Live reports Retour
lundi 27 juin 2022

Midnight - Night Demon @ Bruxelles

Magasin 4 - Bruxelles

Matthias

Punkach' renégat hellénophile.

On peut penser que je radote sur le Magasin 4, à bassiner continuellement les gens avec cette salle dans laquelle beaucoup n'ont jamais foutu les pieds, mais il faut bien comprendre à quel point elle compte pour les Brusseleïrs. Ce hangar qui sent le punk, c'est bien le dernier bastion d'une certaine importance au Belgistan où se produisent des concerts chaque semaine, et avec de belles tournées qui y font escale à des prix modiques, voire militants. C'est d'ailleurs le cas ce soir avec Midnight, la révélation black/speed metal du XXIe siècle, arrivée de son Ohio natal avec dans ses bagages les Californien de Night Demon, compères de tournée habituels, mais fidèles d'un heavy metal à l'ancienne comme on n'en fait plus des masses. Alors soleil ou pas, et grève nationale mettant en rade tous les transports en commun ou pas, on y va !

Night Demon

Formés en 2012, les Californiens n'ont que deux albums à leur actif, le dernier datant déjà de 2017. Et pour être honnête, s'ils sont de très bonne facture, ce n'est pas là le genre de heavy metal vers lequel je retourne aisément, même si j'ai trouvé plus accrocheurs les quelques singles plus récents. Cela dit, on m'a certifié qu'en live, Night Demon était capable d'instaurer une énergie complètement folle, donc pourquoi pas. Et bien je confirme : le groupe a d'abord le bon goût d'entrer en scène sur « Riders of Doom », l'un des morceaux les plus puissants de la bande-son du superbe Conan The Barbarian de 1982 (composée par Basil Poledouris, excusez du peu). Dès les premières mesures de « Scream in the Night » on sent l'électricité monter sur scène pour se répandre de plus en plus loin dans un public de plus en plus conducteur. Night Demon joue fort, très fort même, assez pour vraiment laisser des séquelles aux tympans mais, et au M4 c'est assez rare pour être signalé, le rendu sonore est tout bonnement parfait. On me dit que les balances furent dès plus soignées, comme quoi même dans ce vieux hangar cela reste finalement possible. Sur scène, Armand John Anthony (guitare) et Jarvis Leatherby (basse et chant) virevoltent dans tous les sens, se dressent sur leurs amplis et font se cabrer leurs instruments tout en enchaînant des morceaux tous plus tubesques les uns que les autres. « The Howling Man » puis « The Sun Goes Down » contribuent à dévisser les nuques et à générer des quantités critiques d'électricité statique dans une foule déjà nombreuse et certainement unanime, parmi laquelle je repère d'ailleurs pas mal de gens qui ne me semblent pas faire partie des habitués des lieux et qui s'agitent comme si leur vie en dépendait. Pas forcément des fans du groupe d'ailleurs, à moins qu'on trouve là encore une preuve que le Covid a chamboulé nos habitudes en concert ; Leatherby, dont la moustache elle-aussi est digne d'un Cavalier de Malheur, tente un moment de faire reprendre à la foule le choeur de « Heavy Metal Heat » mais il doit bien constater que c'est plus qu'un demi-échec. Pourtant, tout le monde semble à fond dedans, mais ce genre de gimmick n'a visiblement que peu d'amateurs. Tant pis, ce n'est pas grave car ce concert reste véritablement génial de bout en bout, et les Californiens nous offrent même un rappel, ce qui est rare quand on joue en semaine avec des horaires serrés à respecter. Et paf, voilà le morceau éponyme « Night Demon » histoire de s'assurer qu'aucun neurone ne s'attache encore dans les recoins d'une boite crânienne.

 

Setlist:

Screams in the Night

Empires Fall

Dawn Rider

The Howling Man

The Sun Goes Down

Vysteria

Heavy Metal Heat

The Chalice

Darkness Remains

Night Demon

 

Midnight

A la base un simple side project de Jamie Walters, alias Athenar, Midnight s'est au fil des années et peut-être un peu par accident hissé parmi les meilleurs groupes actuels dans un registre qui oscille entre black et speed fortement teinté de punk. Et pourtant la sortie du dernier album Let There Be Witchery est passée largement inaperçue en mars dernier, alors que chez Horns Up on est du genre attentif à ce genre de chose... En tout cas, après une première partie aussi efficace pour chauffer la salle et les esprits, les musiciens masqués n'ont aucun mal à jeter du napalm sur les flammes. J'avais déjà vu le groupe à Méan en 2019, et je savais qu'il allait nous donner une belle claque, mais je ne m'attendais pas du tout à cette débauche d'énergie dont Midnight semble bel et bien capable. Il ne faut pas trois morceaux pour qu'une fosse se forme et que les agités s'y lancent à corps perdu tandis qu'Athenar éructe un « Penetratal Ecstasy » complètement dément. Midnight nous offre d'ailleurs une programmation particulièrement hétéroclite avec des morceaux issus de chaque étape de sa carrière, sans que ceux du dernier album soient les plus mis en avant, donnant à la soirée des airs de best of particulièrement généreux. « Fucking Speed and Darkness », « Rebirth by Blasphemy »... C'est à qui, des musiciens ou du public, s'effondrera le premier d’épuisement. Et si personnellement je tiens bien mon rang quand il s'agit de suer sang et eau, Walters et ses démons remportent la partie haut la main : le bassiste et son guitariste sont déchaînés et passent leur temps à traverser la scène avec une présence que je n'ai pas l'habitude de voir chez des groupes de cagoulés. Le son est tout simplement dantesque et je pense que l'ingé' lumière a sombré dans la folie tandis que Midnight met le feu sur les bords de la Senne ; je pense sincèrement que cette soirée se perchera dans le top 5 de mes concerts de l'année. En tout cas je jette l'éponge sur les derniers morceaux pour prendre une bière et un peu de distance alors que, même au bar, les décibels piquent comme une averse de grêle et s'en prennent directement aux cellules grises. Athenar prend le temps de remercier la foule de foutre autant le bordel alors qu'on est quand même un lundi soir, avant d'achever les derniers survivants d'un bon gros « Unholly and Rotten ». Waow, juste waow.

Setlist :

Black Rock'n'Roll

Poison Trash

Evil Like a Knife

Penetratal Ecstasy

Fucking Speed and Darkness

Rebirth by Blasphemy

Rip This Hell

Satanic Royalty

Lust Filth and Sleaze

Endless Slut

Szex Witchery

Telepathic Nightmare

You Can't Stop Steel

Who Gives a Fuck?

Unholy and Rotten

 

Il est donc temps de quitter la salle car ouais, on est lundi soir, et demain il y en a qui bossent. Il est temps de braver à nouveau l'enfer urbain saveur spéciale grève nationale (pas de métro...) alors que les oreilles renvoient déjà des bruits inquiétants... On le regrettera demain, mais quelle foutue fuckin' soirée on vient de vivre.


*     *     *

*

Crédits :
Textes par Matthias.
Crédits photos : Matthias