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lundi 20 juin 2022

Turnstile + balances interminables + Rixe @ Elysée Montmartre

Elysée Montmartre - Paris

Di Sab

Sortir de Clisson, fin de première partie. Une douche pour retrouver un semblant de peau claire, une assiette pour retrouver la sensation de satiété et redécouvrir d’autres saveurs que les pom potes, un métro pour retrouver l’odeur de pisse et Turnstile pour retrouver retranscrit ce qui m’a bercé ces derniers mois. J’aimerais bien penser que Glow On et moi c’est une belle histoire, mais c’est surtout une relation à sens unique de gros mongol. 600 minutes d’écoute selon Spotify, les petits claviers de Mystery, le piano de Fly Again, des compagnons qui ont accompagné mes bières, mes joies mes peines et mes pérégrinations. Mais je suis loin d’être le seul à avoir pris les rayons du soleil de Baltimore. Sortir d’une étuve pour rentrer dans une autre. Comme à la plage, le public est hétéroclite comme on dit quand on est bêtes. Un peu comme la scène de l’entrée dans le Ttty Twister d’une Nuit en enfer, je pourrais vous énumérer les coreux de la première heure qui étaient là à Step 2 Rythm, les métalleux qui reviennent du Hellfest les cheveux propres, les gens en Carhartt qui portent leur diplôme de graphisme sur eux et leur paire à un demi smic, les gens qui écoutent du rap mais qui savent que la soirée cool est à l’Elysée Montmartre ce soir et qui regardent le monde à travers des Cartiers fumées, les gens qui bossent dans la culture et qui le portent en serrant la main de tout le monde et tant d’autres.

Devant eux, Rixe. Groupe de oi français qui remplace au pied levé Chubby and the Gang. C’est direct, c’est brut, rien ne dépasse et en parallèle la rage qui émane des dernières minutes auxquelles j’assiste est étouffée par le velours du public. De celles et ceux qui se sourient en se sachant du même monde, qui présentent leurs potes respectifs, qui se congratulent d’être là malgré la difficulté de trouver une place. Ah bah t’es là ! Ah bah oui où voulais tu que je sois ? Un côté Polo club. On est entre nous, on le sait on se le dit sans parler. Pendant ce temps, deux chauves nous éructent dessus. N’ayant vu que la fin du set, j’ai rien de plus intéressant à dire que cela semblait très en place mais pas à sa place.   

Je me dois de faire un report sur les balances vu qu’elles ont duré quatre fois plus de temps que ce que j’ai vu de Rixe. Comme un boy qui vit en Île de France, la seule chose que je supporte attendre plus de 5 min sans faire une remarque c’est le noctilien ou un brunch. 45 minutes putain. 45 minutes, pourquoi ? Pour rapporter des serviettes une à une, pour régler des cymbales comme si c’étaient des voutes de cathédrales. A deux doigts de les régler au rapporteur. Puis Daniel Fang arrive, il fait ses balances, tak tak ding ding il se casse, les techniciens rebougent tout et refont des balances tak tak ding ding. Puis Franz Lyons arrive, allume les amplis, fait ses balances doum doumdoum, se casse. La lumière s’éteint, la sono se coupe. Puis tout revient comme dans la chanson de Philippe Katerine et Franz Lyons recoupe les amplis avant de se casser. Puis forcément il refait ses balances doum doumdoum. C’est chiant à lire ? C’est chiant à vivre. Tout le monde est mort de faim, les titres 80’s qui passent sont cools mais personne ne sait à quelle heure on sera délivré.

Capture d'écran tirée du clip NEW HEART DESIGN

Mais c’est pas grave. 21h15, les claviers, le riff de Mystery, les trois premiers quarts de la salle qui éclatent comme un orage en août. Comme un seul, l’Elysée Montmartre est afraid to. Les refrains sont hurlés à plein poumons alors que la sueur réimbibe les habits propres. The Real Thing et Blackout n’arrangent rien. Cette dernière et en particulier son intro sont les mieux accueillies du soir. Après un Big Smile sur les dents (qui m’oblige à mettre un encart façon WWE : ce calembour est réalisé par un professionnel de la clownerie, veillez à ne pas le reproduire seul chez vous), Underwater boi est démarrée a capella. Pire titre de Glow On et pourtant, live, la dimension sautillante et un peu irréelle en fait l’un des meilleurs moments du show. Tout Glow On y passe sauf Lonely Dezires et New Heart Design. Tout le monde a son moment préféré. A titre personnel c’est Wild Wrld et surtout Fly Again (et son Didn't I give a damn good try, oh didn't I? qui me hante depuis sa sortie) un milieu de show pour les types là avant Pichfork avec Blue by You et Canned heart qui, s’ils sont les titres les plus directs du soir, sont ceux sur lesquels les réactions sont les plus timides étant donné que c’est pour une partie du public, la première fois qu’ils les entendent.

On a quasiment tout dit sur la production de Glow On où les diverses inclusions épaississent et font gagner en corps ce punk hardcore qui se dilue de plus en plus dans un pop punk urgent et adolescent. Ce travail d’orfèvre n’est pas retranscrit parfaitement malgré les réglages de cymbales et autres pitreries mais est compensé par l’énergie du groupe et surtout par le charisme de Brendan Yates. Avec ses faux airs de Ramsay Bolton qui va à Basic Fit, impossible de savoir si ses mouvements sont chorégraphiés ou parfaitement justes et spontanés. Trempé de sueur et baigné par des lights roses qui seront constantes sur l’intégralité du set, il a beau ne pas être toujours juste, il me semble être l’un des tous meilleurs frontman de sa génération. A la fois hyper conquérant dans ses postures d’empereur de Baltimore et à la fois hyper frêle lorsqu’il parle de l’importance de s’aimer, de ses doutes de savoir quand est ce que lui et nous, nous nous recroiserons avant un T.L.C qui semblait sincère.

Annulation au Hellfest, mais maintien de la tournée en Europe, burn out du guitariste qui est resté sur l’autre continent, balances interminables. Extérieurement l’aventure Turnstile en Europe pouvait sembler légèrement erratique. Il y a peu, les comparaisons Nirvana x Turnstile avaient fleuri. Pour le meilleur, Glow On étant un album qui capte le souffle mentholé d’une génération souciante mais fraîche. Pour le pire aussi, avec cette impression d’un succès trop vite acquis, d’une entrée dans une machine qui en a broyé tant d’autres avant eux sous les rouages de passages chez Jimmy Fallon. Aujourd’hui Turnstile brille comme il n’a jamais brillé. Pour combien de temps ? Est-ce que cette date est l’étape avant le Zénith, Bercy et la conquête du monde ? Est-ce que la fin sera plus tragique ? Est-ce que le futur sera toujours aussi pertinent musicalement ? Des questions, une réponse : Boum boum boum.