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Rubrique nécro #7

mercredi 25 janvier 2023
Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

L'actualité de la scène death (et genres associés) a été assez calme en ce début d'année.

Malgré tout, on s'est retroussé les manches pour vous offrir une rubrique nécro digne de ce nom, retraçant les sorties marquantes des mois de décembre et janvier. Bonne lecture à toutes et à tous !

Despite Exile | Funerary Outlook | Leper Colony | Tumulation | Kamra | Obituary | Chabtan

 

Despite Exile – Wound
Deathcore – Italie (Indépendant)

Michaël : Décidément, l'année a été riche pour le deathcore ou les groupes gravitant autour de ce genre. Naturellement, toute l'attention a été portée par le Lorna Shore qui a fait beaucoup de bruit pour sa qualité, et parce qu'il a été raillé par les ennemis naturels du genre. Mais ce n'est certainement pas le seul groupe à avoir fait de 2022 l'année de la confirmation. Le groupe italien Despite Exile, déjà auteur de deux albums remarqués, a pondu un album remarquable en décembre dernier.

Porté par un mix massif, des compositions lourdes mais mélodiques et une technicité certaine, les Italiens nous offrent pépites sur pépites. De la mélodique « Scepter » à la technique « Sunder », jusque l'instrumentale éponyme qui vient clore l'album, le groupe nous montre toute l'étendue de son talent. Quelques petites critiques que l'on pourrait formuler ici ou là, mais difficile de contester que groupe continue son bonhomme de chemin, en démontrant qu'il est un des meilleurs acteurs de la tranche mélodique du deathcore (celle qui ne tourne pas en rond, en réalité).

 

Funerary Outlook  – Demo
Psychedelic death metal – États-Unis (Indépendant)

Pingouin : Le début d’année est bien calme, c’est l’occasion d’aller creuser tout en bas du catalogue bandcamp pour tenter de dénicher des pépites. Dont acte, avec cette toute première démo de Funerary Outlook, quatuor étatsunien qui nous arrive tout droit du Wisconsin.

La musique du groupe est à l’image de ce qu’en disent ses membres sur leur page Facebook : un mélange psychédélique (sic) de pas mal d’influences death metal. De ces quatre titres on retient surtout « Glued to the Cell » : un riff d’intro en picking, mélodique, un refrain qui reste en tête et un excellent solo. En revanche le titre d’ouverture, sorti le 19 novembre dernier, passe à la trappe, moins percutant que le reste de la démo.

On pense à Blood Incantation pour les harmonies psychédéliques (« Mercy Curse ») ou encore à Mortiferum en écoutant ces riffs martiaux, sur lesquels vient se poser un chant guttural presque scandé. Preuve s’il en fallait que le death metal se porte bien, que les succès des années 2010 commencent à influencer leurs pairs, et que l’avenir s’annonce radieux pour Funerary Outlook.

 

Leper Colony– s/t
Death thrash old school – Suède + Allemagne (Transcending Obscurity)

Storyteller:  Les plus anciens d’entre vous, dont je fais partie, ou les plus nostalgiques verseront une larme en écoutant l’album des Leper Colony. Le groupe n’étant même pas référencé sur Metal Archives, on se croirait aux fines heures de l’underground. Pourtant ils sont soutenus par Transcending Obscurity. Mais le plus surprenant chez les Allemands, c’est leur lineup avec au chant Marc Grewe un ex-Morgoth et à la guitare, un ancien de chez Paganizer, Rogga Johansson. C’est donc du solide derrière ce groupe qui se revendique d’un death old-school teinté de thrash avec des influences comme Death, Asphyx ou encore Pestilence. L’artwork est bien crade, avec des dominantes de rouge et de créatures macabres revenues d’entre les morts. On ne fait pas dans l’abstrait ou le métaphorique. C’est le même combat pour la musique, le son râpe les oreilles comme il y a trente ans mais pourtant rien ne semble hors de propos.

Indéniablement, ce disque s’adresse aux amateurs d’un temps où le death expérimentait encore ses limites et le mélange avec le thrash était commun. Leper Colony joue sur cette limite tenue et certains titres comme « Tar and Feathers » débutent avec des riffs qui mettent en avant cette parenté. Cette chanson est d’ailleurs une des plus énergiques du disque, avec « Flesh Crawl Demise » puisque dans l’ensemble, on se trouve dans un mid-tempo très heavy. On soulignera les pointes death technique old school comme sur « The Surgical Undeadvours », un des titres phares de l’album et du groupe. Des riffs très marqués par des syncopes, une guitare lead aigue et criarde à souhait, des passages heavy, on se plait à écouter une composition bien construite, sans une pointe de modernité mais qui n’a pourtant pas pris une ride. C’est d’ailleurs un peu la leçon que l’on prend en écoutant Leper Colony, un blast from the past pourtant bien ancré en 2023.

 

 

Tumulation - Savage Blood Domain
Doom death – États-Unis (Indépendant)

Pingouin : Encore une démo toute fraîche d’un groupe tout neuf. Tumulation sort quatre titres de doom death à la sauce Asphyx/Hooded Menace. Peu d’inventivité dans les compositions, mais il y a de la maîtrise, de l’énergie, et la répétition des riffs comme autant de mantras drape toute la démo d’un aspect solennel. Rajouter à cela une production léchée, des samples mixés avec soin, et vous passez un court moment (un peu plus de 20 minutes) d’excellente facture.

Pas étonnant quand on regarde la composition de Tumulation, groupe originaire de San Diego, Californie : avec des membres de VoidCeremony (dont je n’ai de cesse de dire du bien), de Conjureth (groupe assez jeune, qui sort son deuxième album dans quelques jours), et de Ghoulgotha, groupe aujourd’hui splitté mais qui, à l'époque, s’était fait une place dans le roster de Dark Descent. Bref sur le papier Tumulation a tout pour ravir les aficionados du genre, et en pratique c’est réussi avec cette première sortie.

 

Kamra – Cerebral Alchemy
Death/black atmosphérique – Slovénie (Avantgarde Music)

ZSK : Une des énièmes trouvailles d’Avantgarde Music est un groupe slovène mystérieux existant depuis 2020, autrefois duo, désormais quintette. Et il va déjà être question de savoir où situer Kamra. Les sites de catalogage le mentionnent comme faisant du « atmospheric black metal » mais la réalité sera un peu plus complexe que ça. Avantgarde y voit une atmosphère black metal avec un peu de death old-school avec des vocaux « questionnant les genres ». Disons qu’avec sa sonorisation terreuse et ses quelques riffs bien baveux, Kamra se situe quand même pas mal dans un terreau death metal, en plus d’influences palpables résidant dans cette scène (Morbid Angel en tête, mais pas que). Même la pochette fait plus death, mais le bien nommé Cerebral Alchemy va faire tourner des têtes…

Avec des compos parfois bizarroïdes, un chant très varié et des atmosphères singulières, Kamra est finalement un groupe assez expérimental, même si les divers éléments qu’il arbore ont déjà pu se trouver à un moment ou un autre chez telle ou telle formation du moment qu’on est un fin trépanateur de l’underground. Mais dès que le premier vrai morceau « Death Eternal » est lancé, on sent que Kamra veut triturer les partitions sonores qui sont à sa disposition. Les chants sont sacrément perchés par moments et les ambiances suivent, dans un esprit presque avant-gardiste. « Lantern of Ghostly Unlight » oscille donc entre un death metal rugueux et des passages déroutants, avec un vocaliste qui se lâche déjà sévèrement sur la fin. Il faut rentrer dans le trip sous peine de vouloir tout abandonner bien vite…

Si le très baveux « Resurgence of Temporal Malignity » poursuit l’effort, l’art bizarroïde de Kamra atteint son paroxysme avec le très lancinant et presque psychédélique « Oozing the Thirteenth Hour », 9 minutes en apnée ponctuées par un joli pétage de plombs du chanteur. « Colossal Blight » clôt cet album singulier avec des compos death bien lourdes et des dernières ambiances enfumées, quasi chaotiques, et bien sûr une dernière facétie du chanteur. Bref, si vous aimez un death metal qui ne se fixe pas de barrières et prend des risques, quitte à être volontairement inaccessible et repoussant, Cerebral Alchemy est pour vous. On a vu plus taré encore, mais la formation slovène fait partie de ces trucs franchement étranges mais non moins intéressants.

 

Obituary - Dying of Everything
Death metal old-school – États-Unis (Relapse Records)

Pingouin : C'est LA sortie death metal de ce tout début d'année 2023, et on ne pouvait pas passer à côté. La chronique du dernier Obituary est à lire par ici.

 

Chabtan – Compelle Intrare
Death-metalcore mélodique – France (DarkTunes Music Group)

ZSK : Remarqué pour son premier EP Eleven en 2011, le groupe parisien Chabtan est toujours présent, 10 ans plus tard, avec son trip bien à lui, inspiré par… la mythologie mésoaméricaine. Ce qui a toujours donné une certaine originalité à son style multicartes, entre metalcore/deathcore, mélodeath et metal moderne un poil groovy. Resté stable depuis ses débuts (à l’exception du poste de batteur qui a changé deux fois), Chabtan en est à son 3ème album, Compelle Intrare, qui succède à Nine Levels (2018). Pour enfin venu le temps de la vraie révélation ou au moins d’une confirmation en bonne et due forme ?

Le style n’a pas vraiment évolué depuis The Kiss Of Coatlicue (2015) mais Chabtan a su le renforcer au fur et à mesure, même s’il n’a pas crevé l’écran. L’entrée sur « Leading the Lost Ones » repose ici les bases, avec quelques effets sympho et tribal pour la touche personnelle (que l’on retrouvera encore sur « The Madman », « Road to the Altar », « 1521 » notamment), et annonce un album qui sera tout de même assez orienté mélodeath, à l’image d’un « Forced Conversion » en première partie d’album. Chabtan se montre plutôt inspiré, que ça soit pour le côté le plus efficace (« Valladolid », « Anacaona ») ou la composante mélodique (« 1521 », « Bocoga », « Inherited Chaos »).

Compelle Intrare a malgré tout un peu de mal à décoller, surtout que Chabtan n’est pas du genre à adopter un tempo toujours véloce. Mais même si au fil des écoutes on trouve des qualités à tous les morceaux, c’est surtout la seconde partie de l’album, à partir de l’excellent et très complet « 1521 », qui fonctionne très bien. On y remarquera encore le plus original « Des Cannibales », relevé par la présence de flûtiaux qui font leur petit effet (et que l’on avait déjà entendus sur « The Madman »). Certaines choses sont encore perfectibles (le chant clair n’est pas toujours très heureux), mais la forme est très convaincante et le concept du groupe est un minimum intéressant. Plus de 10 ans après son premier EP, Chabtan n’explose pas encore, mais fait le taf sans prétention avec un album entre mélodeath et death-metalcore plus que sympathique.

 

Également dans le radar de la Rubrique Nécro :

  • On attend de pied ferme la madeleine de Proust des amoureux de Göteborg et du death mélo à l'ancienne : le premier album de Majesties sort le 3 mars chez 20 Buck Spin. Un single à écouter par ici, si d'aventure vous êtes passés à côté.

  • Les Japonais de Kruelty commencent à nous teaser leur deuxième album prévu pour le 17 mars : ce deuxième opus s'appelle Untopia, et si on s'en fie au premier single, on reste sur une veine death old-school, infusé au deathcore bas de plafond.

  • Et c'est le grand retour de Catacomb (depuis le temps qu'on l'attendait) : un nouvel album pour le groupe culte français, ça sort chez Xtreem Music le 23 mars prochain. La pochette et le lien vers un premier single, tout ça c'est à retrouver par ici.