (Sepultura)

La tête d’affiche de la soirée, les Suédois de Grave, s’apprêtent à affronter une fosse à demi amochée, à demi fatiguée. La tempête Benighted a fait des dégâts, et visibles. Une petite partie du public a levé le camp, témoin que certains se sont déplacés en priorité pour Benighted. Avec un retard de 15 min sur le début de leur set, Grave ne démarre pas son concert dans des conditions optimales.

 

Côté scène, les vétérans sont plein d’énergie et déroulent un set millimétré, quasi sans temps mort. Sur les côtés, les gratteux semblent sortir d’un autre âge, où le cuir et l’hystérie étaient répandus. Le set est très carré mais manque un peu de spontanéité : la communication est minimaliste voire inexistante.

La fosse par contre, comme redouté, a du mal à rentrer dans l’ambiance. La faute à un running-order qui prédisposait les Suédois à passer pour les mous du genou après Benighted. Placer du Death Metal lourd et gras après l’ogive nucléaire Française est discutable. Pas de gros mosh pit, quelques slammeurs téméraires : on assiste à la complainte de la fosse, qui remercie néanmoins le groupe à chaque fin de morceau.

Car en dépit des conditions très défavorables dans lesquelles le groupe se produit, Grave reste une machinerie à toute épreuve. Qu’il pleuve ou qu’il vente, elle déverse ses munards. Les riffs lourds et tempos rapides ont leur écho. Grave ne lève pas le pied. Les Suédois piochent allègrement dans leur discographie fleuve, mais insistant naturellement sur le benjamin Out of Respect for the Dead.

 

Into The Grave rallume les lumières, Morbid Ascent conclue un concert en l’état très bon, mais handicapé dès le départ par la loi du running-order. Grave conclue le Muscadeth par une prestation brute.

Turning Black
Passion of the Weak
Christi(ns)anity
Plain Pine Box
Inhuman
Out Of Respect For The Dead
Soulless
Winds of Chains
You’ll Never See
Eroded
And Here I Die
Into The Grave
Morbid Ascent

Merci à Carnage Asso pour sa résilience. A noter que la salle Champilambart a la qualité d’être haute de plafond, permettant d’obtenir un son puissant sans faire péter les décibels, et donc sans avoir besoin d’utiliser de bouchons. Avec ses 520 entrées, l’édition de cette année semble avoir rempli les attentes de l’asso, prête à rempiler pour une 17ème année consécutive.